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Quel avenir pour le Musée vivant de l’école publique en Mayenne pourtant « reconnu partout en France » comme l’écrit Jacques cousin ? Où va pouvoir s’installer cet endroit hors du commun, ce lieu de patrimoine visité par plusieurs milliers de personnes chaque année à Laval où il est possible, par exemple, d’apprendre à tenir une plume sergent major pour écrire ? Ce lieu de mémoire où il est possible de découvrir une « collection impressionnante » de livres scolaires et de cartes murales qui se fixaient rapidement sur les crochets du tableau noir où crissait la craie ? Jacques Cousin est sur leglob-journal ; il nous raconte ce qu’il appelle les « pérégrinations » de ce Musée vivant de l’école publique qu’il a fondé en Mayenne, et au destin incertain.

Par Jacques Cousin*

L’association qui gère actuellement le Musée vivant de l’école publique est née en 1988, à l’initiative des sections départementales du SNI-PEGC, de la FEN et de plusieurs associations laïques comme la FOL, ou la FCPE notamment.

Cela a pu se faire avec l’appui de l’inspection académique et de la municipalité lavalloise de l’époque. L’année suivante, cette dernière nous a proposé de nous installer, rue Haute Chiffolière, dans l’ancienne école publique Henri Chantrel, fermée depuis plusieurs années. Nous partagions les locaux avec une autre association : le Centre lavallois d’éducation populaire (CLEP). Préau et bâtiments ont été entièrement rénovés, mis aux normes. Le musée a pu ouvrir une salle au public en 1991. Deux autres salles d’exposition, une bibliothèque et deux salles d’archives sont venues s’y ajouter en 1993.

La municipalité socialiste a mis successivement à notre disposition un contrat aidé durant l’été qui a suivi, puis un emploi-jeune, avant de nous accorder par la suite un employé municipal détaché. L’administration de l’association, la préparation des expositions, l’archivage et une partie des visites était assurée par une équipe d’une dizaine de bénévoles. Durant plusieurs années, le Musée a fonctionné sur ces bases avec parfois de grands écarts dans les durées de mises à disposition. Peu à peu, le Musée s’est fait connaître, tant du côté des écoles que du côté du public ou des médias.

France 3 nous a fait l’honneur de nous consacrer une émission. M6 nous a emprunté du matériel. Plusieurs maisons d’éditions, notamment Deyrolles, nous ont sollicités afin d’illustrer leurs ouvrages ou mettre à jour leurs propres collections. Le Musée est aujourd’hui reconnu partout en France. Nous recevons régulièrement des visites d’étudiants, de chercheurs ou d’historiens (Antoine Prost ou Jacques Girault par exemple), en quête de documentation. La revue mayennaise L’Oribus a publié deux numéros spéciaux, et plusieurs articles historiques s’appuyant sur nos ressources documentaires.

Depuis trente ans, grâce aux dons et aux prêts de nombreuses municipalités, administrations (CDDP, inspection académique) ou généreux donateurs, nous avons réussi à réunir des collections exceptionnelles dans tous les domaines qui touchent l’éducation nationale : environ 15 000 livres scolaires ou pédagogiques, 1500 films fixes ou vues sur verre, des correspondances entre instituteurs et inspection académique, des revues pédagogiques, 500 cartes murales (géographie, histoire, sciences, éducation morale,…) venant d’éditeurs spécialisés comme Deyrolles, Rossignol, Lablache, etc. Mais aussi du matériel pédagogique ancien, parfois très rare comme des fusils scolaires, des géosélénomobiloscope, appareils à faire le vide,…, et collections diverses.

« Collecter, sauvegarder, mettre en valeur »

Après avoir été témoin de ce qui a pu être jeté, détruit après une fermeture d’école ou un changement de lieu, notre association s’est trouvée confortée dans ses objectifs prioritaires : collecter, sauvegarder puis mettre en valeur un patrimoine pédagogique extrêmement étendu et particulièrement riche. L’ensemble nous a permis de présenter au public de manière réaliste les conditions de la vie scolaire tout au long du vingtième siècle et d’expliquer aux jeunes générations notamment ce qu’était l’école autrefois.

Francette Hainry, la présidente actuelle de l’association depuis 2008 et Jacques Cousin dans la salle de classe-musée - © Musée école

De 1988 à 2018, le Musée a connu six maires successifs : André Pinçon puis Yves Patoux (PS), François d’Aubert (RPR), Guillaume Garot puis Jean-Christophe Boyer (PS), et François Zocchetto (UDI). D’orientations politiques différentes, chacun d’eux a cependant reconnu les mérites de la présence du Musée de l’école sur la ville de Laval en lui apportant un soutien constant (mise à disposition de locaux, de personnel, prise en compte d’un emploi jeune, …). Aucun d’eux, jusqu’à 2015 [Le mandat de François Zocchetto (UDI) a démarré en 2014, NDLR], ne l’avait remis en cause.

De son côté, l’association a connu une centaine de bénévoles actifs et deux présidents : moi-même (1988-2008) et Francette Hainry (2008-2018). Durant cette période, tous ont grandement contribué à son développement : accueil du public, archivage numérique des livres et du matériel, préparation d’une vingtaine d’expositions à thème (sécurité routière ; Benjamin Rabier ; Le Tour de la France par deux enfants ; Julien Hay et la petite géographie de la Mayenne ; Martine, etc.). Une salle entière y était consacrée. Plusieurs d’entre elles ont permis de travailler de concert avec les services de la préfecture, du conseil départemental, de l’inspection académique ou de la ville de Laval.

La reconstitution d’une salle de classe des années 1920 et une salle d’exposition permanente de matériel ancien complètent la visite. D’autre part, une bibliothèque est aménagée pour les chercheurs et historiens. Les ouvrages sont consultables sur simple demande. A plusieurs reprises, sur une année civile, nous avons atteint de 3500 à 4500 visiteurs (scolaires et particuliers). Avec la diminution des moyens qui nous sont attribués depuis trois ans, la fréquentation a baissé. Et depuis deux ou trois ans, le Musée de l’école possède un site internet. Nous ne sommes cependant qu’au début d’un long parcours car il nous reste encore de nombreux projets en réserve, notamment la numérisation des films fixes que nous avons collectés. Si ce projet aboutit, nous pourrons les mettre à disposition des enseignants.

Nous avons toujours essayé de travailler de concert avec les services de la ville, notamment lors de la mise en place des Temps d’Activités Périscolaires (TAP), ou lors du projet de parcours du patrimoine du vingtième siècle, un projet qui est mort-né. Une équipe composée en permanence de deux ou trois bénévoles et d’un employé municipal mis à disposition par la ville de Laval a assuré durant cette longue période l’accueil et l’accompagnement des visites scolaires ou individuelles.

Un Musée à l’avenir incertain

A partir de 2015, des négociations ont commencé avec la ville de Laval sur le renouvellement de la convention de mise à disposition des locaux et d’un employé municipal. Entre temps le CLEP, l’association installée sur le même site, se développait elle-aussi. La place commençait à manquer et il devenait difficile de maintenir les deux associations.

Au moins six rencontres ont eu lieu avec différents représentants de la municipalité. Ces derniers ont commencé à réduire le temps de mise à disposition de l’employé, puis nous l’ont retiré «  pour faire des économies ». Les premières difficultés ont alors commencé pour le Musée. On nous a également retiré la salle occupée par les expositions à thème. Aujourd’hui, nous fonctionnons uniquement grâce aux bénévoles.

La convention de mise à disposition des locaux, après un prolongement d’un an et la possibilité d’une nouvelle prolongation d’un an nous a provisoirement rassurés, mais quid de l’avenir du Musée ? La municipalité actuelle n’a apparemment rien prévu pour assurer sa pérennité. De notre côté, les recherches que nous avons menées auprès de trois autres municipalités mayennaises n’ont pas abouti. L’avenir de notre structure reste donc bien compromis, en l’état actuel des choses.

Dans le cas où nous devrions quitter les lieux, sans aucune autre alternative, se pose aussi la question du devenir des collections que nous avons patiemment réunies durant ces trente années. Elles constituent un patrimoine qu’il serait impensable de disperser. Des dizaines de bénévoles se sont échinés à collecter, archiver, protéger ces précieux objets. Tout le travail qu’ils ont réalisé est-il à jeter à la poubelle ? Je ne parle même pas des donateurs, municipalités, administrations qui nous ont confié ce matériel. Allons, soyons optimistes, une solution sera trouvée. Peut-être un hangar ou un bâtiment agricole ? Je plaisante, bien évidemment...

*Jacques Cousin - Fondateur, Président d’honneur, et président de l’association de 1988 à 2008

Photo de Une : © Robert Doisneau 1956


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1988 - 2018 : trente ans de vie au Musée vivant de l’école publique à Laval

Publié le: 9 août 2018
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