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DÉFILÉ - L’appel à manifester place de la Trémoille datait de plusieurs semaines. Aujourd’hui, c’est le grand jour ! Il y aura eu finalement jusqu’à 350 personnes, selon les forces de l’ordre. La base du rapport de force : se compter. Le nombre doit impressionner l’adversaire pour la suite des évènements. Leglob-journal vous propose une immersion toute en discrétion pour comprendre la démarche de ces marcheurs d’un autre genre et discuter plus avant avec certains d’entr’eux.

Par Marrie de Laval

Il faut être particulièrement et fermement convaincu de la justesse de ses idées pour braver le vent et le froid (il fait difficilement plus de 5°) et manifester ! Nombre de participants sont déjà enrhumés mais la justesse de la cause, le déplacement avec des collègues ou des amis et la satisfaction de voir converger d’autres anonymes réchauffent l’atmosphère.

S’il y a de grosses chaussures de sécurité ou de chantier qui battent le pavé, en écoutant les conversations, on peut comprendre que le monde enseignant (plutôt technologique que général) est aussi bien représenté, tout comme celui des retraités (surtout de la fonction publique territoriale). C’est que les ordonnances laissent craindre une forte dégradation des conditions de vie pour ceux qui subsistent déjà pas aussi bien qu’ils seraient en droit d’espérer. Radioscopie de la société à travers des témoignages.

Des lycéens inquiets

Ils ressemblent à n’importe quel adolescent croisé dans la rue. Ils n’ont rien d’extravagant dans leurs propos. L’avenir les inquiète, pas encore adultes, pas autonomes financièrement, mais trop habitués déjà à entendre les parents préoccupés à « tenir » au quotidien.

Et l’argumentaire, hostile aux dispositions gouvernementales, sur l’âge de la retraite par exemple, qu’ils développent au micro des confères journalistes, n’est pas encore bien rodé mais les fondamentaux sont là.

Certains ont des parents grévistes qui ne les ont pas dissuadé de participer. Pourtant ils restent des enfants : ils se précipitent sur les autocollants des diverses formations syndicales et transforment leurs blousons, doudounes et sacs en panneaux publicitaires. Ils se placeront en tête de cortège, juste derrière la sono pour reprendre en chœur les slogans et les chansons du jour.

Une retraitée de la fonction publique, depuis 20 ans

Ce qui la soucie le plus, c’est l’absence de revalorisation du point d’indice. Avec ce gel, les salaires sont bloqués et par ricochet, les retraites. « Le plus dur, c’est d’avoir été payé en primes, parce qu’elles ne comptent pas dans le salaire. Du coup, la base de référence est moins importante. De mon temps, pour gagner le SMIC, les postiers du plus bas échelon percevait une prime. Ça fait pas lourd à la fin ! 

Un retraité de l’enseignement, de 84 ans. À défaut de préciser sa matière, il explique que pour lui, fils d’ouvrier, la seule façon de connaître une ascension sociale à son époque, c’était d’entrer dans la fonction publique. Et il a réussi, avec fierté. Veuf, il se dit « financièrement à l’aise, vu que j’ai des besoins modestes » et est heureux d’avoir ses enfants installés dans des professions libérales et des petits-enfants diplômés dans des spécialités pointues.

Mais les plus jeunes de la famille changent régulièrement d’entreprise pour faire évoluer leurs salaires « parce que sinon, ça bloque alors qu’on leur demande de plus en plus d’engagement professionnel. Et entre copains de promo’ , ils se refilent les infos pour savoir quelle boite paie à tel ou tel niveau ». Il observe le faible engagement syndical des jeunes collègues de l’enseignement alors que lui-même n’a jamais raté un jour de mobilisation. Bien sûr, cela avait des incidences sur la paie à la fin de certains mois mais la retraite n’en a pas souffert, au final. Il regrette la faible participation des gens « ils râlent mais ne manifestent pas, certains de ne pas faire bouger les lignes … Ils sont déjà vaincus »

Elle est enseignante en langue en lycée professionnel, bientôt à la retraite et depuis qu’elle enseigne, c’est la première fois qu’elle entend ses élèves demander ce que signifie certains mots employés dans les consignes. Des mots qu’elle utilise depuis toujours !

« Ils sont bien sympas tous, pas méchants et même plein de bonne volonté mais je ne peux pas faire autre chose que de m’inquiéter pour eux quand je constate la pauvreté de leur vocabulaire. En l’absence de mot, les idées ne peuvent s’exprimer. Ils ne leur restera que la violence ! Visiblement, les plus fragiles ne savent pas apprendre une leçon ! Ils ne maitrisent pas le vocabulaire grammatical et ne maîtrisent pas les temps des conjugaisons. Je ne veux pas que le système qui se met en place en fasse des idiots bons qu’aux corvées »

Un retraité de l’enseignement professionnel (peinture et revêtement) de 75 ans

« J’ai quitté l’école à 14 ans et je ne voudrais pas que la réforme de l’apprentissage rabaisse l’âge de la scolarisation. En plus, si la glorification du modèle allemand ne concerne que le secteur du petit commerce et de l’artisanat, c’est perdu d’avance. Il ne faudrait pas non plus que cela soit une façon de fermer les lycées professionnels. Avant d’enseigner, j’ai travaillé dans le privé et pour entrer dans le public j’ai dû reprendre les cours, à 30 ans. »

Et les syndicats dans tout ça ?

La CGT-Retraités tracte tout comme le PC local, soit 3 textes avec des fautes d’orthographe (les charmes du copier-coller !) et une écriture inclusive … Il y a une belle intersyndicale avec de nombreux drapeaux, bannière et gilets de diverses formations.

Plus sérieusement, avec deux véhicules pour la sonorisation en tête et fin de cortège, la diffusion des slogans a été parfaite. Il a fallu attendre 10h30 pour que tous les dirigeants syndicaux soient présents et après avoir salué les connaissances, compté les troupes et discuter du déroulé du cortège avec les polices nationale et municipale, tout le monde s’est mis en marche pour rallier la préfecture via le vieux pont histoire de faire durer.


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Publié le: 16 novembre 2017
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