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Au conseil communautaire de Laval Agglo, un nouvel échange a eu lieu à propos des subventions accordées à des entreprises qui n’en auraient pas besoin. La pomme de discorde a été lancée à nouveau par le conseiller communiste à l’endroit de Yannick Borde, qui s’occupe du développement économique au sein de l’assemblée communautaire.

- Par Thomas H.

Le vice-président de la commission Économie, Emploi et Cohésion sociale a promis à leglob-journal de faire un effort la prochaine fois en donnant des chiffres pour étayer ses réponses. En séance publique, il a toutefois répondu au conseiller communiste, un peu moins par le mépris que d’habitude évitant de recourir au sketch : « il ne s’agit pas de gabegie, faut venir en commission, faut être présent Monsieur Guillot (…) il y a de l’emploi, de l’investissement sur le territoire derrière ça (...) ». Yannick Borde, comme il a déjà fait à plusieurs reprises, tente de recouvrir le réel par des « faits alternatifs » - Georges Orwell a employé le premier cette notion dans son célèbre livre 1984 - qui contentent ceux qui veulent bien les entendre, car ils sont présentés comme des faits irréfragables, c’est à dire qu’on ne peut contredire.

Sauf que Yannick Borde, l’un des ténors de Laval Agglo, conseiller départemental UDI, maire de Saint-Berthevin, directeur général de Procivis, PDG du Crédit Immobilier de France, chargé du développement économique à Laval-Agglomération, président de Laval-développement, ne dit pas combien d’emploi précisément sont envisagés par l’entreprise en contrepartie de cette « subvention ». En l’occurrence, il s’agit de « Ceva Santé animale du groupe Sanofi (...) une multinationale présente dans 44 pays, qui a enregistré une croissance de 23% pour atteindre un chiffre d’affaire de 766 millions d’euros (…) et qui n’a pas besoin de ces milliers d’euros (...) » énumère Aurélien Guillot pour justifier son intervention.

« 200 000 euros, c’est Jackpot ! »

L’objet du différent entre les deux conseillers communautaires, c’est la « subvention  » de 200 000 euros que Laval Agglo accorde donc à Ceva-Sanofi, le Groupe vétérinaire Ceva Santé Animale implanté sur le Campus universitaire ; « Subvention » normale d’un coté, et de l’autre présentée comme «  un don ! car à chaque conseil communautaire c’est pareil, c’est jackpot pour les entreprises qui n’en ont pas besoin !  » rétorque le conseiller d’opposition.

Subvention contre don. La première est faite classiquement « au nom de l’Emploi » présenté comme une obligation, pour en sorte lutter contre le chômage, autant de raisons qui ne peuvent être remises en cause ; mais cette pratique commence toutefois à être contestée au nom de la morale.

L’autre, le don, serait effectué au nom d’un concept qualifié de « bourgeois » selon Aurélien Guillot. Il interviendrait de la part d’une bourgeoisie, une sorte de caste de l’entre-soi qui se soutiendrait mutuellement et dont les aides en subventions seraient présentées comme « justes ». C’est ce qu’a développé en substance le conseiller d’opposition, citant pour l’occasion l’essai du philosophe communiste Paul Nizan, Les chiens de garde, paru en 1932.

« borné et autiste idéologue »

En tout cas force est de constater que cette intervention de la part de l’élu communiste est récurrente. Déjà le jeune élu qui constate lui même sur Facebook que son «  intervention ne fera pas changer d’un iota la décision qui sera votée », avait entonné la même petite musique lors d’une précédente réunion publique de Laval Agglomération. Il s’était vu rétorqué, là aussi des « faits alternatifs » en réponse à sa remarque. Il lui avait été dit qu’il faisait « son numéro  », qu’il était «  borné » et que le conseiller communautaire communiste était un « autiste idéologue ». Des remarques positionnées sur la forme plutôt que sur le fond.

Bien plus à droite encore que Yannick Borde ou François Zocchetto, le conseiller frontiste Jean-Christophe Gruau a même ajouté « n’en déplaise à Aurélien Guillot je rappelle la subvention de 7 millions d’euros  », dans le cadre de l’aide à la presse, accordée « au journal l’Humanité, ce torchon ! ». Des mots assez durs, là aussi, à l’endroit d’un élu qui ne fait finalement que son travail d’opposition. Des réponses en tout cas qui se positionnent là encore sur le terrain des « faits alternatifs » qui contentent surtout ceux qui veulent bien les entendre. Mais n’est-ce pas le but de la manœuvre communicationnelle.

« Des goûts et des couleurs »

Dans le même ordre d’idée - celle que les subventions sont de plus en plus contestées en raison de leur fléchage idéologique - il faut signaler l’intervention de Claude Gourvil (EELV). L’élu écologiste a mis notamment en rapport les 20 000 euros de subvention accordés à Laval Aéro Show - un meeting aérien qui doit se dérouler le 17 septembre 2017 sur l’aéroport d’Entrammes – avec les 400 euros seulement d’aide à l’association Solidarité Paysan, un mouvement de lutte contre l’exclusion en milieu rural traversé actuellement par une crise importante. « J’entends ce que vous dites, monsieur Gourvil, (..) mais nous ne sommes pas là pour parler des goûts et des couleurs (...) et si la Patrouille de France vient comme cela est envisagée, je ne pense pas à rétorquer le président de Laval Agglo qu’elle brûle du kérosène pour le plaisir... »

On le voit, ces interventions témoignent à tout le moins d’une crise de confiance dans le pouvoir qui domine et, pour reprendre du Georges Orwell, dans ceux qui incarnent le « ministère de la Vérité » ; ce n’est certes pas nouveau. En revanche ce qui l’est, c’est l’utilisation de « faits alternatifs » - à savoir des faits qui ne sont pas objectivement fondés - comme stratégie pour affaiblir un contre-pouvoir, dans ce cas un empêcheur de subventionner en rond.

En fait en dénigrant l’idée, ou bien l’individu, par l’utilisation de « faits alternatifs » et, dans ce cas là, insultants, il s’agit de « mettre au rencart » les faits objectifs qui du coup ont moins d’influence sur l’opinion publique (ici les élus qui siègent à Laval Agglo) que ceux qui font appel à l’émotion ou aux croyances personnelles.


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À Laval Agglo, des « faits alternatifs » comme réponses à l’opposition

Publié le: 7 février 2017
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