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La fusion entre Laval et Loiron a de nouveau refait surface en conseil communautaire à Laval. Rien n’est réglé encore définitivement, mais pour la première fois un débat, un vrai, sur la question a vu le jour en séance publique. Les ténors de la politique locale ont pris la parole pour dire tout le bien qu’il pensent de ce rapprochement-absorption ; d’autres ont laissé paraître publiquement ce qu’ils pensaient tout bas. Analyse.

Par Thomas H.

Il y a un petit coté dérisoire à vouloir faire de la politique comme au temps de Napoléon III. À s’acharner à rapprocher de force deux entités comme ce fut le cas en 1863 quand la commune d’Avesnières forte de 4000 habitants - mais aussi la commune de Grenoux - fut fusionnée avec Laval. Ce fut au mépris de tous les votes négatifs rapporte le maire de Laval, qui avec cet épisode de l’histoire locale a peut-être souhaité mettre en avant le coté inéluctable de la démarche déclenchée par la préfecture de la Mayenne.

Et dans le même temps, François Zocchetto prévient. «  Le vote de ce soir n’a pas de valeur contraignante !  » C’est donc encore une fois un avis. Mais depuis le temps, les avis, il faut bien le dire dans cette affaire, divergent et ce n’est pas demain la veille que l’on pourra obtenir l’alignement des planètes sur ce « mariage forcé » ou « de raison  ». C’est selon. Parce que 20 communes lavalloises plus 14 du Pays de Lciron, cela ne fait pas automatiquement 34 et n’est pas synonyme de fusion.

Il semble fini le temps où la décision semblait tomber d’en haut, même si des voix s’élevaient contre, comme au temps de la politique napoléonienne. Et l’addition aurait pu même donner au final la somme de 36, si Laval Agglo en commission avait décidé d’accueillir Astillé et Courbeveille. Deux communes qui piaffent depuis des lustres pour se rapprocher de la collectivité lavalloise, plutôt que de continuer à appartenir à la Communauté de communes du Pays de Craon. Du coup en séance publique, à la question décidée en commission et du style : - êtes-vous pour ne pas accueillir ces deux communes -, deux voix se sont élevées contre, et six conseillers communautaires se sont abstenus. Le tout en raison de gros sous et de compensions financières que Laval Agglo aurait dû acquitter en cas d’absorption...

Possible, s’il y a consentement

Le flirt n’est possible que s’il y a consentement. Et une envie réciproque. Et le mariage à fortiori ne peut se faire que si les deux parties sont d’accord. C’est en substance ce qu’on dit dans un débat ouvert, et peut-être pour la première fois depuis qu’il est question de la fusion entre Laval Agglo et le Pays de Loiron, des conseillers de tout bord politique. En voici un florilège.

Honneur au conseiller municipal de Laval Jean-Pierre Fouquet ( MoDem) qui s’est permis de rompre le consensus dans la majorité de Zocchetto qui veut, comme dans toute collectivité, que la majorité justement se serrent les coudes. « Ça me chiffonne de dire ça mais (…) je suis contre la fusion, il s’agit d’un mariage forcé ; le conseil municipal de Loiron a voté contre et ne pas en tenir compte, en terme de démocratie, cela me parait tout à fait extravagant...  » Les autres conseillers de la majorité, en dehors toutefois des ténors, ont observé le consentement par le silence.

Le conseiller communautaire de Changé qui est aussi président du Département Olivier Richefou (UDI) est monté au créneau. En premier ligne, pour reprendre le vocabulaire qu’il a utilisé, celui de la guerre. « L’avenir du département de la Mayenne, c’est d’avoir une communauté d’agglomérations de Laval forte, et donc il faut combattre le Pays de Vitré. Si le Pays de Loiron se développe, c’est qu’il bénéficie à la fois de Laval Agglo et de la communauté du Pays de Vitré. Et puis c’est le troisième Préfet de la Mayenne à dire qu’il faut fusionner, alors c’est que cela doit être la bonne orientation...  » Yannick Borde, maire de Saint Berthevin et vice-président de Laval Agglo a estimé en substance qu’il ne fallait pas avoir peur de cette fusion et que « les entreprises de la Communauté de communes du Pays de Loiron ne seront pas pénalisées à rejoindre Laval Agglo (...) »

« Un mariage de raison, pas forcé »

Bien que peu de maires et d’adjoints aient pris la parole pour dire publiquement ce qu’ils pensent de cette fameuse fusion serpent de mer, excepté Loïc Broussey le maire de Chalons-du-Maine qui expliquera brièvement qu’il votera contre, le débat dans l’enceinte de Laval Agglo est plus nourri que d’habitude. D’ailleurs Claude Gourvil, (EELV) le fait remarquer avec un brin d’ironie. Selon lui « Il faudrait parler de mariage de raison » plutôt que de « mariage forcé  ». Le conseiller municipal d’opposition à François Zocchetto ajoute « je ne vois pas pourquoi je serais contre ? parce que Olivier Richefou est pour la fusion ? (…) Je ne suis pas d’accord avec son langage guerrier. Avec la fusion des deux collectivités, ce que je vois c’est qu’on va élargir nos champs de compétences et chaque collectivité en profitera, et donc je suis pour... »

Dans l’opposition, on n’a pas fait pas forcément bloc sur la question de la fusion. Pascale Cupif et Georges Poirrier ont voté pour comme Claude Gourvil. Isabelle Beaudoin, Maël Rannou et Catherine Romagné se sont abstenus. Seul Aurélien Guillot est contre car, a-t-il dit, «  la fusion ne figurait pas dans le programme de 2014 (…) alors soit il faut une consultation de la population, soit on attend que les candidats en vue de la prochaine mandature se prononcent clairement sur la question (...) Pour se marier, il faut être deux, or Loiron ne veut pas... Pourquoi vouloir à tout prix fusionner ? Le débat devrait être clos à mon avis !...  »

Mais il n’a pas été entendu, et le débat a continué et rien n’est donc terminé. Et les divergences de points de vue relancent même la question du bien fondé du rapprochement programmé par les autorités de l’État au nom de la mutualisation. Et de la recherche d’économies. Cette fusion entre Laval et Loiron, c’est au bas mot une communauté d’agglomérations qui boosterait L’Agglo de Laval en la hissant à hauteur de 120 000 habitants, au lieu de 103 000 actuellement. Pas rien. Mais les 14 communes du Pays de Loiron craignent d’être englouties dans la masse des 75 représentants que contera la nouvelle collectivité. Cela fait du monde autour de la table et ils redoutent de ne plus avoir de pouvoir ni de voix suffisamment forte pour porter. Et puis, ils ne veulent pas jouer cette carte-là, celle de la fusion-absorption en étant les dindons de la farce. Ils veulent garder leur autonomie, et donc leur liberté d’action. Ils refusent la fusion et la disparition de la Communauté du Pays de Loiron en participant, en fait, à ce qu’on pourrait appeler, en continuant à filer la métaphore du mariage, celui justement de la carpe et du lapin.


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À Laval Agglo, le « mariage » avec le Pays de Loiron s’apparente à celui de la carpe et du lapin

Publié le: 14 novembre 2017
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