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Derrière la cession de l’espace Saint Julien à Laval, on savait qu’il y avait Michel Lelièvre, un promoteur du Mans et ce que leglob-journal avait révélé et appelé un « triumvirat » avec un général à la retraite, Christophe de Quatrebarbes et un avocat Benoît Gruau. On sait maintenant que le cercle s’est bien élargi à travers un fonds de dotation. Leglob-journal s’est en effet procuré ses statuts déclarés au Journal Officiel, le 9 novembre 2017. Créé pour une durée de 99 ans, son siège social est situé au 97, boulevard Félix Grat, à Laval.

Par Thomas H.

« Soutenir et présider au développement d’activités d’intérêt général à caractère éducatif, social et sanitaire, dans le cadre d’un lieu de vie intergénérationnel destiné à favoriser l’épanouissement personnel et l’entraide mutuelle de personnes de tous âges et de tout état de vie, dans un esprit de désintéressement et de promotion du bien commun en veillant à l’intégration des personnes les plus faibles. »

« L’objet social » de ce fonds de dotation, sorte de fondation associative régie par la loi du 4 août 2008 est contenu dans cette phrase de plusieurs lignes où chaque mot est pesé au trébuchet.

Tout y est. Sauf peut-être l’aspect religieux. « Une charte » évoque pourtant « l’esprit [qui] devra être acceptée par chaque acteur de l’Espace Saint-Julien » dont les « cinq piliers » sont «  bienveillance, responsabilité, service de l’autre, respect de la vie humaine, foi et paix ». « Foi », le mot apparaît finalement mais très discrètement.

En fait, derrière ce qui a été mis en évidence par la municipalité de Laval comme un projet d’apparence banal, se cache une volonté de développer une opération où le religieux est très présent. Un appel de fonds sous la forme participative que permet les plateformes internet de crowdfonding, à travers une plateforme chrétienne basée à Lyon, est d’ailleurs en court. Le projet ne choisit pas l’internet religieux par hasard.

Le club des cinq

Les « acteurs » officiels, quand on feuillette les statuts sont pour l’heure au nombre de cinq. « Nous sommes tous bénévoles, et nous agissons pour le bien de tous ceux que nous allons accueillir à Saint-Julien [...] » raconte le président du fonds de dotation.

« Avec un capital initial de 15 000 euros, il pourra être alimenté par des legs et des donations par toute personne physique ou morale. » « C’est pourquoi nous avons choisi le fond de dotation qui s’apparente à une fondation plutôt que l’association » précise le président Benoit Gruau.

Faire des dons ou des legs. Samuel Tual, le PDG d’Actual et patron du Medef en Mayenne, ou d’autres, pourraient donc intervenir selon le principe bien connu que « le bien ne fait pas de bruit  ». « Je ne suis pas dans le tour de table nous avait confié Samuel Tual, mais j’ai dit à l’équipe qui porte le projet, que le moment venu il pourrait compter sur moi pour aider, en faisant des dons. »

Les cinq membres fondateurs du fonds de dotation Saint-Julien

Dans cette « fondation », fonds de dotation, il y a par ordre d’apparition alphabétique parmi les 5 fondateurs, quatre "laïcs", et un prêtre. Il font tous partie du conseil d’administration. La présence du père Pierre-Antoine Belley ôte d’ailleurs le caractère totalement laïc de l’opération. L’ecclésiastique exerce sur place « la mission d’aumônier actif de l’espace Saint-Julien » et de ce fait, il est «  membre de droit du conseil d’administration » est-il possible de lire dans les statuts.

Des entrepreneurs bienveillants

Parmi le club des cinq, il en est ainsi de l’avocat Benoît Gruau dont leglob-journal avait révélé la présence dans ce projet dans un article récent. Benoît Gruau qui a été l’avocat d’un jeune militant appartenant au mouvement de La Manif pour tous est le frère du conseiller municipal de Laval Jean-Christophe Gruau. Ce dernier nous avait déclaré : « Benoit n’est pas investisseur dans ce projet. Il fait partie de l’organisation ; il est dedans certes, mais il apporte sa matière grise, et une aide juridique[...] ». Benoît Gruau est devenu le «  premier président [du] conseil d’administration ».

Joint au téléphone, Benoit Gruau nous a aussi précisé que « Le terrain a été acquis par une SCI, dans laquelle se trouvent deux actionnaires le fond de dotation et Michel Lelièvre, sans quoi il n’aurait pas pu être acheté ». 1,6 millions d’euros, c’est le montant au moment de la mise en vente de Saint-Julien annoncé par la municipalité de François Zocchetto.

Le promoteur immobilier sarthois Michel Lelièvre, un des cinq membres fondateurs de l’entité juridique « Saint-Julien » est présenté dans les statuts comme un «  chef d’entreprise ». La municipalité de Laval avait simplement communiqué son nom sans révéler l’existence du fonds de dotation et des autres participants. Donnant à ce « projet  » le caractère d’une opération immobilière classique.

La foi de bien faire

Viennent ensuite deux autres personnes qui siégeront au conseil d’administration « pour une durée illimitée » au coté de Benoit Gruau, de Michel Lelièvre et du prêtre. Elles apparaissent pour la première fois dans cette histoire : il s’agit de Gilles Mézière « exerçant la profession de cadre dirigeant ». Sa présence fait ré-apparaître le nom de Lactalis ; il est le Directeur général Europe du groupe laitier et membre de « l’équipe pilote ». Hugues Préaux, expert-comptable, délégué aux finances du Fonds de dotation estime pour sa part, dans la vidéo ci-dessous que « Saint-Julien, c’est une véritable urgence en matière d’éducation ».

Le siège du fonds de dotation « Saint-Julien » est situé au 97, boulevard Félix Grat, à Laval. « Pour des raisons de commodités et ce n’est pas interdit... » nous déclare le président du fond de dotation Benoit Gruau.

Cela mérite toutefois d’être signalé car il s’agit de l’adresse de l’agence de communication Studio Version 2 dont Franck Gruau est le gérant. C’est aussi celle de l’annexe lavalloise du Cabinet Richelieu, un cabinet d’affaires parisien dont Benoît Gruau est le fondateur avec trois autres avocats associés. L’antenne mayennaise du cabinet d’avocats jouxte l’Agence de publicité. Une proximité de lieu et d’intérêt pour Benoît Gruau qui justifie :« Nous n’avons plus de boite aux lettres sur l’espace Saint-Julien, c’est pour cela que nous utilisons cette adresse » .

L’agence de pub et l’annexe lavalloise du cabinet parisien d’avocats - (c) leglob-journal

Franck Gruau est très proche du Medef, aucun rapprochement n’est à faire, selon Samuel Tual. Mais il arrive très souvent à Franck Gruau d’animer les soirées du Mouvement des Entreprises de France en Mayenne présidé par Samuel Tual. Dernièrement, il faisait l’anchorman pr exemple avec micro et vidéos, à Changé, au cours d’une soirée consacrée à l’entreprise du XXIè siècle. Le président du Medef national François Roux de Bézieux y était présent.

Le projet Saint-Julien s’éclaircit donc un peu plus. Avec toutefois un enchevêtrement de personnalités lavalloises.

La chapelle épicentre du projet

« Tout tourne autour de la chapelle dans ce projet » comme nous l’avait confié initialement Christophe de Quatrebarbes ; l’appel aux dons par la plateforme chrétienne de crowdfunding sur internet, joliment intitulée Credofunding, est en ligne avec une vidéo pour susciter l’intérêt et appeler les donateurs. Les premiers dons pourraient permettre la mise en sécurité du bâtiment religieux dont les fondements ont été déstabilisés au fil du temps.

Il y aussi de la communauté Saint-Martin dans Saint-Julien ; une entité religieuse déjà installée à Évron, et qui se trouve dans l’opération, sans toutefois y apparaître officiellement ; cela se fait par le biais de son internat situé rue du Colonel Flatters qui sera conformément au projet transféré à Saint-Julien. Il devrait au passage gonfler de 45 places à 90. La communauté Saint-Martin forme des jeunes ecclésiastiques en soutane qui sont appelés à devenir des cadres de l’Église catholique.

L’espace autour de la chapelle, public jusqu’ici, prend à présent une connotation religieuse. Samuel Tual le confirmait récemment au glob-journal lors d’un entretien que le président du Medef 53 nous a volontiers accordée. « Ce projet est porté par la Communauté Saint-Martin, cela va densifier la population en centre-ville de Laval qui est aujourd’hui est en déclin, avec une chapelle qui pourrait reprendre du service. Je trouve cela intéressant. » 

« Dans ce dossier, il n’y a pas de prosélytisme. Notre territoire a des racines, et ce n’est pas tout à fait illogique. » nous confiait le PDG d’Actual. Croyant et pratiquant, - il ne s’en cache pas – Samuel Tual avait poursuivi : « Il n’y a pas de hasard, car il y a des raisons à tout cela ; en tout cas, il n’y a pas de calcul à ma connaissance, et ce projet de rénovation de Saint-Julien, c’est plutôt un bien pour la Mayenne, et j’y suis favorable. ». La municipalité précédente projetait pour sa part d’établir autour de la chapelle Saint-Julien un espace culturel, avec conservatoires, école d’arts plastiques, auditorium, etc.

Vidéo Saint-Julien sur le site de dons en ligne credofounding


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À Laval en centre-ville, un Saint-Julien lové autour de la sainte chapelle

Publié le: 11 avril 2018
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