A Laval, plus de femmes sur les plaques dans les rues

PARITÉ – Des propositions de dénomination pour quatre lieux sur Laval et les environs. Soumises au vote du conseil municipal le 16 avril 2018. Des choix arrêtés par la municipalité lavalloise qui font la part belle aux hommes et pas aux femmes. Voilà qui est de nature à alimenter les remarques sur les réseaux sociaux. Car la symbolique inhérente à la dénomination de rue et de lieux publics, et ce que cela dit, est encore forte, même au XXIè siècle.

Par Thomas H.


Quatre noms de personnalités mayenaises, des hommes et pas de femme. Une fâcheuse coïncidence. Une non-présence de femme qui n’a pas été sans remarque sur twitter.

Ainsi la photographe lavalloise Isabelle Beaudouin, conseillère municipale d’opposition à Laval a interpellé dans un tweet François Zocchetto le maire de Laval, mais aussi leglob-journal, et Marlène Schiappa, la secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes.blanc_long-49.jpgLa citoyenne et femme élue à la municipalité de Laval estime qu’à travers ces choix ce sont les hommes qui sont encore privilégiés sur Laval, ce qu’elle dénonce quand elle écrit sur Twitter :

carre_blanc-3.jpgcarre_blanc-3.jpg« Quatre dénominations au prochain conseil municipal
et pas une seule femme : aucune n’est respectable en Mayenne ? »

Il est un fait que l’on a affaire exclusivement à des noms d’hommes qui se sont illustrés en Mayenne et à Laval, et pas à des représentantes de « l’autre sexe». Et puis quatre d’un coup, c’est assez remarquable au premier sens du terme. Pour Béatrice Mottier, adjointe au maire de Laval en charge de l’Attractivité, cette remarque effectuée sous la forme d’un reproche méritait une réponse illico, ce qu’elle a fait.

blanc_long-49.jpg

mottiercapaturebeaubouin.jpgblanc_long-49.jpg

« Nous y veillons… » écrit simplement Béatrice Mottier. Le message se veut rassurant et parait nécessaire en terme de désamorçage de la polémique. Car il y a, à Laval qu’on le veuille ou non, une certaine « sous-représentativité » des femmes pour ce qui est des noms de rues par exemple. Elle sont peu nombreuses à être et avoir été remarquées ; «La ville de Laval compte 720 rues dont 39 portent le nom d’une femme, soit 5 % des rues et lors du conseil municipal du 20 novembre 2017, elle en a adopté 6 de plus.» fait remarqué David Ouvrard dans un mèl reçu par leglob-journal.

Le directeur de cabinet de la ville de Laval ajoute : «Lors de la clôture des journées européennes du patrimoine en septembre 2017, la ville de Laval a lancé le projet Des voies pour les femmes. Cette action va permettre une féminisation accrue des noms de rues et des bâtiments publics à Laval grâce aux propositions des Lavallois. Il ne s’agit pas de débaptiser les rues actuelles, mais de préparer les prochaines nominations

À la suite de cet appel, à ce jour, ajoute-t-il «ce sont 130 noms de personnalités féminines qui ont été proposés et sur cette base, une première liste de personnalités féminines représentant différents domaines d’activité sera proposée lors d’un prochain conseil municipal s’agissant des prochaines nominations de rues.»

«Une partie d’entre-elles a déjà été présentée lors de l’exposition sur les grilles du CCSTI [Musée des Sciences, NDLR] en février dernier, rappelle David Ouvrard. Les panneaux étaient restés sur les grilles du musée des sciences pendant un mois.«»

lavalruesfemmes.jpgDans la liste des dix personnalités féminines transmise par la municipalité et qui avaient été retenues pour l’exposition Des voies pour les femmes, on peut citer Simone Weil, Marie Balluais née Pottier, Gabrielle Chanel dite « Coco », la sportive Colette Besson médaillée au JO de 1968, la mathématicienne Ada Lovelace et fille du poète Lord Byron, Christine de Pisan, une femme de lettres et féministe au XIVème siècle, Jane Guyon, une mystique accusé de préconiser le Quiétisme, l’architecte anglo-irakienne Zaha Hadid, la lavalloise Mademoiselle Archambault décrite par l’Abbé Angot, et Thérèse Roisnet. Nommer et donner un prénom et un nom à une rue, un lieu, un bâtiment, un espace public, c’est certes une garantie contre l’oubli, mais c’est aussi donner du sens par les choix opérés.

De ce point de vue, ce ne sont pas les quatre noms choisis par la ville et qui seront soumis au vote des élus lavallois qui sont en cause. Certainement pas.

 

Noël Meslier qui aura achevé beaucoup trop tôt sa carrière d’amuseur public au grand cœur à Radio Mayenne et sur les planches avec son Jacky Kitch, après avoir créer l’Association Digne d’un Don en faveur du Don d’organe, est une figure emblématique de la culture populaire en Mayenne et mérite bien évidemment cette distinction. Son nom apparaitra sur le nouveau bâtiment en cours d’achèvement au quartier Ferrié, appelée ainsi : Maison des Associations – Espace associatif Noël Meslier.

Tout comme Michel Laigle dont le nom devrait figurer sur la plaque à l’entrée du nouvel hangar à planeurs situé à l’aérodrome Beausoleil ; ou bien Pierre-Emerick Aubameyang ce footballeur international gabonais, toujours vivant et sur les terrains, qui a joué à ses débuts à L’huisserie avant de rejoindre le Borrussia Dortmund ou le Club d’Arsenal en Angleterre. Son nom a été choisi pour dénommer une salle se sport située dans le gymnase du quartier Ferrié. Même chose pour Georges Benoît qui fut professeur et fondateur du Judo Club Lavallois, choisi pour incarner le dojo du club.

Mais ne pas utiliser à parité des noms de femmes ayant marquées les lieux où elles ont évolué de leur vivant, c’est rater le présent. Le temps présent. C’est aussi passer à coté de la nécessité de gommer le fossé de l’homme qui demeure malgré les actions positives en suprématie sur la femme. Le masculin dominant le féminin. C’est nier ou occulter involontairement l’indispensable principe d’égalité pourtant durablement inscrit dans notre devise républicaine.

Nommer, et donc retenir une personnalité, qu’il soit homme ou femme, en la distinguant, c’est surtout faire entrer en résonance un nom, une personnalité avec une époque. Inscrire un nom dans l’espace public révèle aussi un dialogue avec les acteurs du présent. Cette interactivité mémorielle va bien au delà de la simple distinction ou de la désignation. Par le symbole et les choix, cela dit également énorménent de ceux qui les choisissent.

Laisser un commentaire