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La maire de Longuefuye, la premiere femme à occuper ce poste dans le village

Longuefuye, 340 habitants et un parc des Alcools racheté en 2011 par le groupe Séché ; c’est un village qui a glissé du vote socialiste au vote Front national aux dernières régionales. Sa Maire a parrainé récemment le candidat de la France insoumise. « Cela vous étonne ? » me lance Monique Doumeau avec un sourire.

leglob-journal l’a rencontrée pour faire le point sur la présence de Séché sur le périmètre de sa commune.

Entretien

- leglob-journal : Comment se passe cette cohabitation ?

Monique Doumeau : C’est comme tout, par la force de l’habitude, j’ai l’impression que les habitants ont appris à vivre avec. C’est comme pour le village voisin Grez-en-Bouère, avec son usine Aprochim, les habitants ont du faire avec et s’y sont plus ou moins accommodés. La pollution est forte à Grez. Elle est invisible, mais elle existe. Ici, il s’agit de déchets inertes, du mâchefer, qui ne sont pas considérés comme dangereux, c’est ce qu’on nous dit.

Il s‘agit de transborder des containers. Je les ai vu, ces résidus de déchets industriels. En fait un échantillon, dans un bocal que nous a montré Séché ; c’est noir, ça ressemble un peu à de la pouzzolane. Inertes, ces déchets, sont-ils conformes aux normes européennes ? C’est ce que la population espère. Mais la maire que je suis n’en sait pas plus.

- Leglob-journal : Comment se passe le processus d’acheminement de ces déchets en provenance de la région Rhône-Alpes ?

Il y a eu une interruption de la rotation en raison d’un problème survenu entre Combiwest l’opérateur de transports négocié avec la SNCF. Un problème de sillons. C’est pas toujours évident pour la SNCF de pouvoir donner des possibilités de passage sur les rails pour des trains de fret qui roulent à moins de 60 kilomètres/H, c’est en tout cas ce qu’a dénoncé Combiwest qui a dû demander sa liquidation judiciaire en Bretagne. Il a y a eu une pause et au second semestre 2016, les rotations et les camions ont repris. Un quarantaine, puis actuellement une vingtaine, d’aller et retour par jour, - c’est irrégulier - entre Longuefuye et Changé pour la plate-forme de Séché. Depuis 2011, les camions passent par Château-Gontier, nous avons obtenu ça.. Des camions transportant des déchets solides, c’est ce qu’on nous annonce, en tout cas. On ne peut pas vérifier, car on ne peut pas ouvrir les containers. Et on est obligé de faire confiance

- Leglob-journal : Les problèmes d’acheminement par le fret se sont-ils aplanis ?

Ici, devant la petite gare fermée en 1958, les trains ne font que passer, et filent sur l'embranchement privé du parcLes containers avec les matériaux en provenance de Salaize-sur-Sanne dans l’Isère voyagent de nuit. Toute la nuit. Ils arrivent aux alentours de 7 heures du matin à Longuefuye, le lundi en début de semaine, et repartent à vide le vendredi. Enfin, je pense qu’ils sont vides, en tout cas je ne sais pas si il y a quelque chose dedans !

- Leglob-journal : Vous semblez, en tant que maire, avoir peu de possibilité d’informations, non ?

Je suis obligé de faire confiance. Tout en étant constamment attentive à tout, je veux dire en terme de sécurité et de respect de la réglementation. J’ai dit aux personnes de Séché que j’ai rencontré, si vous appliquez les règles, il n’y a pas de raison...C’est à vous d’appliquer les normes pour que vous soyez dignes de la confiance qu’on vous accorde, voilà ce que je leur ai dit. Il faut être sérieux. Nous exigeons de votre entreprise du sérieux. Il y a bien eu quelques containers qui étaient restés un temps au sol – ce qui n’est pas autorisé par l’administration - pendant une petite période, mais ils nous ont assuré qu’ils étaient vides, et qu’il n’y avait aucun risque. On pensait à des infiltrations d’eau de pluie, et pourquoi pas, que des fluides puissent s’échapper. En fait, c’était dû aux problèmes que rencontraient Combiwest. Mais cette histoire est derrière nous.

- Leglob-journal : Vous êtes en tant que maire, garante de la sécurité de vos administrés, et si je comprends bien vous voulez rester les yeux grands ouverts ?

Oui bien évidement. Cela me parait primordial. Je leur dit aux habitants que je suis attentive et que je le resterai, dans la mesure de mes possibilités. Attentive à ce que fait Séché, surtout quand on voit ce qui s’est passé sur Changé...Au tout début, Séché m’a officiellement précisé qu’il n’y aurait pas d’extension du site sur Longuefuye ni d’enfouissement de prévu. Nous voulons bien les croire ! L’association Terre et Vie d’Anjou, elle, a eu la confirmation par écrit.

- Leglob-journal : Vous n’imaginez pas un site d’enfouissement sur Longefuye ?

Non, parce que d’abord, le parc fait 17 hectares, c’est petit, alors qu’à Changé, il s’agit d’un site de 200 hectares, qui s’étend d’ailleurs. Ils m’ont fait savoir que s’ils prévoyaient un autre site d’enfouissement, ce serait dans une région où ils ne sont pas présents. Je me souviens, j’avais demandé officiellement à la préfète de la Mayenne dans une délibération du conseil municipal, qu’elle se porte garante de la sécurité et de la salubrité de la population de la commune et qu’elle prenne à la charge de l’État le financement des prélèvements effectués sur place. Corinne Orzechowski m’avait répondu que ce n’était pas de son ressort.

- Leglob-journal : Vous n’imaginez pas que Séché puisse revenir sur sa parole ?

C’est écrit, noir sur blanc, dans un courrier qui a été adressé officiellement à l’association Terre et vie d’Anjou dont j’ai la copie, et cela n’a jamais été remis en cause jusqu’à maintenant. Ce qui peut se produire, et selon ce que je sais, c’est que les citernes qui sont vides puissent être louées à des industries agro-alimentaires pour y entreposer des huiles alimentaires par exemple. Je pense qu’ils l’envisagent.

- Leglob-journal : vous, en tant que maire de Longuefuye, vous estimez qu’ils ne sont pas plus transparents que cela ?

Écoutez, quand il y a des problèmes de transport de la marchandise, ils m’appellent ! Je dois le dire. Sinon, je dois moi-même, et le plus souvent, les questionner. Mais comme je vous le disais au début de cette entretien, il y a le fait que nous nous habituons à vivre avec cette présence à coté de chez nous, qu’on a tendance finalement à oublier, et c’est normal, c’est humain. C’est peut-être cela le danger dans cette affaire, oublier, quand il ne se passe rien.

C’est certain qu’ils ont compris le message du départ, quand je les avais appelé, depuis ma voiture, parce que j’avais eu vent qu’ils s’intéressaient au Parc, qu’ils étaient les acheteurs potentiels et qu’ils ne m’en avaient pas parler. Ils n’avaient pas contacter le maire de la commune ! Je leur ai dit fermement qu’il y avait un problème de communication et le lendemain, deux personnes du groupe Séché, dont le bras droit du PDG Joël Séché, étaient à Longuefuye. Mais, ils ont été vraiment respectueux, et à l’écoute. Ils ont dit « Nous souhaitons que cela se passe le mieux du monde. Nous ne voulons pas créer de problèmes, c’est notre entreprise. » Ils ont ajouté : « nous sommes sérieux, dans le respect des populations et de la réglementation. »

Lire aussi : Communauté d’intérêts

Recueilli par Thomas H.


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À Longuefuye, « pas d’extension du site Séché, ni d’enfouissement de prévu »

Publié le: 29 mars 2017
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