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Dans ce village de Mayenne, un joli petit bourg de 360 habitants qui a connu jusqu’à 1050 âmes en 1806, et que nous appellerons Xvillage l’attractivité n’est plus là. Xvillage, seyant sous le soleil en ce jour d’Avril, tourne au ralenti. En Mayenne, les bourgs à l’image d’Xvillage se vident petit à petit de leurs substances, presque plus de vie, avec pourtant en leur centre un vestige, un énorme monument du temps passé qui reste, lui, bien en place. Et c’est loin d’être un cas isolé.

Par Edouard L.

L’église qui fédérait les consciences, à présent fait très souvent se plaindre les maires car elles sont quelques fois à l’origine de difficultés financières que les budgets des villages - en but à la baisse de la Dotation Globale de Fonctionnement - rencontrent de plus en plus. Là, la réfection d’un clocher onéreux et qui nécessite une grue hors de prix, ici la façade qui tombe, ou bien encore là une partie du monument classé "monument historique" à la charge - effectivement - des contribuables. Et souvent certaines municipalités n’ont pas les moyens de rénover. Trop cher. Alors il faut faire de choix.

Dans Xvillage, ce bourg du Nord du département ce ne sont pas les 4 fleurs attribuées par le Conseil national des villes et villages fleuris de France au Concours national des villages fleuris qui vont changer quelque chose au lent déclin qui donne l’impression d’un village comme happé par le présent. Il est presque 15 heures et tout semble figé. Comme si le monde s’était arrêté de tourner. Puis soudain le carillon rompt le silence pour donner l’heure. Xvillage vit hors du temps.

Il y a plus de 200 ans, au moment où en France la Révolution pointait ses idéaux de Liberté, d’Égalité et de Fraternité qui allait devenir sa devise, et que les Français mettaient ses espoirs de changement dans le bouleversement que le Pays allait connaitre, à Xvillage celui qui allait devenir un chef chouan y "levait des troupes". Comme dans beaucoup d’endroits en Mayenne, des villageois se décidaient à aller guerroyer contre le changement et tenter de rétablir "le moment d’avant" perçu comme un signe de stabilité. Les habitants allaient à rebours du mouvement national, comme pour se démarquer encore un peu plus.

De nos jours Xvillage est quasi désert. Plus de haine officielle, plus de cris de ralliement, plus d’idéologie revendiquée. Pas un cri d’enfants non plus dans les rues, ni dans la cours de la récré. Nous sommes en septembre 2016 et l’école n’accueille plus les rires et les bruits si caractéristiques qui rythmaient les journées.

Depuis un an, les enfants sont véhiculés à quelques kilomètres de là, transportés en car pour aller à l’école «  à la ville » comme disent les habitants. Une école "urbaine", une école de ville qui a vu du coup ses effectifs scolaires gonflés artificiellement par un jeu de vases communiquant. Dans l’école, et en raison de cet afflux décidé par l’administration - il y a 3 autres villages qui « mettent » leurs enfants à l’école - on parle maintenant de RPI, de Regroupement Pédagogique Intercommunal ; c’est comme cela que fonctionnera le système scolaire en milieu rural en 2020 quand l’administration qui a préféré « tarir » disaient les syndicats d’enseignants des écoles à une et deux classes, aura effectué des regroupements d’enfants de plusieurs villages en un seul lieu.

Une classe ou même deux dans une école de village, c’est considéré comme des unités pédagogiques « dangereuses pour les enseignants et les enfants. » L’enseignant ne devait pas être isolé expliquait dès les années 2010 l’Inspection académique.

Malgré les efforts du maire de Xvillage qui avait souhaité ardemment la conserver et créer un petit lotissement pour y faire s’installer de nouvelles familles et donc des nouveaux enfants, l’école a périclité. « Pas assez d’enfants et on ne compte pas les moins de 3 ans ! » s’était vu rétorquer le maire. Et par malchance, en plus de cela, des familles dans le village qui se sont «  décomposées  ». Quand un parent quitte le petit bourg explique le maire de Xvillage, pour s’installer dans un autre, il emmène forcément ses enfants avec lui ce qui « dégonfle » les effectifs de l’école et casse toutes chances de maintien d’une classe et d’un poste d’enseignant.

Moins d'éducation, c'est préparer aussi la crise

Si le maire ne sourit plus, lui et son équipe n’ont pas pour autant baisser les bras. Mais le cœur n’y est plus vraiment face à ce qui ressemble à un démontage de l’aménagement du territoire. Le dernier commerce qui vient de fermer, les querelles de chapelles, les clans et les mauvaises volontés de certains habitants qui souhaitent vendre de la terre agricole 10 euros au lieu de 3, cela prive la municipalité de la possibilité de faire des parcelles en lotissement pouvant accueillir des familles ; pourtant la demande est là parce que se loger dans les villes coûte de plus en plus cher ; il y a la demande mais pas le terrain !

La faute comme souvent à des habitants explique le maire qui «  trustent  » la terre ; et ne veulent pas partager. Heureusement Xvillage compte sur le territoire de sa commune plusieurs poteaux gigantesques, ceux de la THT, la ligne à Très haute Tension qui doit transporter de l’électricité notamment en provenance de l’EPR, des pylônes qui coupent la ligne d’horizon mais lui rapportent un peu de d’argent. De quoi pour la municipalité entretenir une partie des routes communales.

La petite mairie est toute proche du centre d’Xvillage. Pas de drapeau au fronton, pas de devise sur la façade. Simplement "Mairie" écrit en gros. Elle a été installée dans un petite maison qui avec d’autres entourent l’église qui la plupart du temps reste fermée, pour éviter les vols dit-on officiellement.

Xvillage n’a pas pu se développer comme la municipalité l’aurait aimé. Plus de famille à s’installer, c’était pourtant l’assurance d’une école, un lieu de vie considérée comme le « poumon du village », qui aurait du être maintenue insiste fermement le maire.


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A Xvillage qui lentement se dépeuple, l’école restera vide et l’église coûteuse et sans vie reste fermée

Publié le: 20 avril 2015
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