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MUSIQUE - La Mayenne dispose d’une scène musicale riche. La musique classique y est présente notamment au travers de l’Ensemble instrumental de la Mayenne (EIM), créé par le Conseil départemental. A quoi sert donc cet orchestre ? Comment travaillent les musiciens ? Qui sont-ils ? Voilà quelques-unes des nombreuses questions que nous avons posé aux principaux intéressés. Pour ce premier article d’une série de cinq, Julie Vandard a rencontré Sonia Lamy, chargée de production qui nous explique le fonctionnement de l’Ensemble instrumental de la Mayenne.

Par Julie Vandard

L’Ensemble instrumental de la Mayenne, c’est quoi ? Créé en 1988 par le Conseil général, il fonctionnait alors en association indépendante avec une direction artistique, une chargée de production et le chef de l’orchestre. Il a été intégré en 2013 à la création de Mayenne Culture. «  Le but était de permettre aux musiciens professionnels de pratiquer leur art, de faire découvrir la musique classique. »

Quel est son budget ? Il reçoit une subvention unique d’environ 100 000 à 130 000 euros du Conseil départemental. Cela couvre le salaire des permanents en charge de l’Ensemble, les cachets des artistes, les productions. Par production on entend les répétitions, les besoins techniques ou encore les partitions. «  On les loue ou on les achète. Par exemple sur le Son des Pinceaux [joué lors de la saison dernière], la location des partitions a coûté entre 3000 et 4000 euros.  »

Pour les percussions ou le piano, l’orchestre fonctionne avec le prêt d’instrument ou la location. « Nous sommes souvent accueillis par les saisons. Nous fournissons le plateau artistique et eux, le plateau technique : ils louent le matériel si besoin, la salle, et gèrent la billetterie. » Les musiciens sont payés au cachet, la plupart sont enseignants. L’ensemble ne compte que quelques intermittents du spectacle, dont la cheffe d’orchestre Mélanie Levy-Thiébaut.

Combien de musiciens participent à l’Ensemble ? « Cela dépend du programme, c’est à géométrie variable. Quand il n’y a que des cordes, ils sont une quinzaine. Sinon ils sont une vingtaine à jouer régulièrement. Notre budget ne nous permet pas d’avoir un orchestre de quarante musiciens. Le maximum qu’on ait eu, c’était 25. »

Les musiciens reçoivent fin août début septembre leur planning. Leur nombre dépend des œuvres mais aussi du budget. Plusieurs œuvres sont jouées au cours d’un concert et certaines ne nécessitent qu’un instrumentiste par pupitre, il peut donc arriver qu’au milieu du concert quelques musiciens sortent de scène.

La photographie de l'Ensemble instrumental de la Mayenne pour la saison 2018-2019. (photo © Prisma Laval)

Photographie de l’Ensemble instrumental de la Mayenne pour la saison 2018-2019 - © Prisma Laval

Qui sont les musiciens de l’Ensemble instrumental ? « On privilégie ceux qui enseignent dans les écoles de musique et conservatoires du département. Ceux qui sont intéressés peuvent m’envoyer leur CV. Je le transfert à la cheffe, qui regarde et teste la personne sur une série. Le bouche-à-oreille fonctionne aussi, mais il n’y a pas d’audition à proprement parler. Les chefs de pupitre sont les mêmes depuis un certains temps. Il y a un noyau, et les nouveaux qui arrivent » explique Sonia Lamy.

Florent Billy, le premier violon a rejoint l’Ensemble en 2017, et il y a retrouvé sa professeur, Claire Vial, qui joue de l’alto. Idem pour les bassons : Romain Tiratay est un ancien élève de Philippe Mercier. « L’ensemble est un endroit où les musiciens peuvent se rencontrer, se retrouver, et pratiquer leur art au-delà de leur métier d’enseignant. Car ce que veulent tous les musiciens, c’est jouer », précise Sonia Lamy en souriant. Le jour des concerts, il peut aussi y avoir une séance scolaire l’après-midi,« on fait à la demande. On ne joue pas tout le programme, ce sont souvent des primaires, il ne faut pas les perdre. Mélanie Levy-Thiebaut, la chef de l’Ensemble, décortique avec eux les instruments, l’œuvre, fait jouer de petits extraits. Elle arrive à bien les captiver ! »

A quelle catégorie d’orchestre appartient l’Ensemble ? C’est un ensemble instrumental : donc un orchestre à géométrie variable, entre 15 à 25 musiciens. Tout dépend des œuvres jouées. On est au-delà de la musique de chambre, l’orchestre a besoin d’un chef. La formation Mozart, le petit symphonique, comprend entre 35 et 45 musiciens. Ensuite on trouve l’orchestre symphonique, voire philarmonique, avec 60 musiciens.

L’Ensemble instrumental de la Mayenne est composé de cordes (violon, alto, violoncelle et contrebasse), de vents (clarinette, hautbois, flûte, trompette, basson, cor, trombone et tuba) et de percussions. D’autres instruments peuvent être ajoutés : piano, harpe, clavecin, etc.

Chaque famille d’instrument a-t-elle un rôle défini ? Pour Mélanie Levy-Thiébaut, la cheffe d’orchestre de l’Ensemble, il y a une sorte de « permanence du hautbois qui va jouer des solos très mélancoliques parce que l’instrument est très sensuel, et le son très dense. La clarinette va faire des choses plus douces ou plus légères parce que l’émission de la clarinette est plus douce que celle du hautbois. La flûte traversière va symboliser beaucoup plus les oiseaux, la légèreté.

Après c’est le travail de la couleur orchestrale générale que le chef cherche qui fera qu’on appuiera sur quelque chose de plus dense, de plus léger, de plus brillant, de plus clair, en fonction des œuvres et des styles. Mais on peut remarquer qu’on a une permanence de l’utilisation des instruments. On la doit à Berlioz et à son fameux traité d’orchestration qui dit comment utiliser les instruments. Par exemple quand on arrive au basson il dit : “là je ne sais pas vraiment comment l’utiliser, c’est un instrument assez cocasse, donc je propose de l’utiliser pour des choses drôles ou comiques” , les bassonistes entendent ça depuis des années ! Berlioz a posé les bases de l’utilisation des instruments et ça reste d’actualité. »

Comment s’organise le travail ? « Mélanie propose un programme, explique Sonia Lamy. Avec Baptiste Clément [le directeur de Mayenne Culture], on réunit les diffuseurs du département, et on en parle ensemble. Par exemple, Gorron nous avait dit qu’ils avaient un thème sur la peinture, c’est comme ça qu’on a pu proposer Le Son des Pinceaux. On commence à se connaître. Le but c’est aussi qu’on soit à l’écoute des saisons. »

Une fois le programme arrêté, « les partitions sont envoyées à Florent Billy, le premier violon qui marque les coups d’archets [ce sera l’objet d’un prochain article de notre série sur l’EIM]. Puis tout est envoyé aux musiciens pour qu’ils puissent travailler chez eux ».

En effet, l’Ensemble ne répète que quelques fois pendant sa saison, en général une à deux fois avant chaque concert. «  Les musiciens se plaignent d’ailleurs du manque de répétition, ils disent que le programme est difficile, mais finalement, ils y arrivent  », dit Sonia en souriant. Ils reçoivent les partitions un mois avant, « on ne peut pas leur envoyer longtemps à l’avance quand on les loue par exemple  ».

Le nombre de musiciens dépend des programmes : ici, le 21 mai 2017 à l’Eglise de Saint-Martin-de-Connée, le Concerto Dolorosa était écrit pour les cordes - © Mayenne Culture

Auparavant, l’orchestre jouait avec des choristes. Maintenant il est uniquement instrumental. Pourquoi ce changement ? Avant, il y avait l’ensemble vocal de la Mayenne, du temps ou c’était une association indépendante. Il s’est arrêté en 2013, lors de la fusion avec l’ADDM (Association départementale de la Danse et de la Musique) et Les Nuits de la Mayenne pour la création de Mayenne Culture.

A l’époque, « c’était l’ambition du chef, Yves Parmentier, qui travaillait beaucoup avec les chœurs. On avait de très gros plateaux avec beaucoup de monde, et on faisait moins de concerts. Mélanie Levy-Thiébaut travaille plus avec l’orchestre seul, sur des œuvres assez exigeantes comme Stravinsky par exemple. Elle a envie de faire travailler les musiciens  ».

Moins de monde, c’est aussi plus facile à gérer d’un point de vue budgétaire et logistique. Mais un chœur sera de retour pour la saison 2018-2019 : «  Nous avons noué un partenariat avec Le Pays d’art et d’histoire : nous ferons quatre concerts dans les églises pour jouer des extraits de La Passion selon Saint-Jean et Saint Matthieu, de Bach. Un chœur sera créé pour l’occasion, en septembre. On cherchera environ 25 choristes, qui répèteront avec un chef de chœur de janvier à mai.  »

La semaine prochaine, pour le deuxième épisode de notre série, Mélanie Levy-Thiébaut nous parlera de son rôle de cheffe d’orchestre et de son travail avec l’Ensemble instrumental de la Mayenne.


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A quoi sert l’Ensemble instrumental de la Mayenne ? - [1/5]

Publié le: 17 août 2018
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