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« Soutien indéfectible. Courage Rachid, la bêtise ne doit pas gagner. » ou bien « Tout notre soutien à Rachid, si sympa. Notre cœur démocrate est soufflé. » ou encore «  et sinon la droite compte réagir aux tags racistes contre Rachid Tijane ? » Ce sont quelques-uns des messages postés sur Twitter, essentiellement des soutiens de la part des forces progressistes de gauche envoyés en nombre après l’agression raciste de campagne dont a été victime un candidat d’EELV53 en Mayenne pour les départementales.

Derrière cet acte, il se cache en fait une très sournoise petite musique, étouffée, non franchement révélée jusque-là mais bien vivante.

- Par Thomas H.

La peinture "respecte" les "candidats blancs", mais pas celui d'origine étrangère C’est une « illustration d’un racisme ordinaire  » écrit Rana d’Alger sur le célèbre site de microblogage. Elle s’indigne contre cette «  #ignominie » qui fait, écrit un autre twittos dans son message de « #solidarité » à Rachid « que la réalité écrase la #propagande #FN  » qui montre son vrai visage.

«  Bougnoule  », c’est un mot violent accolé à cette réalité des « évènements d’Algérie » qu’on a finalement fini par appeler la Guerre d’Algérie et qui a traversé la France, et la Mayenne. Des militaires en poste dans des États-Majors et en fin de carrière se remémoraient parfois en souriant les épisodes où ils « avaient cassé du bougnoule  ».

Derrière ce terme, on trouve un sentiment qui surnage, ancré dans la mémoire collective et qui laisse penser que ceux que l’on appelle aussi « les sales bougnoules » seraient venus pour entrer en concurrence avec ceux qui étaient déjà là et « pour manger le pain des Français ». C’est le même phénomène dit de l’ « estranger » dans le Sud de la France qui veut qu’on appelle comme cela tous ceux qui ne sont pas natifs du coin.

Le « pas de bougnoule  » inscrit à la bombe de peinture bleu sur le panneau électorale en Mayenne et l’occultation complète de l’image, du visage de celui qui est visé, comme s’il était question de l’éliminer physiquement, est symptomatique de ce rejet total qui se singularise dans les milieux politiques d’extrême droite, mais pas que.

La négation pour l’existence. Une conception binaire du social qui fait concevoir les relations dans la vie quotidienne uniquement basées sur l’opposition « Nous et les autres ». Dans ce cas précis, le message induit est qu’il paraît inadmissible qu’un «  bronzé », un « bougnoule » un « sale arabe » » puisse briguer un poste politique et siéger en plus dans une assemblée départementale ; à Laval, bref la “capitale” de la Mayenne.

Déjà au moment des manifs pour tous, les « anti-mariage pour tous » s’étaient mêlés à des groupuscules qui ne donnaient pas dans la dentelle. Cela ne les avaient pas gêné plus que cela. Une dizaine de cars au départ de la Mayenne étaient “montés” avec à leurs bords des mayennais et des mayennaises bien “remontés” pour aller dire tous le bien qu’ils pensaient cette fois des homosexuels qui selon leurs discours « voulaient casser la famille traditionnelle  ». Là aussi les « menacés » s’en prenaient aux « menaçants ». A ceux qui détruise l’idéologie de la stabilité, du conservatisme rassurant. C’est d’ailleurs le même phénomène quant un député demande plus de porc dans les cantines en Mayenne au nom de la laïcité.

François Rastier qui s’intéresse aux signes et donc à la Sémiologie dans son étude sur la Sémiotique des sites racistes écrit : « (…) le langage du racisme peut être utilisé contre n’importe quel groupe : juifs, Palestiniens, handicapés, homosexuels, etc., et peuvent être l’objet du même discours déshumanisant (...).

Il s’agit donc d’actes d’exclusion et de négation qui prennent des formes et des formalisations différentes. Rappelons l’épisode de Niafles en Mayenne et les violences sévères des catholiques intégristes admirateurs de Monseigneur Lefebvre à la recherche d’une église pour leur culte ; mais aussi les actions des séminaristes en “retraite spirituelle” à Beaumont-Pied-de-Bœuf s’en prenant au gérant d’un bar gay à Laval pour « casser du pédé » et, dernièrement la résurgence de la transgression majeure par la volonté de tuer du candidat FN aux Départementales en Mayenne. Sur une image facebook le candidat investit par le Front National pointait en 2012 un revolver sur la tempe de la marionnette de François Hollande.

Des paroles et des actes teintés d’extrême droite. Mais il existe aussi un « racisme de gauche ». Il est beaucoup moins virulent et moins excluant. Celui qui apparaît en ce moment, le « racisme de droite » se fait jour en raison des élections qui apparaissent comme le moment potentiel d’une “victoire accessible sur l’adversité”.

Ce racisme là est aussi conduit par des troubles sérieux du comportement dans l’électorat populaire qui sont les conséquences de stratégie politique comme par exemple l’absence de clivage clairement identifiable entre la droite et l’extrême droite. De ce point de vue, il est intéressant de remarquer l’absence de réaction officielle dans un communiqué de la présidente de l’UMP en Mayenne référente Droite forte dans le département qui a été contrainte de réagir car interpellée sur le site de microblogage. Sur Twitter elle estime notamment que « Bien sur que c’est scandaleux car c’est une évidence dans les esprits sains. L’indignation ne viendra pas à bout du racisme ! »

En revanche et c’est finalement la moindre des choses, dans un communiqué Europe Écologie Les Verts 53 dénonce et «  condamne évidemment ces attaques, et réfléchit aux suites judiciaires à leur donner, mais soutient d’abord Rachid Tijane face à cette campagne de salissure et ce délit public. Nous voulons saluer son courage devant l’abjection. »

« Dans le climat actuel, où la haine de l’altérité s’érige fièrement en principe à heure de grande écoute, ou la laïcité est instrumentalisée pour lever des citoyens contre d’autres, où la bêtise stigmatise toujours les même cibles, les plus faibles », EELV53 rappelle que « la société s’est construite autour d’un socle de valeurs républicaines [et] face à l’obscurantisme. »


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Agressions racistes de campagne en Mayenne, témoins d’une lancinante petite musique xénophobe

Publié le: 19 mars 2015
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