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Apartheid, c’est sûr, le mot fait peur ! Il est accouplé à l’Afrique du Sud mais pas uniquement, on le trouve aussi accolé à l’adjectif américain. Il est surtout synonyme de cette conception de la « vie ensemble » où les non-blancs n’avaient pas droit au chapitre.

- Par leglob-journal.fr

« (…) En Afrique du Sud, écrit Sean Jacobs dans un livre intitulé Afrique, au delà de l’arc-en-ciel (Ed. Karthala), pendant la plus grande partie du xxe siècle, l’espace politique et social était marqué par la domination des Blancs et la lutte des Noirs, la culture publique par la présence des Blancs et l’absence des Noirs, l’économie par une accumulation au profit des Blancs et par l’exploitation des Noirs. (…) » Un « long cauchemar » qui aura débouché fort heureusement sur les premières élections libres et démocratiques en 1994 et la victoire de Nelson Mandela.

Alors bien-sûr comparaison n’est pas raison, a-t-on coutume de dire et le mot d’apartheid du Premier ministre français employé pour mettre en avant la situation de certains de nos concitoyens dans les banlieues, où ils sont en situation de ségrégation virtuelle, où ils sont concentrés en tout cas dans des quartiers (on parlait bien de « ghetto ») n’a pas eu l’air de plaire à l’opposition gouvernementale.

Apartheid, c’est sûr, le mot fait peur ! Et la droite qui a longtemps été au pouvoir en France s’est sentie visée puisque très vite elle est « montée au créneau », pour dénoncer ce rapprochement qu’elle a qualifié de « faute ». Parce qu’il faut sans cesse chercher la faute et l’imputer !

Pour l’ancien ministre Laurent Wauquier, la France ne saurait être comparée à l’Afrique du Sud où régnait « un racisme d’État. (…) La France serait-elle raciste ? a-t-il interpellé à l’Assemblée Nationale ; non ! Monsieur le Premier ministre la France n’est pas Soweto  ».

L’ancien président de la République, prédécesseur de François Hollande, qui préconisait alors qu’il était en poste à l’Élysée le passage au « Karcher » dans certaines banlieues pour traiter « la racaille » a estimé que « comparer la République à l’apartheid est une faute ». Avoir la mémoire courte et parler de « faute » permet comme on dit de ne pas voir la poutre, ni la paille d’ailleurs ! En dehors de cela, l’ancien président surfe manifestement toujours sur le concept du “dos à dos”, du clivant qui semble décidément lui être cher.

« […] nous avons fait un effort considérable d’investissements dans les banlieues pour permettre une vie meilleure aux habitants de ces quartiers. Imaginez ce que peut penser aujourd’hui un habitant de la ruralité qui se sent souvent abandonné, qui ne brûle pas d’abribus, ne casse pas les voitures, et qui voit que le Premier ministre (…) comparer la République Française à l’apartheid ? »

Si l’on décrypte les propos ci-dessus de M. Sarkozy cela veut dire que les bons sont à la campagne. Mais alors et les autres ?

Apartheid, c’est sûr, le mot fait peur ! Mais loin des « politicailleries et des chamailleries » politiciennes comme s’en est étonné le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll, et si l’on cherche a examiner le fond, il faut bien admettre que dans certains quartiers loin de l’intégration, on serait en droit de parler plutôt de « désintégration ».

D’abord en raison du chômage qui touche certaines parties de la population française très souvent concentrée dans des lieux peu propices à l’épanouissement et au « mieux vivre-ensemble », ce qui les conduit massivement à se tourner vers des idées extrêmes. Ensuite en raison de la crise qui percute de plein fouet les français des banlieues et beaucoup plus finalement que dans les campagnes où l’agriculture vivrière, la possibilité de cultiver un petit lopin de terre est possible et arrondie un peu les fins de mois.

Et puis et surtout en raison de ce « mur » qui s’est construit petit à petit. Un mur du rejet, et de la distanciation et sans doute de la ségrégation. Un mur qui ne favorise pas, bien évidemment, l’intégration et le sentiment d’être un «  Français à part entière ».

Peut-on parler de racisme ? Oui et à la fois non. Parce qu’officiellement une grosse majorité de nos concitoyens ne veulent pas ou ne se reconnaissent pas dans ce mot de racisme. Ce mot sonne comme une insulte la plupart du temps. Et il entraînerait des difficultés avec la justice si l’on est pris sur le fait d’où souvent des précautions oratoires.

Le mot d’apartheid renvoie à des notions qu’on ne peut admettre et est donc insultant, y compris pour la droite qui s’est sentie concerné et a fait feu de tous bois. Ce n’est pas du racisme, ce n’est donc pas de l’apartheid à proprement parler, mais appelons un chat un chat, finalement ça y ressemble. L’odeur, le goût et l’apparence.


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Apartheid, c’est sûr, le mot fait peur !

Publié le: 22 janvier 2015
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