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Il ne changera pas sa façon de concevoir sa gouvernance. Interpellé en séance publique du Conseil départemental par Guillaume Garot, le président du Département ne veut pas rajouter une feuille au mille-feuille en créant comme le demande le député PS un conseil de développement. Instance de démocratie comme il en existe par exemple à Lille-métropole, Angers, mais aussi Nantes, ou bien le Pays de Lorient, ou l’agglomération de La Rochelle, etc. En toile de fond de cette demande « l’épisode Fernand Puech  » qui a révélé un gros bug dans la conduite présidentielle du dossier. Et une certaine façon de concevoir la gouvernance.

Par Thomas H.

Cette requête a été déposée, entre guillemets, dès le début de l’examen du budget 2018 qui se monte à un peu plus de 341 millions d’euros. La proposition de l’opposition départementale a été incluse dans un pack composé de trois volets :« Réchauffement climatique, cohésion sociale et défi démocratique  ».

Guillaume Garot a développé ses trois points et c’est dans l’onglet « Démocratie » qu’il a proposé la mise en place d’un conseil de développement constituée selon lui « d’élus, d’experts et de membres bénévoles issus de la société civile, à savoir des citoyens tirés au sort ». Comme son jury citoyen mise en place pour la Réserve parlementaire. En France, elles sont créées par les métropoles, des communautés urbaines, ou d’agglomération, et de communes, à fiscalité propre et de plus de 20 000 habitants.

« Il faut tirer ensemble les leçons de l’épisode Fernand Puech car nous considérons qu’on ne gouverne pas à coup d’annonces fracassantes  » a dit le député mayennais et ancien ministre, solennellement, ajoutant « cette attitude a créé du scepticisme, et la parole politique est mise en doute. » Pour sortir de cette impasse le député souhaite la mise en place d’une instance permettant de la démocratie horizontale. En instaurant « une gouvernance mieux partagée dans le département  » a-t-il plaidé. L’objectif c’est, selon lui, de faire « exprimer un avis en amont pour enrichir les débats ».

Interpellé, soumis à la question, le président du département de la Mayenne a dit qu’il n’était « pas favorable à remonter des usines à gaz comme un conseil de développement général » estimant que « par secteur, pourquoi pas, c’est d’ailleurs ce qu’on a fait, a-t-il expliqué, pour Fernand Puech, un merveilleux conseil de développement particulier ». Il aura duré 12 mois. « Sinon, ce n’est pas judicieux, sauf au niveau national, mais une telle déclinaison, je n’y suis pas favorable. Sans compter le coût de la structure ! ». Olivier Richefou a développé sa réponse en mettant en avant que les « 34 élus impliqués dans le conseil départemental doivent sentir et prendre le pouls de la population. » Et il a ajouté « pas besoin de structure supplémentaire pour être à l’écoute des mayennais. »

Une réponse qui n’a « pas étonné  » le député Guillaume Garot. « Vous êtes dans une logique de pouvoir personnel, c’est la même logique qui a prévalu quand vous avez décidé de fermer l’EHPAD de Sainte Suzanne ou bien ceux du Nord Mayenne  » a-t-il lancé. « Ne me comparez pas à Trump ! » a rétorqué Olivier Richefou avec un brin d’humour ; « Loin de moi cette idée !  » lui a répondu Guillaume Garot. « Et sur les EHPAD, a repris le patron du Département «  les fermetures étaient des préconisations d’un cabinet d’expertises, ce n’est pas sorti de la tête du Président ! Et puis je ne suis pas seul à prendre les décisions, ce n’est pas dans ma pratique  » s’est défendu Olivier Richefou.

Sauf que c’est un peu ce qui a été ressenti à l’extérieur ; une étrange sensation de « décision hégémonique », pour reprendre un des propos entendus au plus fort de la contestation. On se souvient aussi de la montée de bouclier des familles de parents âgés privés d’hébergement et qui l’avaient fait savoir vertement.

Alors pourquoi cette non-volonté de mettre en place une consultation, ne serait-ce à titre préventif, plutôt que curatif ? Après la séance, leglob-journal a entendu dire que « Si cela avait été un peu plus réfléchi, un peu avant, on en serait pas là ; chacun sait que cet établissement à une histoire, c’est comme si on voulait fermé le lycée Ambroise Paré ! ».

Horizontalité contre verticalité. Pouvoir du haut qui tombe et se répand, comme un ruissellement. Mais le pouvoir ne se partage pas, pas horizontalement au plus grand nombre. Il doit rester entre soi. Quand l’un demande une plus grande participation citoyenne, l’autre refuse ; le clivage politique gauche-droite ; et quand il s’y voit contraint, il ouvre une brèche, mais qui reste temporaire. L’élargissement des horizons et l’esprit d’ouverture passe également par la prise en compte des idées qui vont parfois à l’encontre de celles qui nous occupent.

Sur les déserts médicaux, c’est bingo en revanche. Olivier Richefou a réussi à faire voter de façon consensuel le Plan de santé départemental 2018 -2021. Tout le monde est d’accord pour reconnaître que l’attractivité est le maître mot. D’ailleurs, ce mot valise ne s’applique pas uniquement aux médecins. La .Mayenne, le département tout entier, souffre de ne pas l’être. À tel point qu’un directeur de la communication voit son titre de Dir-Com affublé du mot « attractivité » avec la conjonction de coordination "et" entre les deux. L’homme providentiel va arriver le 10 janvier, dit-on, en provenance d’un département de taille identique à celle de la Mayenne. Son poste est budgétisé à hauteur de 65 000 euros. On ne peut souhaiter qu’il ai des recettes dans besace, et une baguette magique.

Les médecins, eux, ont déjà commencé à venir en Mayenne ; mais on commence au début par des internes qui deviendront ensuite des toubibs de plein exercice. Et puis il faut arrivé à être attractif pour les retenir. Depuis 2008, des bourses de stage ont été « accordées à 343 internes en médecine générale, pour une somme de 600 000 euros ». Et « depuis 2013, les deux tiers des nouveaux médecins installés dans le département sont d’anciens internes qui ont réalisés leur stage ambulatoire  » ici en Mayenne. Olivier Richefou « accepte, a-t-il dit toutes formes de médecine salariée », mais plus loin à l’adresse de l’ancien maire de l’Huisserie Christian Briand, il a déclaré qu’il «  ne croit pas à un commune qui salarie un médecin, comme à une commune qui payerait un boulanger devait-il ajouté.

Ambition Santé 53, le plan voté comme un seul homme souhaite « renforcer l’attractivité du territoire  ». Cela passera par « une campagne de publicité ; l’accompagnement des conjoints dans leur recherche d’emploi ; la création d’une bourse destinée aux jeunes mayennais souhaitant s’engager dans des études de médecine ; le soutien à l’innovation en Santé en créant un fond départemental ». Sans parler « des actions de soutiens aux maisons de santé pluri-professionnelles avec un projet validé par l’ARS, l’Agence regionale de santé ou l’expérimentation de maisons de santé universitaire en Mayenne ».

Il est question aussi de tester une première année d’étude en Médecine en Mayenne pour capter des étudiants mayennais qui ensuite resteraient...Bref, pour ne citer que ces mesures, mettre le paquet ! Il ne suffit pas d’attirer, il faut également que l’offre sur place soit à la hauteur des attentes de ceux qui veulent s’y installer. Et comme le dit Vincent Saulnier dans un message téléphoné : « Si nous sommes pionniers sur le 100%, soyons aussi les premiers sur la télémédecine ! »

Plus généralement le budget 2018 prévoit « une progression très significative de 3 % de nos dépenses d’investissement hors, remboursement du capital de la dette qui se programment à hauteur de 79 millions d’euros, soit 1,5 million d’euros injectés par semaine au service de l’emploi, de l’économie et des territoires », a relevé Olivier Richefou. L’Espace Mayenne, présenté comme un petit Zénith, en projet devrait participer de cette attractivité, tramway nommé désir...

L’opposition joue son rôle. Une opposition qui occupe le terrain et qui agace. Christian Briand (ci-dessus) a été qualifié de « puits de science » par le président qui en plaisantant, a déclaré à son endroit « je rêve de vous nommer Rapporteur du budget ! » ; Guillaume Garot s’est alors empressé d’exprimer« Quelle ouverture ! » et l’intéressé a ajouté « On progresse ! ». Christian Briand a soulevé, à l’examen du budget des Ressources Humaines qui se monte à 50 millions d’euros, les « suppressions de postes en Insertion sociale, ce qui est embêtant (...) Les plus on les connaît, les moins on ne sait pas où ils sont !  » a déclaré l’ancien maire de L’huisserie.

Il y a des arrivées, mais il y a eu aussi, au début de la présidence d’Olivier Richefou, de nombreux départs et pas des moindres parmi son entourage immédiat. Cela n’a pas été évoqué explicitement. Nicole Bouillon a parlé en tant que rapporteur du budget des ressources humaines de « création de postes qui seront effectifs en 2018  », et expliqué par exemple que pour les quinze agents du services transport, compétence reprise par la Région en raison de la loi NOtre, « leur masse salariale est toujours mobilisée. Et par ailleurs, nous sommes en permanence en mobilité interne dans cette maison, et il n’y a pas de tour de passe-passe » a justifié la n°2 du Département.

Reste que des effectifs, au sein des Ressources Humaines s’ajusteraient aussi en raison de la baisse des besoins. Ce serait le cas du coté du « nombre de personnes au RSA en Mayenne qui a baissé de l’ordre de 15 à 20 %  » selon Olivier Richefou. Et ce serait le cas aussi quand « le nombre de Mineurs Non Accompagnés (MNA) a augmenté de 300 % ; là aussi on adapte les moyens, monsieur Briand a lancé le président du Département de la Mayenne, en tenant compte des demandes de la population ». Juste avant l’interruption de séance le conseiller départemental d’opposition, très pointu sur les dossiers, avait dénoncé le fait qu’il soit demandé de « valider des chiffres par le vote alors qu’on n’en possède même pas le détail ! »


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Publié le: 14 décembre 2017
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