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Succédant à Pierre Gattaz, Geoffroy Roux de Bézieux, le président du Medef nouvellement élu, était venu à Changé, il n’y a pas si longtemps. Et dans le département, au tout début, quand il était jeune manager, et qu’il avait souhaité y installer une entreprise. La Mayenne, il adore.

Par Thomas H.

Vu de l’extérieur du Medef, on supposait bien qu’il allait un jour ou l’autre monter d’une marche. Décrit comme un libéral en économie, il est aussi « au top » sur les nouvelles technologies, ce qui ne gâte rien. Geoffroy Roux de Bézieux, à la tête à présent du fonds d’investissement Notus Technologies est un homme d’affaires de 56 ans, doté d’une image de patron libéral. Samuel Tual qui l’a soutenu dans son accession dit de celui qui est devenu « un ami » qu’ « il est jeune, moderne et médiatique et macron-compatible ». L’heure de Geoffroy Roux de Bézieux vient donc de sonner. Geoffroy Roux de Bézieux, c’est « GRB » ou bien « Roux de Bèze » pour ceux qui ne l’aime pas, c’est selon, coté diminutif...

Il est, soi dit en passant l’auteur de Salauds de patrons (Hachette Littératures, 2007) où il fustige aussi bien certains big-boss du Cac 40 que ceux qui s’en prennent au libéralisme. Le voilà à la tête d’un Medef qui a trouvé depuis un peu plus d’un an, en Emmanuel Macron, un chef d’État qui met en musique les principales revendications du syndicat patronal.

En Mayenne, où «  le Medef fédère 1100 entreprises au travers de 270 adhérents directs et de six branches professionnelles soit près de 40 % des salariés du secteur marchand privé », Samuel Tual son N°1 se réjouit de la victoire de celui qu’il avait choisi et pour qui il a voté : il explique « avoir porter la voix du Medef-53 ». « Djo » comme le patron d’Actual l’appelle amicalement devrait réserver sa première visite en Province pour Laval. L’invitation est déjà lancée.

Pourtant « Djo » n’avait pas hésité à égratigner le département de la Mayenne lors de sa visite en 2017. A la tribune, dans la salle conviviale et feutrée de Changé, il avait touché du doigt l’épineux problème de l’attractivité de cette « Mayenne qui ne réussit pas à attirer  » même avec une main-d’œuvre docile. Le patron national du Medef, qui ne l’était pas encore, était invité pour la circonstance en tant que vice-président. Il avait pris la parole au cours d’une présentation « animée avec des sketches  » concernant L’Entreprise du futur. En fait, il ne s’était pas privé de faire remarquer publiquement devant un parterre de chefs d’entreprises mayennais et de décideurs politiques, en substance que l’on pourrait faire tout ce qu’on voulait, sans le soleil, en Mayenne on pouvait en somme toujours s’accrocher.

Bref, on avait le sentiment à l’entendre que ceux qui se décarcassent partaient avec un handicap par rapport à la Provence, qu’il avait cité en référence. Handicap qui serait difficile à remonter. Il faut savoir que Geoffroy Roux de Bézieux a pris des participations dans une entreprise provençale qui commercialise de l’huile d’olives.

Geoffroy Roux de Bézieux lors de son intervention à Changé en Mayenne, dans le cadre d’une conférence du Medef 53 sur l’Entreprise du Futur, le 10 octobre 2017 - © leglob-journal

Samuel Tual se rappelle la première fois qu’il l’a rencontré. C’était quand celui qui allait plus tard devenir « Djo » «  souhaitait installer un centre d’appels à Laval du temps de François D’aubert. Il était à la tête de son réseaux de magasins The Phone House qu’il avait créé. Et je l’avais accueilli, lui et son futur call-center dans mes bureaux à Laval le temps qu’il forme son équipe. Il devait aller ensuite dans la Zone des Bozées, dans un nouveau site qui avait été construit par la municipalité pour accueillir le centre d’appels. C’était juste avant qu’il ne vende son entreprise à Virgin. A l’époque, il y a quinze ans, c’était une relation. Depuis nous sommes devenu amis. » raconte Samuel Tual qui est réellement en « complicité » avec Geoffroy Roux de Bézieux depuis un an. « Cela s’est fait à l’occasion de la campagne que le candidat a mené ». D’ailleurs le patron d’Actual devrait entrer dans l’équipe de « Djo » et « contribuer à son projet ».

Le numérique, les nouvelles technologies, ll était depuis juillet 2013 chargé du pôle regroupant l’économie, la fiscalité, l’innovation et le numérique au Medef. Roux de Bézieux connait donc. L’ex-Essec de formation a fondé l’Université du numérique du Medef. Logique. Elle est depuis propulsée sur le plan médiatique depuis quatre ans par l’organisation syndicale patronale.

Le patron des patrons devrait être présent « mais à distance » à celle des entrepreneurs qui se tient Jeudi 5 Juillet à Échologia en Mayenne, mais par le biais d’une vidéo qui sera diffusée. « S’il a le temps de la faire », ajoute Samuel Tual. Mais au fait question : Comment dirigera-t-il ? Dans un interview de 2011 donné à Enjeux-Les Echos, il se déclarait capable « d’écraser ce qu’il y en face ». Ce qui, convenons-en, n’est pas très rassurant. Il faut dire qu’il a été ex-commando de marine à Djibouti et au Liban dans les années 80. Et coté sportif, il se dit rugbyman, boxeur, marathonien et triathlète. Cela doit laisser des traces.

« Un choc de confiance »

Pierre Gattaz, lui aussi, était venu sous le mandat de François Hollande en Mayenne mais beaucoup plus tôt pour faire campagne ; c’était lors du précédent scrutin.

Geoffroy Roux de Bézieux était déjà là, en lice et dans les starting-blocks. On le disait alors en forme dans les sondages pour l’emporter. Finalement, c’est le patron de Radiall qui fut choisi. Le startuper venait donc de perdre l’occasion de devenir le n°1 d’ « une organisation datée et qui doit évoluer » selon les propos d’Alexandre Saubot celui qui était, lui, en lice le 3 Juillet 2018. Est-ce à dire que la prochaine fois, ce sera Alexandre Saubot ? « Pas évident, cinq ans auront passé... » fait remarqué Samuel Tual

Pierre Gattaz répondant à mes questions à l’issue de sa conférence de presse à Laval il y a cinq ans - Photo coupure de presse

Quand j’avais rencontré Pierre Gattaz, dans l’hôtel aux quatre étoiles de Laval où il avait organisé sa conférence de presse, il parlait de créer « un choc de confiance » et expliquait que « les entreprises pouvaient sortir le pays de l’impasse ». N’y plus ni moins. Des éléments de discours que l’on retrouvera dans la bouche du Président Hollande. Pierre Gattaz par la suite arborra son fameux pin’s à la boutonnière. Il vantait sa promesse qui n’engage que ceux qui y croit d’un million d’emplois pouvant être créés par les entreprises du Medef. On connaît la suite.

Penser global

Entre temps, le gouvernement Ayrault mettra en place en 2012 le système de crédit d’impôts - plusieurs dizaines de milliards d’euros à la clef pour les entreprises -, baptisé Crédit d’impôt pour la Compétitivité et l’Emploi (CICE) sous l’impulsion d’Emmanuel Macron. Ce dernier qui deviendra premier était secrétaire général adjoint au Cabinet de François Hollande à l’Élysée.

Alors le nouveau boss à la tête des patrons « se focalisera-t-il à défendre les intérêts personnels des chefs d’entreprises au lieu de penser global ? » note lucide ce chef d’entreprise qui a souhaité garder l‘anonymat. il ajoute : « Car les sujets d’inquiétudes ne manquent pas  ! ». Mais la suppression partielle de l’ISF décidée par Emmanuel Macron très rapidement après son arrivée au pouvoir n’est plus à faire, et la politique présidentielle tournée vers le pro-business complique un peu la donne d’un Medef qui se demande finalement à quoi il pourrait bien servir. Un peu comme les organisations syndicales mais pour d’autres raisons. Selon un récent sondage d’OpinionWay datant d’Avril 2018, près de sept français sur dix, soit 66 % des personnes interrogées ont du Medef une « mauvaise image ». Pire : 55 % pensent paradoxalement qu’il ne représente pas correctement les entreprises. Mais peut être plus ceux qui les dirigent.

« Garantir la prospérité de nos entreprises et qu’elle profite à toute la société. Cela reste ce qui guide le Medef  », a déclaré Geoffroy Roux de Bézieux dans son « discours de victoire », même s’il n’aime pas cette appellation. Il a souhaité aussi un «  Medef agile » et «  franco-européen ».

Des chantiers à venir pour lesquels il aura besoin a-t-il expliqué d’un maximum de bonnes volontés et l’engagement de tous. L’avantage explique Samuel Tual c’est que « Geoffroy Roux de Bézieux connait bien Emmanuel Macron, ils étaient ensemble dans la commission Attali. Et être compatible avec l’exécutif ce n’est pas anodin. » « Djo » aura-t-il l’oreille du Président ?

« C’est un changement de président au Medef important » selon Samuel Tual. « Ne plus nécessairement faire le combat, mais être force de propositions et faire de la pédagogie auprès de l’exécutif. » Voilà le challenge, en rupture donc avec Gattaz. En arrière plan se pose l’épineux problème de l’ancien monde par rapport au nouveau : pourquoi faire du lobbying pro-entreprises, si l’exécutif a déjà fait une très grosse partie du travail ? Amoindrissement de la représentativité du salarié dans l’entreprise, flexibilité sur le marché de l’emploi, transformation du CICE en baisse pérenne des charges, disparition des contraintes liées à la pénibilité, ISF, etc. la liste des "aménagements" concédés est assez fournie.

Alors sur quoi pourrait bien travailler le Medef nouveau à l’avenir ? Et si c’était la bataille de l’image qui restait à gagner ? En inversant la vapeur et en remettant un tant soi peu le salarié au centre des entreprises, voilà qui serait utile pour tous. Pour le bien de tous ceux qui, finalement, les font tourner ?


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Au Medef, le boss « moderne » est « Macron-compatible »

Publié le: 4 juillet 2018
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