| Retour à la Une
leglob-journal
Journal d'informations, d'investigations, d'analyses et d'opinions sur la Mayenne

Une chaise vide, un paquet de délibérations haut de six centimètres, et des échanges qui font souvent référence au passé. Ce lundi 26 juin 2017, le conseil municipal de Laval a été à fleurets mouchetés, avec une majorité qui ne semble pas respecter l’opposition et une opposition qui systématise ses remarques et a du mal à se faire entendre. Analyse.

- Par Thomas H.

« Qui vote contre ? » À cette question le sénateur-maire de Laval a vu, durant la soirée, les bras de l’opposition municipale se lever à plusieurs reprises. Par exemple à propos des tarifs des cantines, qui vont « augmenter de 10 centimes par repas »ou sur les TAP qui seront payants de la maternelle à l’élémentaire, des Temps d’activités Périscolaires qui coûtent 1,5 million d’euros à la ville. Dans ce débat, le blocage s’est vite fait sentir du coté de François Zocchetto qui a campé sur ses positions en reprochant à Jean-Christophe Boyer d’avoir instauré la non-gratuité pour les enfants de maternelle. Le sénateur-maire de Laval en a profité pour refuser «  l’amendement » que Jean-Christophe Boyer proposait pour plus de justice avec Aurélien Guillot. Il s’agissait d’exonérer les familles dont les enfants étaient jusque-là en maternelle. « On est pas à l’Assemblée Nationale » a rétorqué le sénateur-maire à Aurélien Guillot, ex-candidat PCF dans la première circonscription.

À coté de François Zocchetto, sur sa droite, un espace demeure entre lui et Alex Lanoë, l’adjoint en charge du lien social, lutte contre les précarités, vie associative et sports. C’est un espace vide. Celui que laisse la première adjointe, Samia Soultani-Vigneron qui a démissionné de son mandat de première adjointe.

Celle qui a choisi de rester vice-présidente de la Région Pays de la Loire, au lendemain de son éviction-surprise de la course à la députation, pratique depuis par la force des choses la politique de la chaise vide. Xavier Dubourg prend donc la présidence et la direction générale de LMA, Laval Mayenne Aménagements en remplacement de l’élue qui a jeté l’éponge de la vie municipale et communautaire.

Durant ce conseil municipal, François Zocchetto parle beaucoup. Beaucoup plus qu’à l’habitude. Il a des phrases pour chaque élu de l’opposition. Le maire de Laval a un coté un peu instituteur qui morigène. C’est le cas notamment quand il est question du compte administratif 2016 pour lequel l’opposition PS et PCF a également voté contre. « Un compte administratif qui ne nous fait pas crier victoire juge François Zocchetto mais qui montre une reprise en mains des comptes de la ville  ». Le socialiste Jean-Christophe Boyer avait expliqué lui, bien avant que le maire trouve son « intervention très excessive », qu’il s’agissait « d’un budget d’une structure en faillite, (…) aucune banque ne veut plus prêter à la ville de Laval (…) ce sont des signaux révélateurs de situation extrêmement tendue...  » François Zocchetto veut bien admettre qu’on puisse : « critiquer, mais dire des choses erronées ! C’est irresponsable de dire que les banques ne veulent pas prêter à la ville et en plus, c’est faux, a-t-il dit. Les lavallois ne nous ont pas élu pour critiquer le passé mais pour conduire l’avenir. »

« Un défaitiste ! »

Dans ce spectacle de la vie politique locale, les échanges sont assez vifs par intermittence, malgré la chaleur qui envahit la salle des fêtes de l’hôtel de ville transformée comme à chaque fois en salle de réunion du conseil municipal. Le maire de Laval distribue la parole en appuyant sur un écran placé devant lui et qu’il ne maîtrise pas encore. Le pouvoir de la donner ou de l’enlever. Puis vient la parole de trop.

« Monsieur Boyer, vous êtes un défaitiste ! Vous êtes de ceux qui pendant la guerre voyant des blindés arrivés ont tout lâché, tout, fusils, casques et chaussures ! » assène l’adjoint au Finances de la Ville Philippe Habault en direction de l’élu d’opposition. Des signes d’étonnement se lisent sur les visages de certains élus. Il s’agit là de propos « pour le moins insultant » analyse Claude Gourvil (EELV). La cible de Philippe Habault, celui qui était dans son viseur, prend la parole : « On peut ne pas être d’accord sur tous les dossiers, rétorque l’élu de gauche, mais ce parallèle que vous venez de faire pour qualifier mon action municipale est pour le moins douteux (…) votre commentaire est limite et je demande des excuses non publiques...  » L’incident semble clos. L’histoire ne dit pas si l’adjoint aux Finances sera à l’amende. Pour insulte. « on ne va aller chaque fois en justice !  » commente Jean-Christophe Gruau qui est sous le coup d’une enquête préliminaire à la suite de ses propos tenus en conseil municipal.

Lire aussi : Affaire Jean-Christophe Gruau, les policiers instruisent une enquête préliminaire

D’amendes, il en a pourtant été question par la suite avec le dossier intitulé « dépénalisation du stationnement payant ». À compter du 1er janvier 2018, c’est la ville qui collectera l’amende forfaitaire gérée jusque là par le centre de paiement de Rennes, une amende de 17 euros qui deviendra une redevance ; un « forfait post dépassement » de stationnement que les lavallois mauvais payeurs auront contracté auprès des 106 horodateurs que compte la ville. Le hic pour l’opposition, c’est que la « gestion de contrôle sera confiée à une société privée par Délégation de Service Public (DSP) » dénonce Jean-Christophe Boyer qui avait mis en place lui-même le système payant de parking avec une DSP confiée à une société privée Urbis Park. Un dossier qui à l’époque avait alimenté la chronique, et contre lequel François Zocchetto, alors simple élu dans l’opposition, avait été vent debout rappelle l’ancien conseiller spécial de la ministre Lebranchu. Plusieurs années plus tard, ironie de l’Histoire locale, les rôles sont inversés.

« Dans cette affaire, note Aurélien Guillot, il serait préférable de parler de privatisation des amendes de stationnement, plutôt que de dépénalisation qui sonne agréablement à l’oreille !  » puis il ajoute « en fait, il s’agit d’un véritable racket pour les lavallois ». Argument contre argument, l’attaque mérite une réponse : « Le taux de contrôle sera maîtrisé par la ville » répond Bruno Maurin, le rapporteur de la délibération qui a été adoptée malgré le vote contre de l’opposition municipale.

Le Passé donc ne meurt décidément jamais. Non seulement il est toujours présent qu’on le veuille ou non, mais il ressurgit là où finalement personne ne l’attend. Ce fut le cas dans ce conseil municipal où il s’est agi d’un passé peu glorieux de la Seconde guerre mondiale, de celui de la crise des subprimes de 2008 un temps évoquée sur le compte administratif 2016, ou bien de celui de la « privatisation des parkings ».


Réagir

Au conseil municipal de Laval : quand le passé ressurgit, pollue et contrarie

Publié le: 27 juin 2017
- Lire aussi d'autres articles de la rubrique: leglob-mayenne
Laval Politique Gauche Droite
Acteur et vecteur de la Pensée critique en Mayenne : leglob-journal
A lire également sur votre Journal en ligne
leglob-journal, votre journal indépendant en ligne - Informations, Analyses, Opinions en Mayenne - Nous contacter : redaction@leglob-journal.fr
© leglob-journal 2017 - Mentions légales - Editorialisé avec SPIP - se connecter - RSS RSS