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Aurélien Guillot Secrétaire départemental du Parti Communiste Français en Mayenne est sur leglob-journal. Les élections régionales et la « droitisation de l’échiquier politique », l’échec du Front de Gauche, le nécessaire renouveau politique, mais aussi le rajeunissement du PCF, Aurélien Guillot, la trentaine, porte sur tous ces points un regard qui se veut lucide. Même chose avec la proximité des hommes politiques aux postes clés en Mayenne dans le même cabinet d’avocats d’affaires, Aurélien Guillot estime que « cela pose de vraies questions ». Quant à la gestion de la ville de Laval par la majorité, le Conseiller municipal d’opposition la qualifie de « sans grandes ambitions ».

-  Entretien

-  leglob-journal : Les élections régionales 2015 : que retenez-vous de ce scrutin régional « nationalisé » ?

Aurélien Guillot : Le 13 décembre, la mobilisation a évité le pire. Manifestement, un nombre important de gens a ressenti comme un grave danger pour la démocratie l’élection du FN à la présidence de régions. Mais malgré ce sursaut, les scores atteints par le FN sont dramatiques et alarmants. La droitisation de l’échiquier politique, engagée par Nicolas Sarkozy d’un côté, la politique libérale du gouvernement de l’autre, place l’extrême-droite sur orbite pour 2017.

Pourtant, la droite et le PS font le dangereux pari que celui qui sera face au FN au second tour l’emportera. Il faut que ces deux forces se ressaisissent : l’une en arrêtant de courir après les thèmes de l’extrême droite, l’autre en arrêtant de désespérer les hommes et les femmes qui ont voté Hollande en 2012 et qui attendait tout autre chose.

Sinon, la victoire de la droite dans de nombreux conseils régionaux et la disparition d’élus communistes dans beaucoup d’endroits est une bien mauvaise nouvelle car il y aura beaucoup moins d’élus qui défendront les politiques publiques en faveur des besoins des gens. Dans notre région, les Pays de la Loire, s’ouvre une nouvelle période faite de reculs pour les services publics, les politiques sociales, d’éducation et de culture, la vie des associations.

- Comment analysez-vous ce vote raciste et xénophobe avec 2 mayennais sur 10 qui ont voté pour le FN dans un département comme la Mayenne ?

Déjà je note que depuis 2012, le nombre d’élus FN a été multiplié par 11 ! Il y a donc urgence à changer de politique au niveau national car le FN profite du champ de ruine à gauche. Le gouvernement a une responsabilité écrasante, car pour beaucoup de gens dorénavant, la gauche et la droite c’est la même chose puisque la même politique antisociale est menée.

Bien sûr nous avons notre part de responsabilité, nous les communistes mais plus largement tous ceux qui portent les combats sociaux dans ce pays. Nous avons en effet, en grande partie, perdu la bataille idéologique. Pour beaucoup de gens, la politique ne peut plus rien pour les salaires, le logement, l’amélioration du quotidien, etc. A nous de faire comprendre que c’est la politique patronale qui est responsable de la précarité et du chômage de masse dans ce pays, pas les immigrés.

- Pourquoi le slogan « l’humain d’abord » qui était celui de votre liste de coalition Front de gauche n’est-il pas parvenu à fédérer selon vous ?

Je ne pense pas que nos résultats décevants soient du à notre slogan, qui était je pense un bon slogan. Les communistes réfléchissent en ce moment pour tirer les leçons de cette bataille. C’est en effet assez déroutant pour les militants que nous sommes de voir qu’au moment où François Hollande et le gouvernement Valls/Macron ont résolument tourné le dos au progrès social et accéléré le tournant libéral d’une partie de la gauche, le Front de Gauche ne profite pas électoralement ni des renoncements ni des déceptions que cela créé.

Bien sûr, nous sommes très peu médiatisés et cela pèse énormément. On peut parler de discrimination médiatique pour le Front de Gauche et le PCF en particulier. Notre secrétaire national, Pierre Laurent, est très peu souvent invité sur les grandes chaines de télévision. Et je ne parle même pas de nos autres élus ou dirigeants nationaux ! Mais nous avons nos propres erreurs aussi. Par exemple, celle de ne pas être toujours assez lisible dans nos propositions. Nous devons rendre populaire 3 ou 4 grandes propositions simples, et que les gens puissent rapidement dire « Les communistes, c’est cela qu’ils proposent  »

- Au lendemain de ces élections, beaucoup s’accordent à dire qu’il faut faire de la politique autrement, et vous ?

Aurélien Guillot : Il y a aujourd’hui un important discrédit de la politique. Quand on relit les 60 engagements de François Hollande, on comprend le sentiment de tromperie que ressentent de nombreux Français. Faire de la politique autrement, c’est d’abord tenir ses engagements. Pourquoi les gens iraient voter si leur bulletin de vote n’a pas d’incidence sur les politiques menées ?

Faire de la politique autrement, c’est aussi ouvrir largement la réflexion aux citoyens et aux citoyennes en leur montrant bien que la politique, ce n’est pas une affaire d’expert. Les choses sont souvent présentées de manière bien trop techniques, bien trop compliquées. Cela permet d’éloigner les citoyens des décisions. Mais la plupart du temps, les enjeux sont assez simples à comprendre et je crois que tout le monde peut s’en emparer.

Il faut enfin un renouveau chez les élus. Il faut un renouveau générationnel. C’est très important mais cela ne suffit pas. Il faut aussi un renouveau social. Combien d’ouvriers, de smicards, de précaires, aujourd’hui dans les assemblées élues ? Quasiment pas. C’est à cela qu’il faut s’attaquer en priorité et je suis fier que mon parti soit un des seuls à permettre cette diversification sociale, même si c’est encore insuffisant.

- Faut-il refonder, changer de nom, fusionner ?

Nous ne voulons pas changer de nom car nous sommes fiers de ce que nous sommes, fiers des apports que notre Parti a apporté à l’histoire de notre Pays avec le Front populaire, la Résistance, la lutte contre le colonialisme. Nous pensons que face au capitalisme destructeur, il y a besoin d’un projet d’émancipation humaine.

Bien sûr des régimes d’oppression se sont construits en se réclamant du communisme, mais ce beau mot de communisme porte en lui le grand espoir et les nombreux combats de millions d’hommes et de femmes. De plus, à l’heure où tous les repères politiques sont brouillés, changer de nom en rajouterait à la confusion.

Cela ne veut pas dire qu’il ne faut rien changer. Le PCF n’est pas un parti conservateur, c’est un parti en mouvement qui réfléchit constamment à ses formes d’organisations et à ses pratiques militantes pour être le plus en phase possible avec les aspirations de ses militants, dont il est le bien commun.

Contrairement à ce que beaucoup de commentateurs affirment depuis des années, la mort programmée du PCF n’aura pas lieu. Au contraire, le PCF connait un véritable renouveau générationnel avec de nombreux jeunes qui l’ont rejoint ces dernières années. Beaucoup de ces jeunes ont pris des responsabilités que ce soit à la direction des sections ou des fédérations départementales du PCF, ou bien dans des mandats électifs.

- Vous êtes dans l’opposition au conseil municipal de Laval, quel regard portez-vous sur l’actuelle majorité et sa conduite des affaires ?

La majorité a tout de suite réalisé le grand projet politique de son mandat : la réduction des impôt. Maintenant que cela est réalisé, on se retrouve avec une gestion sans grands projets, sans grandes ambitions pour notre ville.

Cette réduction des impôts ne profite qu’aux lavallois les plus aisés. Pour toutes les familles populaires de cette ville, c’est un leurre. Pour ma part, je gagne par exemple 40 euros par an avec cette décision. C’est sûr, 40 euros quand on a du mal à boucler les fins de mois, c’est toujours ça de pris. Mais dans le même temps, on m’a supprimé ma bibliothèque de quartier, on augmente les tarifs de cantines pour mes enfants. Ce que j’ai gagné d’un coté m’a été largement repris de l’autre avec des tarifs plus élevés et moins de service public.

Cette réduction d’impôt s’ajoute à la politique gouvernementale qui met l’ensemble des collectivités de ce pays à genou avec la baisse des dotations. Loin de combattre cette politique, François Zocchetto et la majorité municipale la soutient. Par exemple, j’avais proposé que l’on vote la motion de l’Association des maires de France pour protester contre la baisse des dotations. Ce texte a été adoptée par près de 16 000 communes en France, par des villes de droite comme de gauche. François Zocchetto a refusé de la mettre au vote car il est sur le fond d’accord avec cette orientation gouvernementale.

On a donc une gestion d’austérité : pas de projets, on attaque les services publics, on supprime des emplois dans le personnel territorial. Au final, la vie quotidienne des habitants de Laval se dégrade.

- La suprématie de l’UDI qui se trouve à plusieurs postes clé en Mayenne, qu’est-ce que cela vous inspire ?

Le fait que le président du Conseil départemental et que le sénateur-maire de Laval soient dans le même cabinet d’avocats d’affaires pose de vraies questions. Après, je ne veux faire de procès d’intention à personne, mais cela nécessite d’être vigilants et d’avoir de la transparence dans tous les domaines. Cette situation est également la caricature de ce que je dénonçais un peu plus tôt : il faut de la diversité sociale chez les responsables politiques !

- Enfin, estimez-vous le PCF que vous êtes toujours une force alternative ?

Comme je le disais le PCF est une force en mouvement et qui se renouvelle. Même si les résultats électoraux ne le traduisent pas, je pense que nous avons été la force politique la plus engagée sur le terrain lors des dernières élections régionales avec de nombreux militants sur le terrain. Souvent, nous étions la seule force présente sur les marchés. Nous avons fait de nouvelles adhésions dans cette campagne.

Je pense qu’il n’est pas possible d’envisager de reconstruire une gauche digne de ce nom dans ce pays sans le PCF. Sans tous ce réseau de militants et d’élus, sans la générosité des communistes dans leur engagements, sans cette somme d’expérience militante emmagasinée depuis des années qui est d’une richesse exceptionnelle.

S’il n’est pas possible de se passer du PCF pour reconstruire la gauche, nous ne pensons pas pour autant que nous pouvons tout faire tout seul. C’est pourquoi nous voulons travailler très largement avec d’autres forces, syndicales, associatives ou politiques, mais surtout avec les citoyens, à réinventer la gauche et construire un nouveau pacte d’espoir pour le pays.

Nous pensons qu’au moment où Manuel Valls détruit la gauche (par exemple la main tendue à Raffarin), une majorité des gens de gauche peuvent être d’accord avec les communistes pour la reconstruire.

Propos recueillis par Thomas H.


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Aurélien Guillot (PCF 53) : « Nous ne voulons pas changer de nom, nous sommes fiers de ce que nous sommes »

Publié le: 19 décembre 2015
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