BREXIT : « Comment sortir de la maison commune, tout en restant dans le jardin ? »

EUROPE – À un peu plus d’un an du 29 mars 2019, minuit, date de la sortie effective du Royaume-Uni, – une opération conduite par le Français Michel Barnier, négociateur en chef -, force est de constater que les multiples contentieux sont loin d’être dissipés, rendant le processus de divorce de plus en plus tortueux. Plus que jamais, se confirme l’étroite imbrication des conséquences du référendum de juin 2016 dans les aléas de la politique intérieure de la Grande-Bretagne. Pour Michel Ferron le président de la Maison de l’Europe en Mayenne, « Le Brexit est un échec de, et pour l’Europe, pour le Royaume-Uni et pour la France ». Analyse.

Par Michel Ferron


La gouvernance indécise de Theresa May sur le dossier du Brexit fait le lit d’une grave crise institutionnelle, source de cacophonie et de paralysie. L’actuelle locataire du 10, Downing Street – dont il faut rappeler l’opposition initiale à titre personnel à une rupture avec l’UE – donne l’impression (pathétique) de ne pouvoir garder le cap qu’au prix de contorsions de plus en plus acrobatiques.

Elles fragilisent son autorité de chef de gouvernement, depuis qu’elle a perdu la majorité absolue aux dernières élections législatives. Alors question : le référendum de 2016 : authentique consultation populaire ou simple manipulation politicienne ?

brexit3ferroncitation.jpgDès le départ, la campagne autour du projet de scission entre l’Europe, et le Royaume-Uni a été marquée par une colossale ambiguïté, mélangeant les enjeux d’une séparation avec la reconquête d’un leadership au sein du parti conservateur.

Qu’on se rappelle les volte-face d’un David Cameron, alors Premier Ministre contesté, d’abord eurosceptique avant de devenir mollement europhile ou de son challenger Boris Johnson, ancien maire européiste de la mégapole cosmopolite de Londres, finissant par verser dans une opposition intégriste à l’Europe.

Le seul qui soit resté constant dans son analyse fut Nigel Farage, leader du parti populiste de l’UKIP, affichant sans vergogne ses mensonges outranciers sur les parois des bus double-deckers qui sillonnaient le pays.

Quant au parti travailliste, en perte d’influence autour de son leader peu audible Jeremy Corbyn, il ne s’est guère impliqué dans les débats, sur lesquels il était profondément divisé et dont il n’avait pas grand-chose à attendre pour se renforcer.
Cette instrumentalisation de la cause européenne s’est soldée par le succès des partisans du Brexit, qui ne parviennent toujours pas à véritablement assumer les attendus de leur victoire. (2) [ v. Michel Ferron Coupe de l’Euro, Union Européenne : sortie de terrain pour l’Angleterre ! in leglob-journal du 05.07.16, NDLR]

Brexit dur, Brexit mou

De fortes dissensions internes continuent à se cristalliser au sein du parti Tory entre Theresa May et Boris Johnson partisan résolu d’un Brexit intransigeant, tandis que le Labour, plus ou moins réunifié autour de Jeremy Corbyn, retrouve sa place de parti d’opposition dans la perspective d’élections à venir.

Cependant, commence à s’établir un réel consensus droite-gauche sur la nécessité de rester dans le marché unique et l’union douanière, pour un pays qui réalise plus de 40% de son commerce extérieur au sein de l’UE. Par ailleurs, il paraît difficile d’envisager l’esquisse d’une défense ou d’une politique extérieure communes sans les Britanniques.

Au-delà du débat politique, l’opinion publique elle-même réaffirme sa division sous des formes plus radicales qu’au moment du référendum. Pour preuve, les cortèges de manifestants londoniens qui, en décembre dernier, ont dénoncé la duperie sur laquelle s’est appuyée la consultation de juin 2016, aboutissant notamment à détériorer encore davantage le système de santé et entraînant la dérégulation sociale de travailleurs contraints à l’exode.

brexitlogo.jpgUn retour en arrière est-il pour autant crédible ? On peut en douter car, si, selon un sondage, plus de 52% des Britanniques jugent que le vote pro-Brexit a été « une erreur », l’issue d’un nouveau référendum souhaitée par 40% d’entre eux resterait encore bien incertaine. (Cf nouvelle chronique Alain Frachon Les Britanniques aiment l’UE in Le Monde du 25.01.18).

Reste l’hypothèse d’une période dite « de transition » pouvant succéder à la mise sur les rails du Brexit, difficile à gérer et considérée par certains comme une trahison du référendum.

Car, n’en déplaise à nos amis britanniques et à leurs pittoresques et sympathiques coutumes, l’Union européenne ne peut être assimilée à une sorte de « club », où l’on s’attarde le temps d’une pinte de bière, en fonction de ses affinités ou de sa classe sociale !…

Brexit : échec de (et pour) l’Europe, pour le Royaume-Uni et la France

Si la sortie du Royaume-Uni entraînera la réduction de 15% du budget européen, un risque de contagion est à craindre, compte tenu de l’évolution politique de certains pays membres issus de l’Est (tels que la Pologne ou la Hongrie …), qui pourraient être tentés à leur tour par un repli nationaliste.

Un autre effet collatéral se profile à l’horizon : l’éclatement territorial et identitaire du Royaume-Uni, avec l’éventualité d’une réunification de l’Irlande et d’un référendum sur l’indépendance de l’Écosse, que la culture et l’histoire britanniques ne sont pas prêtes à affronter …

Enfin, dans un rayon de proximité, si l’on s’en tient aux répercussions sur la vie économique des régions françaises, il est aisé de pronostiquer de fâcheuses conséquences. Ainsi en est-il de la Région des Pays de la Loire, où le Brexit ne manquera pas d’avoir des impacts sur les activités de la pêche, dès lors que les règles et les quotas ne seront plus les mêmes pour tout le monde. Un article de OF du 6 février 2018 mentionne des incidences également sur le tourisme, le secteur agro-alimentaire et les transports ; avec des effets sur les trafics du port de St Nazaire et de l’aéroport de Nantes-Atlantique.

Concluons sur quelques clins d’œil ironiques de l’Histoire, juste pour le «fun » comme disent nos amis anglais. Le projet d’un prêt de la tapisserie de Bayeux pourrait-il être de nature à favoriser un rapprochement entre nos deux pays, nous ramenant à l’époque (glorieuse) du normand Guillaume le Conquérant, devenu roi d’Angleterre, après la bataille de Hastings de 1066 ?

Dans le même registre, comment ne pas mentionner la dynastie franco-anglaise des Plantagenêts, bien connue des visiteurs de l’abbaye de Fontevraud, elle abrite côte à côte les gisants du roi Henri II et de sa femme Aliénor d’Aquitaine, témoins d’un temps (béni) où un souverain anglais partageait sa couche royale avec une épouse légitime, ancienne reine de France ?!


Dans le titre, la citation « Comment sortir de la maison commune, tout en restant dans le jardin ? » fait allusion à la chronique d’Alain Frachon La lettre d’amour de Theresa May (Le Monde du 07.04.17), et citée dans un précédent article du glob-journal Michel Ferron, nouveau président de la MEM, super vigie de l’action européenne (mis en ligne le 10.04.17)

 

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