À Laval aux Bains-Douches : une nouvelle jeunesse pour la déco d’Odorico

artslogo2.jpgSur le quai de la rivière Mayenne les Bains-Douches de Laval, ont été rénovés grâce à du mécénat. Livrés au public le 9 septembre, ils ont été longtemps laissés à l’abandon. «Ce lieu de la mémoire sociale de Laval» va «reprendre vie avec une nouvelle destination culturelle» soulignait avec un brin de fierté le maire de Laval François Zocchetto sur twitter. Il est loin le temps où des mosaïques de toute beauté étaient installés dans des lieux d’aisance et d’hygiène et pour les plus démunis de la ville! Mais au fait qui était cet immigré qui signe la « déco » des Bains-Douches lavallois ? 


Par Marie-Suzanne Ferru*


La mosaïque est l’art de fragmenter, puis de réorganiser la matière (marbres, grès, émaux…) en petits cubes réguliers appelés « tesselles », taillés avec le tranchet ou la marteline, où moulés.

C’est un art qui fût très répandu dans l’Antiquité et au Moyen-âge, puis l’art de la mosaïque subit une éclipse et redevint à la mode à la fin du XIX ème siècle et au début du XXème, d’abord de manière classique dans les monuments comme par exemple le Panthéon, Notre Dame de Fourvière ou l’Opéra Garnier.blanc_long-11.jpg

L’intérieur des Bains-Douches avant rénovation – Photo Laval Image

Les Odorico sont venus de Vénétie précisément pour ce chantier de l’Opéra Garnier avec le mosaïste Faschina ; autour de Venise, ils sont tous « nés dans la mosaïque » avec la restauration qui fût continuelle de la basilique Saint Marc ; n’oublions pas non plus Ravenne !

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Donc, la première génération de la famille Odorico arrive vers 1880 ; ils sont deux frères : Vincent et Isidore. Une fois le chantier terminé, ils partent à Tours dans une entreprise de cimenterie, puis créent très vite leur

À la deuxième génération, à partir des années 1910, ce sont les mêmes prénoms qu’à la génération précédente, Vincent tient la gestion et la comptabilité, Isidore fait l’école des Beaux-arts à Rennes ; pendant la guerre de 14-18, ce même Isidore est fait prisonnier en Allemagne et va rencontrer beaucoup d’artistes de la Sécession Viennoise (Jugenstil).

Revenu à Rennes, il est passionné de football et accompagne souvent des équipes à Vienne, Prague ou Budapest et revoit des peintres comme Klimt ou Mucha qui influenceront son art. En 1925, a lieu à Paris la fameuse exposition des « Arts Décoratifs » d’où sortira le terme « style arts déco ».

Très célèbre dans tout l’Ouest, en véritable plasticien et coloriste, Isidore Odorico va revêtir de mosaïques non seulement les sols, les devantures de boutiques, les piscines, les bains-douches, mais aussi des maisons particulières et des immeubles entiers, comme la « Maison bleue » d’Angers ou « l’immeuble Poirier de Rennes » ; il crée 3 succursales : Angers, Fougères et Saint Brieuc.

Des signatures italiennes

La mosaïque convient parfaitement  aux nouvelles normes hygiénistes car elle est imputrescible, lavable et résiste aux atteintes des rayons lumineux ; c’est la raison pour laquelle on fait appel à Odorico pour le revêtement décoratif des bains-douches de Laval en 1925-1926. L’architecte est un Lavallois : Guinebretière ; cette construction est très originale, un peu inspirée du Pavillon de la Sécession d’Otto Wagner à Vienne ; le décor est très simple, basé sur une notion  de contraste : une frise de lambris en hauteur, jaune et bleue et très architecturée d’où s’échappent des stalactites très raides, le tout sur un fonds plus pâle, tacheté de bleu et vert.

l’emblème de Laval dans les Bains-Douches – Photo Laval Image

 

La façade de la maison du 25 rue de Vaufleury est peut être encore plus typique de ce style art-déco. On y retrouve  le style des bijoux de Lalique ou de Mauboussin : là encore une frise de lambris très architecturée, mais dans un chatoiement de couleurs plus vives ;  s’accrochent à cette frise des cercles emboîtés à composition géométrique, d’où partent là aussi des stalactites sur un fonds jaune d’or. Quelques sols revêtus par Odorico existent à Laval comme au Crédit Foncier de France par exemple.

 

 

Isidore Odorico  meurt pendant la seconde guerre mondiale ; sa veuve s’associe alors avec un carreleur Baudoux qui réalisera la superbe lunette de la hotte de cheminée dans la grande salle de l’ancien restaurant Hirvoas.

Ces mosaïstes d’origine italienne furent nombreux et si Odorico est le plus célèbre, il faut bien sûr citer à Laval Cattirolo et Zocchetto : leurs maisons lavalloises d’origine (entre les 2 guerres) existent encore et sont superbement décorées ; beaucoup de sols aussi dans la ville portent leurs signatures.

*Marie-Suzanne Ferru fut guide-conférencière agrée à Laval

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