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À l’heure où le fossé se creuse entre la classe politique et les citoyens, les réseaux sociaux permettent pourtant d’interpeller très facilement les élus. Cette série est consacrée à comprendre comment les élus fonctionnent avec ces nouveaux outils pour communiquer, dialoguer avec les citoyens. Pour ce quatrième épisode, Béatrice Mottier, adjointe à l’attractivité, l’innovation et la prospective à la ville de Laval, conseillère communautaire, conseillère départementale et candidate aux législatives, nous explique qu’elle aime les interactions numériques avec les citoyens, tout en gardant comme priorité le contact direct sur le terrain.

- Par Julie Vandard

« Je renonce à mon investiture aux législatives et reprends ma liberté. Je refuse la prise d’otage. » C’est sur Twitter que Béatrice Mottier a annoncé la nouvelle. Une centaine de caractères ont suffi à la - toujours - candidate pour créer la surprise dans cette pré-campagne des législatives dans la très disputée première circonscription de la Mayenne. 

Pas étonnant d’ailleurs, elle avait déjà exprimé son mécontentement depuis que l’UDI a annoncé soutenir François Fillon comme candidat unique de la droite et du centre. 

Ou encore dans ce « #tweetdudimanche ».

Et puis cette Tribune qu’elle accepte de publier dans leglob-journal -> ici

#tweetdudimanche, #OnVerra, #PasDeCeBoisLà, #DesActes. Béatrice Mottier aime les hashtag (mots-clés). « Ils permettent de dire subtilement beaucoup plus de choses qu’avec une phrase qui peut apparaître, si c’est mal interprété, comme quelque chose d’agressif par exemple. Cette formulation synthétise bien ma pensée.  » Pas étonnant cependant car la pro de la com’ n’est jamais loin de l’élue. Pour concilier les deux elle a dû « compartimenter » . 

« J’ai des espaces réservés à ma vie professionnelle. Au stade où j’en suis dans mes mandats, je tiens énormément à avoir une vie professionnelle. Je peux le faire grâce au numérique parce que je peux délocaliser mon travail. C’est compliqué d’avoir une vie d’élue locale et de la faire cohabiter avec une vie professionnelle (tout dépend de la vie professionnelle que l’on a). Je fais du conseil, il faut que je puisse ménager des espaces pour mon travail, et donner ce sentiment d’être toujours joignable.  »   Côté réseaux sociaux, son profil facebook « n’est pas politisé. Il agrège à la fois des amis qui font partie de mon cercle personnel et professionnel, et de mon cercle d’élus ». Elle « éditorialise  » donc un peu plus « pour montrer ce qui valorise la ville, le département, j’ai un panel d’audience divers c’est l’occasion de montrer ce qu’on fait de bien ». Idem sur Instagram. «  Ce sont des outils fantastiques pour rayonner au delà du département. Je les utilise pour ça.  » 

« Twitter est une nouvelle forme de relation »

Elle aime être toujours connectée. Elle loue d’ailleurs la simplicité de dialogue avec les citoyens, notamment sur twitter, sur lequel elle affiche beaucoup plus ses positions politiques et militantes. C’est son investissement dans la vie publique et son besoin «  de s’exprimer  » qui lui a fait ouvrir son compte, quelques années après l’avoir découvert dans le cadre de son travail. « En 2007, on disait que cet outil révolutionnerait les prochaines échéances électorales, mais c’est allé bien plus loin. Il a révolutionné la vie personnelle, l’information, la politique, le monde de l’entreprise. C’est un moyen d’interaction immédiat. » 

Ces interactions, Béatrice Mottier les apprécient. Elle répond à tout, sauf à la « polémique pour la polémique, je trouve ça stérile. » Il faut se « méfier de la limite des 140 caractères  » qui ne permet pas de « nourrir un dialogue construit  ». Elle préfère d’ailleurs proposer un café ou continuer la discussion en message privé quand les échanges deviennent plus difficiles. « Je n’expose pas tous les débats. Oui il faut répondre, mais on n’est pas obligés d’en débattre ouvertement.  » 

« Twitter c’est une interaction immédiate. C’est important de répondre mais tout le débat ne peut pas avoir lieu sur twitter. »

Twitter permet un débat : « On peut être interpellé pour une prise de contact, des propos qu’on a pu tenir, ou un "match politique". On ne parle qu’à un environnement restreint, mais beaucoup de gens sont connectés, même si ce n’est pas la totalité des gens auxquels on doit s’adresser ». Mais pour cela, « rien ne vaut le contact direct. Twitter est une nouvelle forme de relation qui s’ajoute à l’existant. On peut être interpellé de manière extrêmement rapide pour ce que l’on dit ou fait, et s’apercevoir que c’est interprété de manière différente. » Cependant « je suis très geek, connectée, mais il y a toujours un moment où invariablement je repasse vers le contact direct. » 

Depuis qu’elle est candidate aux législatives, elle commente « peut-être un peu plus de manière directe, plus personnelle ». Si jusqu’à présent son « job d’élue c’était de promouvoir le travail de l’équipe  », sa candidature «  légitime cette expression à titre personnel. Je prends politiquement plus de positions  ». Elle a aussi réfléchi à sa campagne électorale numérique. Si « on fait d’abord campagne sur le terrain, au contact des concitoyens, les réseaux sociaux permettent de toucher un autre public. Quand on entend un nom, la première chose qu’on fait, c’est le taper dans Google ou aller voir sur les réseaux sociaux. » Elle compte articuler les réseaux pour communiquer dans cette circonscription « à la fois urbaine et rurale. Il y a un public très urbain auquel on ne parle pas de la même manière qu’au public rural, mais il ne faut pas sous-estimer la capacité du public rural à aller sur les réseaux sociaux. Même si le phénomène Twitter est un peu plus urbain, on est très observés.  »

«  Aujourd’hui, on n’exerce plus les mandats de la même manière, on est en interaction beaucoup plus directe : cette image qu’on a pu avoir longtemps de l’élu dans la tour d’argent, etc. , on est plus en prise avec la société dans laquelle on vit, et avoir un compte twitter - à condition de le gérer soi-même - permet ça. » Elle s’intéresse de près à «  l’émergence de nouveaux modes d’expression : les pétitions par exemple. Faut-il une pétition pour tout ? ». Elle suit «  avec beaucoup d’attention les mouvements ou collectifs citoyens. On est interpellé directement et c’est très sain. Les collectifs citoyens sont là pour accompagner l’action publique, cela soulève toujours quelque chose. » Et il est « évident que sur un sujet comme Puech, on regarde, on surveille. Ça m’a beaucoup aidé. » 

Des promesses au langage de vérité

Alors comment perçoit-elle ce fameux fossé entre citoyens et élus ? « Les gens ne se désintéressent pas de la politique, ils adorent ça. Mais ils ont ce sentiment que les personnes qui en font ne sont pas comme elles. Il y a un débat entre l’idéalisation de la chose et la réalité. L’idée qu’on se fait de l’exercice de l’État et l’exercice de l’État, l’idée de la transformation possible quand on est élu. On est toujours confronté à des réalités crues : le budget, la capacité à faire bouger des structures. Quand on est un citoyen et qu’on le regarde ou qu’on décide de s’investir, cela peut parfois être une source d’interrogation ou de désillusion. »

Elle est partisane du « langage de vérité. Il y a une génération de politique qui était dans la promesse. Quand on est dans ce mode de relation, forcément ça se retourne contre soi. Je prône le langage de vérité. Je ne dis jamais "oui" si je ne peux pas le faire, je dis "je vais voir" et je vais voir. Quand on est en campagne électorale c’est important de dire "oui on vous entend, mais ça va être compliqué" et d’expliquer pourquoi. Plus on avance dans l’exercice d’un mandat, plus il faut être conscient de ça.  » D’autant « qu’avec les réseaux sociaux et internet il y a tout un tas de sources d’informations pour valider.  » 

Mais internet garde tout en mémoire, mettant en doute la parole politique. « Quand on a 30 ans, on ne pense pas la même chose qu’à 40. C’est normal d’évoluer. On peut continuer à penser ce qu’on pense mais quand on est confronté à une forme de réalité, il faut composer avec ; quand on est dans une équipe, il faut composer avec ; et on l’accepte. Si ça devient trop dur ou compliqué, il faut être raccord avec soi-même.  » Elle évoque une nouvelle fois Puech, et rappelle qu’elle a été « capable de l’exprimer  ». « Quand je pense que la méthode n’y est pas, je l’ai dit, subtilement, mais je l’ai dit. Soit on ne dit rien, soit on s’expose à ce qu’on nous renvoie nos propos. Mais il faut assumer. Les choses ne sont pas manichéenne dans la vie, moi je l’assume. »

Et il n’y a pas que pour Puech qu’elle a exprimé sa pensée. Pour les législatives aussi en «  reprenant sa liberté ». [l’entretien a été réalisé avant son renoncement à l’investiture UDI], elle voulait «  utiliser pleinement les capacités qu’offrent le numérique. » Elle a déjà commencé. Et annoncé son ralliement à Emmanuel Macron.

« Il y a une génération de politique qui était dans la promesse, (...) forcément ça se retourne contre soi. »

"La marguerite [le hub USB], j’adore cet outil. Pour le côté à la fois toujours connectée avec le numérique mais avec les vrais choses de la vie, et la marguerite qui permet à plusieurs outils d’être connectés ensemble et en même temps. J’aime bien l’idée du hub, de la convergence, c’est ce qui meut mon investissement public." (photo Béatrice Mottier)


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Béatrice Mottier : « Je suis très connectée, mais je repasse toujours au contact direct » 

Publié le: 9 février 2017
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