«C’est la musique qui m’a accroché tout petit, plus que le violon» – [3/5]

MUSIQUE – Pour ce troisième épisode consacré à l’Ensemble instrumental de la Mayenne, leglob-journal et Julie Vandard s’intéressent au violon solo et à son rôle dans le groupe instrumental. Rencontre avec Florent Billy, Lavallois d’origine de 32 ans, arrivé dans le groupe l’an dernier, et qui partage sa vie entre Alençon, Paris et Laval.


par Julie Vandard


 

Les concerts de musique classique démarrent toujours par quelques petits rituels. Le premier consiste pour les musiciens à s’accorder. « Le hautbois solo accorde d’abord les vents. Puis il transmet le « la » au violon solo, qui à son tour le transmet au reste des cordes. Le hautbois donne le  » la » car c’est l’instrument le plus stable de l’orchestre, c’est lui qui bouge le moins. C’est la meilleure façon qu’on ait trouvé pour accorder un orchestre, et tous les orchestres du monde font comme ça. » A l’Ensemble instrumental de la Mayenne, c’est Florent Billy qui occupe le poste de violon solo. Il fait partie des petits nouveaux de l’orchestre. « J’ai passé un concours et je suis arrivé il y a un an, en 2017. »

blanc_long-50.jpg180518_eimgorron_florent_billy.jpgFlorent Billy donne le « la » à ses collègues de l’Ensemble instrumental de la Mayenne avant le début du concert, le 18 mai dernier lors de la représentation du Son des Pinceaux à Gorron  – © leglob-journal

blanc_long-50.jpgFlorent Billy débute la musique à l’âge de 7 ans, « au conservatoire de Laval, qui était l’école de musique de Laval à l’époque ». Le violon n’était pas son premier choix : « Je voulais faire du cor, j’avais une fascination, que j’ai toujours, pour le cor. Et pour des raisons assez obscures je n’ai pas pu en faire à mes débuts. J’ai dû formuler un nouveau choix et ça a été le violon. »

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« C’est la musique qui m’a accroché tout petit, plus que le violon. J’ai envisagé très tôt de ne faire que de la musique. J’ai pris la décision après le bac, de m’y consacrer à plein temps et de voir les résultats après une année d’étude. Mais c’était quelque chose que j’avais dans la tête depuis longtemps. » En parallèle, Florent Billy s’inscrit aussi en fac de philo, « mais je n’étais pas très assidu. Je m’étais réservé ça comme bouée de sauvetage. Il m’est arrivé d’aller à la fac, mais vraiment quand j’avais le temps ».

Il s’inscrit donc au conservatoire de Nantes. « Le but était d’aller le plus loin possible en termes de progression et de diplômes. » Après un cycle supérieur à Nantes, il part se perfectionner à Aulnay-sous-Bois puis au Conservatoire national supérieur de Musique de Lyon en 2009. Il obtient son master avec félicitations du jury en 2014. Il effectue aussi un an en Erasmus à la Hochschule für Musik de Leipzig.

« Très tôt j’ai envisagé de ne faire que de la musique »

Il s’initie également à la direction d’orchestre. « C’est un intérêt que j’avais depuis longtemps. Aujourd’hui j’en vois surtout l’utilité en tant que professeur pour diriger les élèves. » Car comme bon nombre de ses collègues de l’Ensemble instrumental, Florent Billy enseigne la musique. Il est devenu le champion de l’organisation « et du covoiturage : J’enseigne à Alençon trois jours complets par semaine. Je vis à Paris où j’ai un quatuorle quatuor Koltèsavec qui je répète deux à trois fois par semaine, et j’ai aussi un trio à Alençon avec qui on essaie de répéter le plus possible ».

A l’Ensemble instrumental, il occupe le poste de violon solo : « Dans un orchestre, les violons sont divisés entre premier et second violon. Le premier violon (ou violon solo) se charge du relais entre le chef d’orchestre et le reste de l’orchestre, et notamment les cordes. Chaque section a son chef d’attaque : violoncelle, alto, et second violon. Le chef d’attaque des premiers violons est en même temps le violon solo. »

Florent Billy est donc ce « relais » entre la cheffe et le reste de l’orchestre. Une fois les partitions choisies, il donne ce qu’on appelle les coups d’archet : « On m’envoie les partitions de toutes les cordes : premier violon, second violon, violoncelle, contrebasse et alto. Je suis chargé de les régler, de faire en sorte que les coups d’archet soient cohérents d’un pupitre à l’autre. On a deux sens d’archet : tirer et pousser. La musique ne sonnera pas pareil, ne sera pas frappée pareil en fonction de ces sens d’archet. Si un pupitre joue une mélodie dans un sens et un autre pupitre dans l’autre sens, l’orchestre ne va pas sonner de façon optimale. Cela donnera l’impression de quelque chose qui n’est pas synchronisé, pas harmonisé. »

Le premier violon, un relais entre l’orchestre et la cheffe

« Les choix peuvent évoluer au cours des répétitions mais on commence avec une base cohérente. » Ce réglage, il ne le fait que pour les cordes : « Les vents sont, pour ainsi dire, tous solistes, alors qu’au violon, nous sommes plusieurs à jouer la même chose. Les vents abordent la partition avec un esprit musique de chambre. Chacun est soliste, et ils jouent ensemble. Au violon il y a vraiment plus une question d’harmonisation et de coordination puisqu’on joue par section. Et les autres instruments n’ont pas la contrainte des sens d’archet. »

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Ce réglage lui donne un petit délai supplémentaire pour travailler les partitions, et n’avoir que peu de répétitions avec l’Ensemble lui convient. « Cela nous oblige à venir à la première répétition en connaissant le carton parfaitement. C’est positif : quand on arrive et qu’on a tous énormément travaillé, on part d’emblée à un niveau de concentration et de préparation qui est intéressant.

 

Même si on avait plus de répétitions, le temps de travail seul serait le même. Ce n’est pas en répétition d’ensemble qu’on apprend sa partie. Il y a toujours un petit côté frustrant de ne pas mener le travail collectif aussi loin qu’on le pourrait, mais c’est lié au contexte particulier de l’orchestre avec des budgets qui sont ce qu’ils sont. L’orchestre est un petit ensemble local. Mettre moins de répétitions pour chaque série mais proposer plus de séries, c’est intéressant, ça donne une crédibilité à l’orchestre qu’il n’aurait sans doute pas autrement. »

« La bonne musique, ce n’est pas qu’une histoire de genre ou de style »

Florent Billy aime la musique classique, mais pas uniquement. « J’écoute beaucoup de jazz, toute la période be-bop des années cinquante me touche énormément. Le jazz européen aussi ou du jazz plus récent. J’aime aussi beaucoup, beaucoup, beaucoup le rock britannique des années soixante ou soixante-dix, et j’écoute pas mal de métal aussi. »

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blanc_long-50.jpgEn 2016, l’Ensemble instrumental s’est frotté à la musique folk avec le projet That’s all Folk : « C’était très très agréable, ça nous change énormément de nos habitudes. C’est moins de pression car c’est quand même moins de technicité que certains programmes classiques. Il y a une spontanéité dans la façon de jouer. L’attitude du public est très rafraîchissante, tout comme les musiciens de folk. Cela montre aussi au public que la bonne musique n’est pas une histoire de genre ou de style, que quand on est musicien, ça demande du travail et de l’adaptabilité mais il n’y a aucun obstacle à passer du classique au jazz, du jazz au rock. Pour moi, la bonne musique n’a pas de frontières. »
Il apprécie que l’Ensemble instrumental participe à ce type de projets, « c’est une direction dans laquelle on s’engage de façon très volontariste, c’est une bonne chose. Cela attire des publics qu’on ne toucherait pas forcément. Et c’est la musique qui y gagne ».

Florent Billy va retrouver ses collègues de l’Ensemble instrumental à la rentrée. Et parmi eux Claire Vial, une ancienne professeur. « Claire est chef d’attaque des altos, elle était professeur de musique chambre quand j’étais à l’école de musique. Elle s’occupait aussi de l’orchestre à cordes, c’est quelqu’un avec qui j’ai beaucoup travaillé en tant qu’élève. » L’avoir comme collègue désormais, « donne envie de bien faire, on n’a pas envie de démériter avec un ancien professeur. »

La question bonus : Pourquoi le chef d’orchestre salue-t-il toujours le premier violon ?

« C’est une tradition, nous dit Florent Billy, à l’origine, le chef d’orchestre pouvait être le violon solo. Au début du 19e siècle, à Paris la société des concerts du conservatoire était dirigé par le violon solo de l’orchestre. C’est comme ça la première fois qu’on a joué la première fois une symphonie de Beethoven en France. Ensuite, avec la complexité du répertoire symphonique allant croissant, ou avec des personnalités comme Berlioz [et son traité d’orchestration], on a compris la nécessité d’avoir un chef. Quand le chef le salue, c’est sans doute une manière de montrer le rôle particulier du violon solo dans l’orchestre. »


Prochainement sur leglob-journal : Philippe Martineau, clarinettiste, évoquera son parcours et l’évolution de l’Ensemble instrumental de la Mayenne dans lequel il joue depuis plusieurs années.

Lire aussi : les deux premiers articles de cette série et d’autres signés Julie Vandard : ici

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