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DÉMOCRATIE - En politique, il faut toujours avoir le dernier mot. Et sans cesse être capable de se sortir de situations difficiles. C’est le B.A. -BA. Le métier d’homme et de femme politique ne souffre pas la moindre erreur en terme de communication, sauf à voir celle-ci revenir, leglob-journal l’a écrit, comme un boomerang. Anticipation et discernement doivent être ce qui guide l’action. Mais il arrive que celle-ci soit contrariée par des hommes et des femmes qui estiment qu’il est nécessaire de faire entendre un son différent. C’est ce qu’a réussi à faire le Collectif qui s’est mobilisé contre la fermeture du collège Fernand Puech à Laval. Un bel exemple de démocratie participative. Voici à présent sous la forme d’une Lettre ouverte écrite au président du Département, Olivier Richefou, la Tribune que nous a fait parvenir Jacques Flore-Thébault.

Alors, là, oui, chapeau ! Oui, vraiment ! Vous avez réussi votre coup ! Et en grand ! La surprise ! Et quelle surprise ! Je ne vais pas vous priver du plaisir que vous pouvez en tirer, au contraire : imaginez- moi, ce mardi 28 novembre.

Par Jacques Flore-Thébault*

Je sors de cours à 12 heures 20 et je file à la radio où je suis invité à commenter la décision, votre décision, annoncée une bonne heure avant en conférence de presse. Cette décision, je ne la connais pas, mais j’ai bien en tête les réponses que nous avons prévues pour chacune des trois hypothèses présentées par le Conseil départemental lors de la dernière séance du Comité de pilotage (fermeture, travaux à minima, travaux de grand confort). Nous avions aussi envisagé une quatrième hypothèse - nous vous connaissons ! -, mais elle était erronée.

La journaliste me détaille votre projet et je la vois qui s’amuse de ma surprise : le collège est maintenu me dit-elle (victoire !), mais déménage (où ? le service public abandonne le centre-ville au privé… et me vient en même temps une image désolante de notre collège en cours de démolition, les entrailles à l’air). Il déménage au Centre Jean Monnet ajoute-t-elle (oui, c’est encore le centre-ville, un peu décalé, mais le service public est sauvé) avec gymnase quasiment neuf, amphithéâtre (très bien), espace arboré, parking (vraiment très bien), un collège qui garde son nom Fernand Puech (encore heureux… un symbole de la nécessaire résistance) et qui pourra accueillir jusqu’à 500 élèves (et notre petit collège familial ?) pour un coût de 7 millions d’euros finit par détailler la journaliste (plus cher que la plus chère des hypothèses).

Vous pouvez sourire : me voilà maintenant, un peu désarçonné, improvisant d’urgence une réponse à votre décision.

Vous êtes sorti avec adresse, et même panache, du piège qui s’était refermé sur vous : une décision incompréhensible qui s’est heurtée à une franche opposition déterminée. Vous aimez jouer en solitaire, aussi bien pour décider la fermeture (sans doute un jour désespérément gris d’hiver), que pour inventer, en plein été, cette magique construction.

Mais nous, membres du collectif, nous continuions après cet été à consacrer de nombreuses heures à travailler sur le sujet, à préparer notre solide synthèse - votre adjoint aussi de son côté préparait la sienne -, alors que vous auriez pu nous proposer dès la rentrée votre projet. Vous deviez vous régaler de nous savoir nous livrer à un travail déjà devenu inutile, et d’imaginer par avance notre surprise. Bien joué, certes, mais nous éprouvons un peu d’amertume.

Vous avez raison, Monsieur le Président, le passé est le passé, et je ne vais pas me laisser engluer par les soubresauts qui ont émaillé les séances du Comité de pilotage (cabinets d’étude à choisir sans pouvoir consulter les dossiers, extension de l’étude démographique à Montsûrs en contradiction avec le cahier des charges, affectation du gymnase du collège au comité d’entreprise de la SNCF, dossiers de plusieurs centaines de pages à étudier du jour au lendemain…) autant de protestations logiques, très injustement qualifiées de « psychodrames » par le président du Comité de pilotage que vous aviez choisi.

Non, laissons de côté ces turbulences, et avec vous je veux croire à ce collège Fernand Puech tout neuf, dans ce quartier en pleine évolution, au centre de cette ville en plein essor : vous êtes d’accord avec tous les arguments que nous avons développés dans notre synthèse, et nous sommes heureux que vous les partagiez.

Heureux de vous avoir convaincu par notre démarche de réflexion citoyenne, au profit de nos enfants actuels et à venir. Oui, heureux de ce beau collège du XXIe siècle que le Conseil départemental va faire construire. Heureux d’être débarrassés de cette menace qui pesait sur nous. Heureux de pouvoir dans la sérénité élaborer et construire de nouveaux projets pédagogiques parallèlement à la construction des murs.

Heureux aussi de ce que, à cause de vous, et finalement grâce à vous, nous avons pu vivre : montrer à nos jeunes qu’une résistance raisonnée, raisonnable et respectueuse peut porter ses fruits ; partager ce grand élan citoyen, voir ces soutiens divers qui nous ont accompagnés, ces fidèles au service public qui se sont regroupés plusieurs fois au cours de ces dix-huit mois, dehors, parfois dans le froid, pour aider notre action ; découvrir l’efficacité d’une démarche de coopération active, chacun mettant sa disponibilité, ses compétences, son savoir-faire, en toute amitié et dans le plus total respect, au service de notre cause.

Une nouvelle démarche démocratique qui donne un formidable espoir. Et c’est de cette belle amitié autour d’un travail coopératif qu’est née l’Association des parents et amis du collège public Fernand Puech qui accompagne désormais la vie de notre collège.

Monsieur le Président, votre projet est beau, et votre responsabilité est maintenant grande : vous avez fait naître l’espoir, vous ne trahirez pas votre parole, vous ne tromperez pas notre confiance. Et vive le nom de Fernand Puech !

Bientôt, vous le savez, je refermerai une dernière fois la porte de la salle C12, si bien refaite grâce à vous (j’ai même pu choisir les couleurs !), mais c’est avec émotion et bonheur que, à l’occasion d’une journée « portes ouvertes  », j’irai visiter le nouveau collège Fernand Puech !

*Jacques Flore-Thébault est enseignant au collège Fernand Puech et il fait parti du collectif qui s’est battu pour le maintien de l’établissement en centre-ville de Laval.


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Chapeau, M. le président du conseil départemental ! - par Jacques Flore-Thébault

Publié le: 3 décembre 2017
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