Cinq mois de prison ferme pour apologie du terrorisme sur Facebook

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Cinq mois de prison avec maintien en détention. C’est la condamnation en comparution immédiate par le tribunal correctionnel de Laval d’ un ressortissant tunisien qui avait posté sur sa page Facebook des vidéos, et des photos de Daech. Agé de 26 ans, en France depuis 9 ans, hébergé par une Lavalloise, il a été interpellé à la suite d’une suspicion de mariage blanc. Le procureur avait demandé 6 mois, l’avocat de la défense descendu de Paris pour défendre son client a qualifié le jugement d’ « injuste ».


Par Thomas H.


« Je demande pardon » a dit en arabe le prévenu qui vit depuis neuf ans en France, sans papiers, « en situation irrégulière » commente le Président. « Je demande pardon » avait-il dit à la traductrice qui a rapporté ses derniers mots aux magistrats, juste avant que le tribunal n’entre en délibération pour décider de son sort.

Avant le repenti tardif de M. Karoubi, son avocat maître Ben Slamia avait tenté de minimiser ce qu’on reprochait à son client. «  Ce leader d’opinions de la fachosphère islamiste sur le net figurez-vous qu’il a vingt abonnés seulement ! a-t-il lancé au tribunal, rendons donc à ce dossier toute la proportion qu’il mérite ! » Mais au final sa plaidoirie n’a guère convaincu les magistrats.

Le jeune procureur de la République, avant lui, avait demandé six mois de prison ferme. Une sanction qu’il a qualifié de « sévère  » ajoutant le « maintien en détention en raison de la dangerosité que représente M. Karoubi » a déclaré le Substitut. Parlant clair, le jeune magistrat argumente : « À aucun moment je ne peux penser que M.Karoubi ne savait pas que le drapeau noir qu’il a mis sur sa page de couverture de son compte Facebook était celui de Daech  ». Le représentant du ministère public M. Gauthier continue et fait référence à ces « vidéos sordides et insoutenables même pour des magistrats aguerris…  » que le prévenu a publiées sur le réseau social de 2014 à 2018.

Les trois magistrats viennent de quitter leurs sièges pour délibérer

« Le parquet présente un dossier qui ne tient pas la route avance l’avocat parisien. […] mon client n’a pas de casier judiciaire, rien, pas antécédent […] Je voudrais dire ici qu’on a d’abord entendu sa concubine avec laquelle M.Karoubi a toujours l’intention de se marier, c’est la mairie qui a fait un signalement au commissariat […] ». La suite, c’est une perquisition au domicile de celle qui l’héberge ; et dans l’ordinateur des preuves qui l’accablent.

Maître Ben Slamia explique ne pas comprendre « comment on passe d’une procédure de plaider coupable, à la prison». L’avocat avance «c’est dans la procédure M. le président ! un procureur a demandé d’abord un plaider-coupable et puis a on changé d’avis ! Pourquoi cette volt-face qu’on n’ explique pas?» En fait, nous ne saurons pas. Dans la plaidoirie, on entend ces mots : « présupposés, principes, délit de faciès […] » Le président lui fera répété ce dernier terme «délit de faciès»… L’avocat qui défend M. Karoubi évoque les « 24 ans de différence d’âge avec sa concubine, et alors ?» dit-il en faisant référence au couple présidentiel, Brigitte et Emmanuel. « Comparaison n’est pas raison » lui avance le Président Thouzellier interrompant sa plaidoirie, avec un léger sourire.

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Au milieu du procès, ce même Président avait détaillé les trois types de vidéos postées sur la page du réseau social ; trois types de vidéos «  fabriquées par des professionnels » dira le Procureur, que le Président du tribunal correctionnel a bien pris soin de mettre en lumière pour les besoins des débats : « des exécutions collectives […] d’abord une vidéo avec des tirs de lance-roquettes sur des cibles qui sont des prisonniers habillés en orange […] une vidéo de noyade collective dans une fosse, filmée sous l’eau, et une exécution de prisonniers, avec la corde au cou, aux explosifs décapitant les têtes dispersées à terre et filmées en plans serrés […] »

 

Le président du Tribunal continue son terrible inventaire : «  plusieurs photos dont celle de Ben Laden […] et de Sadam Hussein […] celle aussi d’un petit garçon qui porte un tee shirt avec l’étendard de Daech et puis le texte d’un prédicateur égyptien assez connu dans le milieu islamiste qui appelle à la guerre sainte et à la poursuite des attentats […] »

Le président de Tribunal veut savoir «pourquoi il n’y a pas de commentaire de la part de M. Karoubi sur sa page. Vous ne dites pas que ce sont des horreurs ? Pourquoi ?  » lance-t-il au prévenu encadré dans son boxe où il comparait par deux forces de l’ordre. « Je voulais juste partager pour montrer ce qui se passe dans le monde […] je ne savais pas que c’était une erreur de poster ça […] » traduit la jeune femme interprète.

Dans le dossier d’instruction, relate le magistrat qui préside le tribunal, le prévenu a déclaré aux policiers, le 12 février 2018 qu’il allait « au moins une fois par jour sur Facebook ». À l’audience, il explique par le biais de la traductrice qu’ « il ne sait pas écrire et qu’il n’est pas un expert en informatique ». Il déclare qu’il « connaît la loi française pour éviter de faire des crimes […] ce qui fit sourire le Président. Et pour essayer de se disculper, il ajoute, je ne l’ai pas fait exprès… »

Pour le Procureur, « il y a manifestement intention de propager une information pour faire l’apologie du terrorisme […] et M. Karoubi est un relais sans conteste de la propagande de Daech ! […] avec des figures tutélaires de l’islamisme radical comme Ben Laden […] » Le jeune magistrat relate que des vidéos ont été postées par le prévenu « cinq jours après l’attentat du Bataclan » avec « un impact considérable sur la société ».

L’Audience est suspendue. Le tribunal vient de finir de délibérer. Les trois magistrats se sont rassis et rendent leur jugement. De six mois de prison demandés par le Procureur, la peine est amoindrie d’un mois. Initialement prévu le 14 février 2018, son passage en comparution immédiate avait été reporté d’un mois parce que le jeune ressortissant tunisien, – identifié au fichier des empreintes digitales sous un autre nom – , avait demandé de pouvoir préparer sa défense. Un mois, c’est justement le temps que M. Karoubi a passé en détention pour attendre son procès. Et pour finalement retourner en prison.

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