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Où l’on reparle du collège Fernand Puech, le seul établissement public situé en centre-ville à Laval, et annoncé comme étant appelé à fermer. Le collège refait surface sans que les données de ce dossier ne soient franchement transparentes. C’est un conseiller municipal d’opposition (PCF) qui crée la polémique en révélant des extraits d’une note de plusieurs pages marquée « Projet » en provenance de la SNCF. Note qui n’est d’ailleurs pas datée. leglob-journal a pris connaissance de ces « bonnes feuilles » qui mettent effectivement en avant la possibilité de reloger le comité d’établissement de la SNCF dans le gymnase du collège Fernand Puech. Aurélien Guillot qui est à l’origine de la découverte du "pot aux roses" s’exprime dans leglob-journal et s’interroge.

- Par Aurélien Guillot

e 29 avril 2016, Olivier Richefou, le président du conseil départemental de la Mayenne annonçait sa décision de fermer le collège Fernand Puech. Très vite, une forte mobilisation contre cette décision s’est développée. Une pétition en ligne a, en moins d’une semaine, recueillie près de 2000 signatures (elle a fédéré 4791 signataires aujourd’hui).

La mobilisation ne fut pas que virtuelle : le 3 mai, à l’occasion du conseil d’administration du collège, près de 300 personnes étaient rassemblées devant le collège : des enseignants et personnels du collège bien sûr, mais aussi des anciens élèves, des riverains, des syndicalistes de différentes organisations, des jeunes en lutte contre la loi travail en train d’apprendre ce que “la convergence des luttes” signifiait. 

Quelques jours plus tard, le 9 mai, plus de 200 personnes étaient rassemblées devant la mairie de Laval à l’occasion du conseil municipal. La pression était telle que l’ordre du jour fut chamboulé : le collège s’invita dans les débats et un représentant du collectif contre la fermeture a pu s’exprimer.

Dans le débat qui a suivi, je faisais la proposition avec les autres élus de l’opposition de gauche que le conseil municipal de Laval se prononce clairement par un vote d’une motion contre la fermeture. Fidèle à son habitude de « noyer le poisson », François Zocchetto refusa ce vote, et se déclara favorable à « la réussite d’une consultation élargie sur le sujet ».   Devant l’ampleur de la mobilisation, Olivier Richefou organisa une réunion publique le 17 mai dans le collège pour expliquer les raisons de la fermeture. Les parents, refusant de cautionner, ont tout de suite quitté la salle et Olivier Richefou s’est retrouvé devant une rangée de chaises vides.

La pression devenait si forte qu’il devait abdiquer dès le 20 mai en annonçant la suspension de la décision et l’ouverture d’une concertation. Cette décision fut saluée avec raison comme une première victoire par le collectif contre la fermeture, mais celui-ci appelait à la vigilance et à la poursuite de l’action, car suspension d’une décision ne veut pas dire annulation.   Un comité de consultation a été mise en place par la suite avec des élus, des représentants des enseignants et des parents d’élèves. Ce comité doit rendre son verdict avant l’été. Pour aider ce comité dans sa prise de décision, un appel d’offre a été lancé pour deux études, l’une sur le bâtiment du collège, l’autre sur la démographie de Laval. 

Beaucoup de gens se sont sincèrement dit que « les cartes étaient remises sur la table », qu’on allait pouvoir réellement discuter sur la base d’éléments concrets, et ont cru Olivier Richefou quand il disait qu’« à partir du moment où l’on suspend, toutes les options sont possibles », donc y compris celle du maintien du collège.  

Il y a quelques jours, on m’a transmis un document montrant que la concertation est peut-être de pure forme.

Il s’agit d’un document émanant de SNCF immobilier. En effet, dans le cadre de l’aménagement du quartier de la gare, un projet immobilier est prévu pour l’ilot Magenta. Ce projet nécessite la destruction d’une salle qui sert aujourd’hui au comité d’entreprise régional de la SNCF. Cette salle héberge les activités d’associations sportives et culturelles sous convention.

Lorsqu’il est fait une acquisition de locaux appartenant à la SNCF, il y a obligation de reloger les activités concernées, c’est la loi. Or la proposition qui est mentionnée dans ce document est très surprenante ! Il est indiqué que « pour les associations sportives et culturelles, la collectivité lavalloise propose une solution consistant à les accueillir dans un gymnase à l’intérieur du collège Fernand Puech qui sera bientôt libéré et dont la ville de Laval s’est portée acquéreur. ».

Comment peut-on faire une telle proposition alors que la décision de fermeture du collège Fernand Puech ne serait pas prise et qu’une concertation est en cours ?   Cette information me paraissant très importante, j’ai alors décidé de la transmettre au Collectif contre la fermeture et de la faire connaître aux principaux médias locaux dans un communiqué de presse. Dans ce communiqué, j’ai écrit que pour moi ce document est la preuve que la concertation est un simulacre car la décision est déjà prise. Olivier Richefou se moque donc du monde, avec la complicité du maire de Laval. Il y a de plus gaspillage d’argent public, car les sommes engagées pour les cabinets d’études ne vont pas servir à construire une décision mais à donner des arguments pour justifier la fermeture.

A peine l’information rendue publique, les réponses n’ont pas tardé à venir. Entre Olivier Richefou qui déclare « les bras m’en tombent », François Zocchetto et Phillipe Habault ( Adjoint aux finances de la Ville) qui parlent de « déclarations infondées », Béatrice Mottier qui dénonce des « affirmations non sourcées, fausses et honteuses » et Alexandre Lanoë des « écrits totalement faux, scandaleux et fantaisistes », la réaction est vive et extrêmement rapide, ce qui montre le malaise.  

La ligne de défense est surtout peu convaincante...

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Communiqué de presse de la ville de Laval

Tout d’abord, l’information que je donne ne vient pas de mon imagination, elle est documentée. Ce n’est pas le conseiller municipal d’opposition qui a inventé cela, c’est la SNCF qui l’a écrit. Quel serait l’intérêt de la SNCF de polémiquer avec la ville de Laval ?

Les membres de la majorité municipale insistent sur le fait que cette proposition ne viendrait en aucun cas de la ville, que ce qui est écrit n’engagerait que l’auteur de cette note. C’est tout de même étrange ! Comment l’auteur de la note, un salarié de la SNCF, aurait pu avoir de lui même cette idée ? D’autant plus que la direction territoriale qui a écrit cette note est basée non pas à Laval mais en région parisienne.

Par ailleurs, dans le communiqué de presse (ci-desssus), Messieurs Zocchetto et Habault me rappellent l’obligation de « reconstitution », précisée dans la loi ferroviaire de 2015). Si la proposition de relogement dans le gymnase du collège Fernand Puech n’a jamais été avancée par la ville de Laval, on s’étonne alors que dans leur réponse, Messieurs Zocchetto et Habault ne mentionnent pas les idées qu’ils ont pour ce relogement.

Car ils doivent quand même bien avoir quelques idées alternatives à ce gymnase, sinon le chantier de l’ilot Magenta ne pourra pas commencer ! Pourquoi ne les donnent-ils pas alors qu’ils écrivent un communiqué d’une page entière ? Ce serait pourtant une information qui rassurerait tout le monde, et qui montrerait que si la solution du gymnase du collège Fernand Puech a été évoquée, cette solution ne l’a été que comme une possibilité parmi d’autres, seulement au cas ou la fermeture se ferait, la ville ayant d’autres options possibles.

La réponse apportée par François Zocchetto et Philippe Habault est bien étrange. Si le maire de Laval veut assurer de son soutien les enseignants et les parents d’élèves, qu’il commence par faire voter dès le prochain conseil municipal une motion contre la fermeture du collège Fernand Puech. Et qu’il mette rapidement sur la table les propositions de relogement que la ville fait à la SNCF !

Pour ma part, comme depuis le début, je continuerais à soutenir la lutte contre la fermeture du collège Fernand Puech. Il faut le plus vite possible obtenir des engagements très clairs sur le fait que le collège ne fermera pas !


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Collège Fernand Puech à Laval, la nouvelle polémique

Publié le: 11 janvier 2017
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