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Le Comité de liaison pour la riposte sociale réuni à Hilard - En Une, et ci-contre, la tête du cortège contre la Loi El Khomri, à Laval en mars 2016 (Photo leglob-journal)

Un « Comité de liaison pour la riposte sociale » s’est créé début septembre en Mayenne à l’initiative d’une douzaine de militants syndicalistes et politiques d’origines diverses sur la base d’un texte d’appel intitulé « Bas les pattes devant le Code du Travail et la Sécurité sociale - Défendons nos conquêtes sociales », diffusé sur une dizaine d’entreprises du département, selon les organisateurs. Le but : « contribuer à la mobilisation la plus large possible pour s’opposer à la contre-réforme du Code du travail. » Le Comité explique que « quels que puissent être les grippages entre appareils politiques ou syndicaux, la confrontation des idées et l’échange à la base sont les meilleures garanties d’une riposte sociale puissante (...) mobilisation syndicale du 12 septembre : première étape primordiale, puis appel de la France Insoumise à la marche du 23 septembre et autres initiatives à venir (...) »

Entretien

-  leglob-journal : Cet intitulé « Comité de liaison pour la riposte sociale » ne fait-il pas un peu martial et le mot de « riposte » ne sonne-t-il pas comme une déclaration de guerre ?

Effectivement, le mot riposte est « martial  » mais nous semble donc la réponse adaptée suite à la déclaration de guerre contre le monde du travail et la jeunesse lancée par le gouvernement Macron/Philippe.

Lorsque Emmanuel Macron déclare : « le consensus politique fondé en 1945 est caduc. Ces structures ne sont plus adaptées  », cela a une signification. Le consensus politique de 1945 ce sont : les conquêtes sociales de 1936/1945 : le code du travail, les conventions collectives, les statuts, tout ce qui codifie les rapports entre salariés et employeurs, la sécurité sociale, les prestations sociales, l’assurance chômage, les retraites, les nationalisations de l’après-guerre.

Quand on annonce vouloir en finir avec tout cela, en utilisant l’arsenal le plus anti-démocratique de la constitution, on agresse brutalement toute la population active et la jeunesse. Ces acquis, conquis, améliorés un à un, sont la chair et le sang de la classe ouvrière. Annoncer leur éradication, c’est déclencher un affrontement frontal. Et qui dit affrontement dit riposte, car la France d’en bas n’est pas prête à se coucher devant ce gouvernement ultra minoritaire, le plus mal élu de la Ve République.

- Comment les membres du Comité comptent-ils agir ?

Dans leurs organisations respectives d’abord en se positionnant pour une riposte efficace. Pour répondre plus précisément à cette question il faut revenir à la bataille contre la loi El Khomri et à l’unité syndicale qui a tenu bon des mois durant. Cette unité s’est construite, a persisté, s’est renforcée à la base. En se côtoyant dans les grèves, les manifestations, des militants d’organisations différentes ont appris à se connaître, à s’estimer, ce qui a contribué à surmonter une défiance, des blocages, qui auraient pu remettre en cause cette unité dans l’action.

La constitution de ce comité, vise, sur l’acquis de 2016, à reconstituer l’unité d’action de l’année passée. Et ce devrait être le cas, dès la mobilisation du 12 septembre.

- En 2016, la très forte mobilisation contre la Loi El Khomri n’a pourtant pas empêché son application ?

Certes, mais faudrait il en conclure que toute résistance est non fondée ? Il faut bien comprendre qu’aujourd’hui toute revendication s’oppose à la politique de l’Union Européenne, à un programme (celui des marchés financiers), qui dépasse le cadre national. Nous ne somme plus dans une période où la grève d’une profession pouvait arracher des avancées significatives.

À ce stade, la résistance, pourtant très forte contre la loi El Khomri n’est pas parvenue à enrayer les contre-réformes, à imposer une autre politique tournée vers les intérêts de la majorité. L‘enjeu était de taille et le reste, car tout recul dans la mise en œuvre de cette politique ultra libérale aura des conséquences politiques qui dépassent le cadre national, les mêmes politiques étant à l’œuvre dans tous les pays de la zone euro. Et il convient d’ajouter que la résistance de la classe ouvrière française reste très observée à l’extérieur de nos frontières.

Et puis, la bataille contre la loi El Khomri a marqué au fer rouge (la couleur n’est pas très indiquée) le gouvernement Hollande et les élections en 2017 ont balayé tous les partis traditionnels qui, en alternance, ont asséné les mêmes politiques. La bataille contre la loi travail a eu des prolongements dans les élections avec un taux d’abstention massif et des millions de voix qui se sont portées sur les candidats de la France Insoumise qui incarnaient cette résistance. Nous estimons donc que si nous ne sommes pas parvenus à l’abrogation de la loi El Khomri, les dégâts causés à l’adversaire ont néanmoins été considérables et on ne repart pas de zéro aujourd’hui.

- Depuis Nicolas Sarkozy les mouvements de protestation de rue ne font plus infléchir les gouvernements, cela vous inquiète-t-ils ?

Non, car nous savons que ce qui en jeu sur chacun des sujets, pose l’alternative entre deux choix de société. Tout recul partiel aujourd’hui serait d’ailleurs de courte durée tant que ce sont les marchés financiers qui dictent la politique de l’Union Européenne, laquelle cadenasse la politique des états membres. Nous mesurons parfaitement à quoi nous nous attaquons et nous restons convaincus que les moyens traditionnels du mouvement ouvrier pourront ouvrir des brèches par où les contours d’une autre politique s’échafauderont.

- Vous dites que vous ne voulez pas vous « substituer aux organisations syndicales et politiques  », vous parlez de « forces puissantes qui sont prêtes à se lever » que voulez vous dire ?

Sur le premier aspect de la question auquel nous pensons avoir déjà répondu précédemment nous respectons le rôle des syndicats et des partis. Nous entendons jouer un rôle de catalyseur des mobilisations dans, et hors de nos organisations respectives.

Sur le second aspect, nous répondrons par une question : qui peut penser que dans un régime qui se définit encore comme démocratique, où les organisations ouvrières sont debout, on puisse casser le code de travail, les conventions collectives, les statuts, la sécurité sociale, les retraites, mettre en cause l’existence même des communes, s’en prendre férocement à la jeunesse, sans encourir une réaction à la hauteur des attaques ? Il suffit d’entendre les échos que suscitent les mesures annoncées, pas dans les studios des télévisions et radios qui jouissent de l’audace de leur Jupiter, mais en bas. Et là ça gronde.

D’ailleurs les journaux les plus libéraux, ceux qui encouragent le gouvernement à aller jusqu’au bout, ne manquent pas de s’inquiéter d’une possible jonction de tous les mécontentements qui pourraient tout remettre en cause.

Quelles formes prendra la riposte, nous n’avons pas la prétention de le savoir d’autant qu’il faut se garder de toute analogie et que l’histoire ne se répète pas. Ce que nous savons c’est qu’en éclairant le tableau d’ensemble de cette politique, en contribuant à lever les obstacles à une mobilisation agrégeant toutes les victimes des mesures annoncées, nous serons à notre place.

- Propos recueillis par Thomas H.


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Publié le: 12 septembre 2017
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