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L’axe Laval-Changé peut-il être renforcé en cas de victoire de l’avocat-sénateur UDI François Zocchetto aux élections municipales à Laval ? Sa candidature comme tête de la liste - Ensemble, réveillons Laval - qui souhaite ravir la place à l’équipe sortante de l’ancien maire Guillaume Garot, pourrait-elle être gênée ou entravée par des proximités d’intérêts ? Il est possible légitimement de se poser la question. Ce que fait leglob-journal.fr.

Par Thomas H.

En 2000 la Mayenne, et «  l’usine Séché » comme disent les mayennais, accueille Jacques Chirac. C’est « un grand honneur » pour Joël Séché, le patron du Groupe Séché Environnement qui a construit petit à petit sur la commune de Changé un espace dédié au tri, pour finalement devenir un groupe incontournable dans le secteur du traitement des déchets. Une « sacrée réussite ».

Pour le jeune chef d’entreprise de l’époque qui avait repris en 1984 la petite entreprise familiale de travaux publics, la venue quinze ans plus tard du président de la République visitant son « usine » équivalait à une « reconnaissance pour une entreprise bien mayennaise ». Rebelote en 2011. Cette fois avec Nicolas Sarkozy. Pour l’inauguration d’un centre de tri de type modulable.

Pour Joël Séché, qui a su s’entourer efficacement d’un réseau, qu’il a entretenu depuis son appartenance à la Jeune Chambre Économique, « la Mayenne est le phare de son entreprise et restera toujours le phare ». Sauf, qu’entre temps il a eu, et c’est normal, des envies de croissance externe.

La montagne Séché, reboisée, plantée et qui cherche à se fondre dans la nature - (c)leglob-journal.fr

En 2002, il décide de se porter acquéreur de TREDI, c’est une entreprise spécialisée en matière d’incinération et de traitement des déchets dangereux, notamment les PCB. Comme ceux rejetés dans le fleuve Rhône qui ont pollué jusqu’au delta de la Camargue, ou ceux d’Aprochim qui ont affecté le secteur du village de Grez-en-Bouère dans le Sud de la Mayenne. Huit ans plus tard, la communauté urbaine de Strasbourg décide de lui confier la gestion de son incinérateur dans le cadre d’une délégation de service public. Une filière est créée et baptisée Sénerval. Enfin, Séché Environnement est délégataire pour la réhabilitation de la décharge de la Gabarre en Guadeloupe.

En Mayenne, dans son usine de traitement des déchets basée à Changé dont le maire est Olivier Richefou, Joël Séché produit de l’énergie grâce au biogaz, un gaz naturel issu des ordures ménagères et qui est donc valorisé. Bien vu !

Les déchets sont enterrés, ce qui forment à la longue une « petite montagne où l’on pourra bientôt faire du ski dessus » s’amusent les habitants qui craignent aussi pour la préservation des nappes phréatiques et du point de captage de l’eau potable das la rivière Mayenne pas très loin. La production de gaz équivaudrait à la consommation de l’équivalent de 40 000 habitants. Et les odeurs incommodent ceux de Changé, la ville toute proche, qui s’en plaignent quelquefois.

Mais revenons à François Zochetto, avocat et sénateur UDI qui ne « ne conçoit pas le rôle de maire comme un travail solitaire ». En attendant l’issu du scrutin, il est candidat à la mairie de Laval pour la liste « Ensemble, réveillons Laval » et il a déjà prévenu sur son blog de campagne : « si les électeurs lavallois nous font confiance et nous donnent une majorité au conseil municipal, et si je suis élu maire, je ne percevrai pas l’indemnité qui est attachée à la fonction. » Soit, mais il n’en aura pas besoin.

Son épouse Juliette Aubert travaille pour le compte de Joël Séché. Voilà une partie de l’axe qui pourrait relier directement Laval - la ville centre, la capitale en quelque sorte de la communauté de communes Laval-Agglomération - à Changé si François Zocchetto est élu.

Porte parole de Joël Séché, Juliette Aubert est incontournable quand il est question d’une interview. Voici comment l’épouse du candidat François Zochetto à la mairie de Laval et directrice des relations institutionnelles du Groupe Séché Environnement s’exprimait pour le compte de son patron dans un article paru dans Eco-life.fr

« Depuis sa création, Séché Environnement a été pensé en cohérence avec la nature (…) Joël Séché, fondateur de l’entreprise a été assez clairvoyant et visionnaire sur les enjeux de développement durable de son entreprise dès sa création en 1985 (…) conscients que nos sites peuvent couvrir des surfaces importantes, nous avons toujours voulu être en cohérence avec notre environnement, explique Juliette Aubert qui ajoute plus loin (…) Des biches passent régulièrement devant nos bureaux ».

L’épouse du candidat apparait dans l’organigramme avec comme patronyme Aubert et non celui de Zocchetto. Est-ce pour éviter le mélange des genres ? En tout cas la proximité du parlementaire, Président du groupe UDI au Sénat et de la chargée des relations institutionnelles de Séché pose questions. D’autant qu’une autre proximité existe pour le candidat à la mairie de Laval. Celle d’Olivier Richefou le maire de la commune de Changé, qui est aussi Président de l’UDI en Mayenne. C’est sur sa commune, à Changé qu’est installée l’usine de traitements des ordures ménagère de Séché qui utilise une salamandre sur son site officiel.

Si Olivier Richefou brigue un mandat de renouvellement dans sa commune, il est aussi l’associé de François Zocchetto, intimement liés dans le cabinet d’avocats d’affaires qu’ils ont créé sur Laval aux début des années 90. Le Cabinet ZRA Zocchetto-Richefou Associés. Le site internet le dit clairement : le cabinet est là pour « conseiller et assister des entreprises, des collectivités mais aussi des particuliers [...] etc. » Peut-il y avoir des soupçons de conflit d’intérêts ?

Intérêts, le groupe Séché Environnement en a. Au moins un : s’il « préserve la nature », il aime à le faire savoir ce qui est normal, il a aussi besoin d’espace vital. Il lui faut des terres et des terres agricoles pour pouvoir s’étendre. Et prospérer, car les déchets s’accumulent.

Ainsi l’entreprise de Joël Séché a acquit les 17 hectares de l’ancien parc des alcools situé à Longuefuye, c’est un petit village situé à quelques kilomètres de Grez-en-Bouère. L’inquiétude sur place a prospéré en raison du manque d’informations sur les intentions du Groupe Séché. Et puis on devait apprendre que le groupe Séché devait transformer ce site de 17 hectares en « zone de transit ». Pour « y stocker temporairement du mâchefer en provenance de la région Rhône-Alpes » où se trouvent notamment d’autres activités du groupe Séché environnement. Bon. Sur place les habitants inquiets avaient voulu se fédérer en association pour avoir plus de poids auprès du Groupe Séché et des décideurs politiques.

Alors questions ! Comment se passent les acquisitions de terrains nécessaires à l’extension de toute activité, quelle soit industrielle ou artisanale ? Qu’en est-il pour celles dédiées au traitement des déchets ménagers enfouis dans le sol ? N’est-il pas préjudiciable que des proches, femme ou fils de responsables politiques, soient rémunérés par des entreprises qui ont besoin des services de ces derniers ? Est-ce un moyen pour l’entreprise de s’acheter une tranquillité ? Est-ce un moyen d’assoir une situation stratégiquement avantageuse de part et d’autre ?

Autant de questions, et bien d’autres encore, qui par leur absence de réponse, gênent manifestement le bon déroulement de la démocratie qui doit être transparente. Localement mais pas seulement.


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Publié le: 8 février 2014
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