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L’inquiétude me ronge en cette veille de premier tour. Plus qu’en mai 2007, parce que l’état d’urgence est activé. Non parce que les temps sont troublés mais parce que cette urgence est dévoyée par sa permanence et son inadéquation. Au soir des résultats définitifs, je ne veux pas avoir à me dire « La République est morte, vive la République ! » parce qu’à son décès, une certaine dictature molle ou dure prendrait sa place, toujours à cause de ces lois dites sécuritaires qui privent de liberté, sûrement, sans aboutir à la tranquillité et à la sécurité auxquelles chacun est en droit d’aspirer.

Car après tout, qu’est-ce que’ « être en République » ? C’est tendre vers un projet de société, actuellement résumé dans une devise « Liberté, Égalité, Fraternité  », servi par un contrat social, cette constitution à laquelle tout le monde adhère, y compris même parfois pour la contester parce que ses opposants utilisent ses rouages pour la dénoncer, au lieu de perpétrer des actions violentes.

- Par Cassandre

Aussi actuellement, nous vivons dans le désenchantement. Chacun se permet de retirer ses billes. Vous avez peut-être en exemple le cas d’un proche trichant « modestement » sur ses impôts, frôlant les zones grises du droit. Peut-être vous plaignez-vous du manque de mobilisation sur les temps citoyens (réunions de quartier, consultations locales...), de la fin du militantisme (associatif en général, politique en particulier), de l’abstention électorale, enfin pour les plus « engagés  », de la difficulté à constituer une liste de candidatures pour les scrutins de liste, sans même insister sur la parité hommes/femmes, etc.

Le désenchantement entraîne le dévoiement du projet collectif de société

La Liberté individuelle d’agir et de s’exprimer devient de l’Individualisme, l’Égalité se transforme en revendications catégorielles et la Fraternité en communautarisme, engendrant, l’air de rien, une certaine forme de schizophrénie puisqu’il faut à la fois réussir à être sa propre unité de référence … et s’inclure dans un groupe contraignant.

Ce qui avait fait la richesse et l’innovation de la philosophie des lumières face à l’Ancien Régime s’éteint progressivement depuis des années. De quelle manière ? Par le défaut d’intégration des nouvelles générations, d’assimilation des migrants de tous bords, d’insertion sociale des personnes, au motif que certains s’envisagent plus « égaux » que d’autres. Par le défaut d’éducation, puisque l’école n’est plus un creuset dispensateur d’un fond culturel commun, sans pour autant devoir proposer un « roman national » où tout le monde a des ancêtres Gaulois.

Pourquoi ce changement ? Parce que la quête du progrès a été balayée au nom de l’économie. Quand tout à la fois l’ambition de libérer les gens de la superstition et de la servitude intellectuelle, et de promouvoir l’Homme raisonnable et citoyen s’inclinent devant l’exigence de limiter la dépense pour réduire l’éducation nationale à une sorte de formation professionnelle, alors les esprits se vident des valeurs non marchandes qui enrichissent pourtant les personnalités.

l’Homme est un animal grégaire mais le partage et l’égalité ne vont pas de soi

L’individu se doit alors d’être professionnel et performant, ne pas représenter une charge et apprendre à payer ce qui était, rappelez-vous, « autrefois » un « progrès » : le service public. Ce service qui se satisfait de 5 % de frais de fonctionnement pour 95 % de bénéfices pour tous et où aujourd’hui le bénéficiaire devient de plus en plus un usager-consommateur. Mais qui s’en souvient ?!

Visiblement, l’Homme est un animal grégaire mais le partage et l’égalité ne vont pas de soi. Pourtant, la vie en groupe permet à chacun de se sociabiliser. La vie urbaine oblige à la tolérance. L’exemple des grandes civilisations en témoigne. C’est toujours l’égoïsme des élites, l’oubli des bienfaits issus de la mutualisation, qui fragilisent les organisations humaines. Qu’il existe chez des « voisins » une catastrophe plus importante causant l’afflux en masse de populations fragiles et voilà que survient le risque de déstabiliser ce qui reste du système. Les motifs des migrations sont divers (guerre, misère, famine) mais c’est toujours le besoin d’améliorer leur sort qui motive les gens. Que faire alors quand on s’oppose à cette possibilité, qu’on vous le refuse ? Cela se passe mal, forcément !

Et c’est là que l’on comprend mieux l’offre politique qui nous est faite pour ces élections présidentielles. Face et revers d’une même monnaie, le discours communiste confronté à la version libérale parle d’un système arrivé au bout d’une logique égoïste et confiscatoire de cette part de la richesse créée par le travail. La nouveauté vient de la mondialisation qui permet à des multinationales de disposer d’un budget parfois plus important que celui d’Etat, dont les élites politiques sont quelques fois les transfuges ou les bénéficiaires.

Les propositions écologistes, elles, oublient parfois qu’il ne faut pas opposer l’Homme à la Nature, que tout le monde a le droit à sa part de bonheur dans la diversité. Les plus modestes doivent d’abord parvenir à satisfaire des besoins de base avant de s’inquiéter du reste du monde. Il faut avoir le ventre plein et l’avenir assuré, être serein pour se transcender.

Je vous épargne les propositions des candidats opportunistes : catastrophistes pour jouer sur nos peurs, beaux parleurs pour prétendre que tout le monde aura sa part alors qu’ils veulent profiter eux-mêmes de l’instant. Enfin, les conservateurs. Ils vont bien, eux, et vous assurent que rien ne doit changer ou que tout doit redevenir comme « avant  », de préférence celui d’un « âge d’or », souvenir déformé d’un roman duquel vous n’êtes pas le héros mais le faire-valoir. Et comment revenir à l’ancien temps quand justement tout a bougé tout autour ?

De la recomposition du paysage politique français.

Depuis 2007, les partis politiques, peinant à mobiliser des militants, et des votants, cherchent une nouvelle légitimité. Création de structures, rénovation de l’offre ou simple « ripolinage  » de partis, voire mise en place de primaires, tout est fait pour rester dans la course, ou pour exister, tout simplement.

Et cela marche. Cela suscite l’espoir et un certain enthousiasme de la part d’électeurs pas encore trop démotivés ou espérant encore être entendus par les cadres de partis. Cependant, de réelles tensions traversent les structures partisanes. Cela craque selon un plan vertical mais aussi de façon horizontale.

Verticalement, la guerre des chefs est vive, faute de renouvellement des « élites », des élus, favorisée par le cumul des mandats et amplifiée par la décentralisation. Certains ont même pour spécialité de passer d’un mandat à l’autre en cours de mandat pour toujours être en poste quelque part, devenant tour à tour, maire, conseiller départemental ou régional, parlementaire, etc. De façon transversale, ce sont les enjeux politiques, les choix de société qui clivent. Principalement, les gros points de crispation sont l’Europe et l’Écologie voire le modèle social. Curieusement, la Démocratie reste absente des débats alors qu’elle est un enjeu crucial.

Pourtant, on la retrouve induite avec la problématique sur la sécurité (l’état d’urgence, le code de défense, etc.), le droit de vote (des moins de 16 ans, des étrangers à l’UE) ou pour les conditions d’accès à la candidature suprême (les parrainages, le temps de paroles dans les médias, la distribution de la propagande, etc.).

La nouveauté de la campagne présidentielle 2017 sera le vol en éclat des anciennes pratiques et des règles communément admises

Comment ne pas assimiler le personnel politique à de grands féodaux usant parfois de basses pratiques quand les journalistes parlent « d’arène politique, de joutes oratoires, du candidat et ses barons  » et que la parole donnée à soutenir tel ou tel ou à se retirer en cas de suspicion n’est pas suivie d’effet ?

La rupture est véritablement consommée entre les électeurs, la Nation et ses représentants. À la lecture de trop nombreux sondages, les candidats les plus en vue ne passent même pas les 25 % des suffrages. L’abstention et le vote blanc, non retenus pour établir un quorum, constitueraient le premier parti de France, c’est dire le manque d’adhésion aux projets présentés !

Les électeurs deviendraient « volatils », consommant les candidats comme un vulgaire produit marketing, au gré des effets d’annonce programmatique. Nous assisterions donc à l’expression de la somme des égoïsmes en dépouillant les bulletins et non pas l’expression d‘un choix de société.

Schizophrénie entre le vote extrême et l’abstention !

Ce qui relevait encore de l’anecdote à la fin des années 90, dans le cadre des élections européennes, favorisée par le scrutin proportionnel, est devenu un mouvement de fond. Le vieillissement de population d’un quartier, la recrudescence de certains délits plus ou moins médiatiques suscitant un sentiment d’insécurité n’explique pas tout. Le rejet des « Autres » devient un argument d’adhésion « ceux-là, on les a pas encore essayés !  ».

Parfois, c’est la richesse de l’offre qui décourage ! « On ne sait plus qui ou quoi choisir », comme si trop de choix tuait le choix ! Que deviennent alors la réflexion, les convictions profondes ? La politique n’est pas un produit de consommation courante et le renoncement ne fait que laisser aux autres la possibilité de choisir à votre place !

Il ne faudrait pas que dans l’affolement, quand les arguments partent dans tous les sens, nous assistions à un choc frontal pour ne pas dire frontiste comme un recours aux solutions extrêmes et faussement simplistes dispensées pas les mouvements populistes !


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Considérations citoyennes en fin de campagne - Par Cassandre

Publié le: 22 avril 2017
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