| Retour à la Une
leglob-journal
Journal d'informations, d'investigations, d'analyses et d'opinions sur la Mayenne

Il est des affaires qui prennent une accélération soudaine et qui sont de nature à générer un maximum de ressenti négatif. Parce qu’elles touchent à la santé et à l’intégrité physique de personnes faibles par nature, comme peuvent l’être les nourrissons. Cette affaire du lait contaminé à la salmonelle découverte en 2017 chez Lactalis, et qualifiée d’ « évènement majeur » par Michel Nalet, le porte parole de la multinationale mayennaise, en fait partie. Avant d’être entendu par les pouvoirs publics, Lactalis a organisé une prise de parole devant la Presse.

- Par Thomas H.

Escalade. Et responsabilités partagées. On se refilerait presque le bébé. On note toutefois l’absence du PDG de Lactalis qui aurait dû prendre la parole lui même tant le dossier est lourd, « 13 millions de boites de lait rappelées » à travers le monde, et qui préfère faire intervenir Michel Nalet, celui qui la porte avec parcimonie depuis 28 ans dans le groupe d’Emmanuel Besnier.

Escalade et prise de conscience. Des politiques au niveau national demandent l’ouverture d’une enquête parlementaire après qu’une enquête judiciaire ait été déjà ouverte par le parquet de Paris. Escalade encore dans le nombre d’enfants malades ; une trentaine selon les autorités, beaucoup plus « au moins 200 », selon le président de l’association des familles victimes Quentin Guillemain.

« 58 000 appels au n° vert »

Escalade toujours, dans la médiatisation et la désignation de la responsabilité. Voilà que le ministre de tutelle, celui de l’Économie et des Finances s’exprime en estimant que « Cette affaire est grave […] L’État s’est substitué à une entreprise défaillante dont je rappelle qu’elle est la seule responsable de la qualité et de la sécurité des produits mis sur le marché », déclare solennellement Bruno Le Maire. « Nous nous excuserons jamais assez » avance pour sa part d’entrée de jeu Michel Nalet depuis le siège Lactalis à Paris évoquant les « 58 000 appels de familles au total sur le numéro vert mis en place  […] avant d’être des collaborateurs du groupe, nous sommes tous des parents et des grands parents, et nous pensons à eux[...] ».

Le matin même le ministre avait pointé du doigt la multinationale : « C’est la responsabilité de l’entreprise de produire des laits de bonne qualité, et c’est de la responsabilité de l’État de contrôler cette production  ». Bruno Le Maire en a profité pour ouvrir un peu plus le parapluie en annonçant 2 500 nouveaux contrôles qui seront effectués dans la semaine à venir par la répression des fraudes (DGCCRF).

L’objectif, a confié Bruno Le Maire, c’est de « vérifier que tous les lots susceptibles d’être contaminés par des salmonelles ont bien été retirés de la vente ». Il était temps car autant de contrôles, soit « 2 500 » selon le ministre ont permis de repérer une petite centaine d’établissements, comme des magasins, grandes surfaces, pharmacies, hôpitaux et crèches qui possédaient encore des boites de lait en poudre dans les rayons. Autant de boites de lait potentiellement contaminées qui auraient pourtant dû avoir été retirées de la vente. Les grandes enseignes se défendent en parlant de « gestion chaotique de Lactalis  » ; Intermarché décidant même de retirer de ses rayons tous les produits de la multinationale.

Pour Michel Nalet, sans reconnaître la responsabilité de Lactalis de façon formelle, « le groupe s’est parfaitement mobilisé et a travaillé d’arrache-pied et nous devons trouver une explication » à la présence de cette bactérie dans l’usine de Craon.

« L’affaire est grave »

« L’État s’est substitué à une entreprise défaillante...  » Le puissant ministre, locataire de Bercy, accuse pourtant encore un peu plus que dans son premier communiqué, celui du 9 décembre dernier, le groupe Lactalis, le géant laitier. À chacun son rôle semble dire le ministre et les moutons seront bien gardés. Mais à présent que le mal est fait, Michel Nalet estime que « dans le futur il va falloir regagner la confiance de nos clients, et des pouvoirs publics […].

« L’affaire Lactalis est grave pour Emmanuel Macron et a donné lieu à des comportements inacceptables qui devront être sanctionnés. » Le président de la République s’est vu obligé depuis Rome où il est en déplacement, de sortir de sa réserve sur un dossier hexagonal en souhaitant rappeler aussi que « oui, l’État français était en mesure d’assurer la sécurité alimentaire  ». Il faut dire que le chef de l’État était au pays de la mozarelle et de Parmalat, le groupe laitier n°1 italien, qui est tombé dans l’escarcelle du français Lactalis. « Sanctions » : quand un journaliste évoque ce mot prononcé par Emmanuel Macron au porte-parole de Lactalis, celui rétorque « notre groupe agit depuis le début comme un groupe responsable ».

« Entreprise défaillante »

Un ministre et un Président qui accusent. Et dans le même temps, les mêmes qui volent au secours des fonctionnaires qui ont fait leur travail, et les mêmes qui officiellement estiment que l’entreprise est « défaillante ». Un mot que n’a pas souhaité commenter Michel Nalet qui a répété à plusieurs reprises que depuis le rappel des lots, « 6700 visites pour accompagner ces retraits massifs auprès des clients ont été mises en place  ».

Lactalis parle. Lactalis s’exprime, mais pas son PDG qui brille encore par son absence. Commentaires aussi pour un autre ministre celui de l’agriculture. Il faut dire qu’on a vécu une période de «  silence assourdissant  » comme l’avait remarqué sur leglob-journal Quentin Guillemain le président de l’association des familles victime du lait contaminé à la salmonelle. Pour Stéphane Travert qui monte lui aussi au créneau dans cette affaire où le monde agricole et la filière laitière sont mis à mal, « les services vétérinaires seront particulièrement vigilants sur les conditions de reprise de l’activité du site » Lactalis de Craon en Mayenne. Une usine sous haute surveillance, où « deux analyses ont été positives cette année en environnement, selon Michel Nalet ; les 22-23 août et le 5 novembre. Mais jamais, a t-il affirmé devant les journalistes, il n’y a eu de résultats positifs à la salmonelle à Craon avant ces dates. » Pourtant en 2005, soit un an avant le rachat de de l’usine craonnaise Célia par Lactalis, un épisode salmonelle avait déjà défrayé la chronique.


Réagir

Contraint de s’expliquer, Lactalis organise une sortie du silence

Publié le: 11 janvier 2018
- Lire aussi d'autres articles de la rubrique: leglob-mayenne
Industries Santé Agroalimentaire Lactalis LactalisDossier
Acteur et vecteur de la Pensée critique en Mayenne : leglob-journal
A lire également sur votre Journal en ligne
leglob-journal, votre journal indépendant en ligne - Informations, Analyses, Opinions en Mayenne - Nous contacter : redaction@leglob-journal.fr
© leglob-journal 2018 - Mentions légales - Editorialisé avec SPIP - se connecter - RSS RSS