Dans les tuyaux à l’Hôpital de Laval, une grève de 24 H reconductible

 

tribunelibrenew-18.jpgUn mouvement de grève illimitée et reconductible à partir de mercredi 24 Janvier 2017 au centre hos-pitalier de Laval. À l’appel de la CGT et de FO qui devaient rencontrer le directeur de l’hôpital et le Maire de Laval ce lundi 22 janvier. Avec des revendications précises en tête, « réouverture de lits aux urgences et ceux liés aux coupes budgétaires ;  personnel en nombre pour des conditions de travail humaines ; locaux et matériel adaptés au flux des patients et qui répondent aux normes de sécurité ».

– Par la CGT et FO.

Leglob-journal qui a souvent évoqué dans ses colonnes les difficultés rencontrées dans le monde médical lavallois et mayennais a reçu ce texte signé par les deux syndicats. Il en publie aujourd’hui, à trois jours du début de l’appel à la grève, de très larges extraits. Dans un souci d’éclairage.


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Face à la situation critique dans laquelle se trouve l’hôpital de Laval […] désormais plus tenable.[…] les sections syndicales CGT et FO sont inquiètes, [et] ne cessent de tirer la sonnette d’alarme, oeuvrant pour la recherche de solutions. Mais les réductions capacitaires des lits, [celles] de personnel, les décisions managériales controversées, le virage ambulatoire, etc., tout ce qui aura été possible de mettre en œuvre pour réduire un déficit chronique aura été réalisé.

 

Le constat est bel et bien là : quatre millions de déficit pour l’exercice 2017, et cinq millions prévus pour l’exercice 2018. L’addition devient lourde dès que l’on ajoute les huit millions de passif déjà existants.

À la fin de cette année, c’est donc dix-sept millions de déficit, alors qu’à l’arrivée de M. Pors [Directeur de l’Hôpital de Laval, NDLR] nous connaissions un déficit de 11 millions !

Aujourd’hui c’est […] l’ensemble du personnel du Centre Hospitalier de Laval qui doit encore faire face aux situations critiques, voire apocalyptiques, qui fait face aux patients, à leurs familles et aux nombreuses plaintes.

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Une grève, avec un rassemblement devant l’Hôpital de Laval en Juin 2016

L’exemple est frappant aux urgences, service vitrine de l’établissement ; il est dégradé, tout simplement à l’image de l’ensemble de cet hôpital : délaissé ! Depuis 2012, les personnels et les syndicats CGT et FO se sont fortement mobilisés, ont alerté, et se sont battus. […] Et aujourd’hui à quoi assistons-nous ?

À des locaux inadaptés : des locaux ouverts en 1992, conçus pour accueillir 65 passages par jour, et qui accueillent désormais 90 patients par jour en moyenne, avec des pics à 130 passages certain jour. Depuis quand, un couloir devient un lieu de soins décent ou s’entreposent brancards et lits, où les patients demeurent parfois 72 heures dans l’attente d’un lit ? [Ce fut le cas durant le weekend des 6 et 7 janvier 2018 et les médecins s’en sont inquiétés, NDLR]

hopitaltribunecgtfocitation.jpgLa sécurité aussi bien pour les patients que pour le personnel n’y est plus assurée. L’intimité […] n’existe plus. […] Un personnel au bord du précipice qui chaque jour fait preuve d’une abnégation sans nom pour offrir des soins de qualités, mais avec les moyens du bord, contraints aux coupes budgétaires imposées. Réaliser des toilettes avec des alèses est une obligation pour offrir un soin d’hygiène, ne pas pouvoir donner un repas, entreposer les patients dans les couloirs, ne pas pouvoir répondre à la demande immédiate, parfois même offrir une couverture, tout cela devient impossible… […]

 

L’impact sur les autres services n’est pas moindre. Obligation de réaliser des turn-over de patients ; ordre et contre-ordre dans la même minute ; travailler la boule au ventre et se dire que l’on ne souhaiterait pas être à la place du patient ; entendre les plaintes… À cela notre direction entend, mais n’agit pas dans ce sens commun qu’est l’humanitude. Au contraire, elle nous assomme d’injonctions contradictoires, de procédures désuètes ; prend des décisions absurdes, et impose ses choix et ses vues sans concertation…

Un personnel médical et paramédical à bout

Ne nous trompons pas, comme les autres personnels de l’établissement, le corps médical […] aussi est confronté à la pénibilité continue et continuelle. Lui aussi constate la dégradation du monde hospitalier. Lui aussi évoque la déshumanisation des soins. Lui aussi se mue dans la contrainte et l’obligation de faire sans moyen. Lui aussi doit toujours faire plus avec moins, et sous la contrainte. Le serment d’Hippocrate est quotidiennement remis en cause, leur sécurité n’est pas assurée, et leurs remarques non retenues. Et trop souvent, c’est la fuite vers d’autres horizons, sans doute moins austères, vers lesquelles ces praticiens s’orientent.

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Un débrayage assez peu suivi, il y a quelques mois à l’arrière

C’est […] à notre direction à qui nous adressons nos voeux. Nous voulons désormais être entendus. Nous ne voulons plus de ces débats stériles. Nous voulons qu’avec les représentants des usagers – car eux aussi sont concernés -, il existe enfin un réel dialogue constructif, autour des réelles difficultés, et des solutions à apporter. Nous voulons qu’un réel dialogue social s’installe, car nous sommes les acteurs du quotidien, nous sommes responsables, et nous ne voulons plus travailler dans ses conditions déshumanisées, et vide de sens!

hopitaltribunecgtfocitation2.jpgC’est également vers l’ARS (Agence régionale de Santé) que nous dirigeons nos vœux. Écouter n’est pas entendre ! Nous voulons qu’enfin un projet cohérent et humain soit porté et supporté par cette institution. Arrêtons de nous méprendre, la situation de la santé des mayennais nous semble trop préoccupante pour qu’elle soit ainsi sous-estimée, voire ignorée. L’hôpital doit aujourd’hui répondre à la demande de soins d’un « désert médical », mais sans moyen supplémentaire, comment réaliser ces actes qui obéissent à notre devoir moral et à la loi régalienne.

C’est aussi vers nos politiques que nous nous tournons pour que eux aussi se mettent dans l’action, nous soutiennent enfin comme ils devraient soutenir toute institution portant les valeurs de notre République.

C’est aujourd’hui que nous souhaitons obtenir un début de réponse pour l’ensemble des agents. C’est aujourd’hui que vous devez vous engagez autour de réformes porteuses pour notre établissement, et qui sont conformes aux attentes à la fois des agents mais aussi des patients et usagers. Que des projets porteurs autour d’unités de premiers recours soient ainsi étudiés.

lettreguiillemetsfrancaisfermeture-5.jpgNous pensons ainsi au SAMU dont la vétusté, l’exiguïté, et la promiscuité des locaux soient réévalués ; au service de réanimation dont le déménagement provisoire perdure ; au service de Néphrologie-dialyse qui souhaite développer une activité dont nombre de patients pourraient ainsi bénéficier directement, et tant d’autres.

Nous attendons des réponses humaines pour un travail autour de l’Homme, pour l’Homme et effectué par des Hommes. La mécanisation de notre art n’est pas encore à l’ordre du jour, alors n’omettez pas les valeurs auxquelles sont attachées tous les soignants de cet établissement, et tous les soignants de France !

(c) Photos leglob-journal

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