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« Je salue une vraie dynamique d’accueil dans le département  » a déclaré Frédéric Veaux, le préfet de la Mayenne en faisant le point ce lundi 24 octobre 2016 sur les conséquences du démantèlement de la Jungle de Calais pour la Mayenne. 70 hommes isolés seront hébergés au centre lavallois de l’AFPA et une cinquantaine dans l’ancienne maison de retraite de Sainte Suzanne. Imprécision du nombre, parce que c’est à l’ouverture des portes du bus que le comptage est effectué, comme à chaque fois. Ces deux points d’hébergement en Mayenne, Laval et Sainte-Suzanne sont ce que les pouvoirs publics appellent des CAO, des Centres d’accueil et d’orientation.

Par Thomas H.

Il y a les CAO, mais il y a aussi l’accueil qui se fait déjà dans des communes comme à Landivy, Bais ou Laval. « Dans ce cas on ne parle pas de CAO », seuls l’AFPA et l’EHPAD (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) de Sainte-Suzanne sont dédiés à cette fin. « Ce ne sont pas des centres de tri », surtout pas, se reprend le préfet, « ni de détention, ni de rétention, mais bien un endroit où le réfugié se pause et est orienté éventuellement comme demandeurs d’asile. »

Le préfet de la Mayenne, au centre

En Mayenne à Sainte-Suzanne, la petite commune et son château, fer de lance de l’activité touristique de la Mayenne est tournée pendant la belle saison vers la valorisation du patrimoine et l’accueil de petites vagues de touristes. Elle est d’ailleurs présentée par le Département comme emblématique de la Mayenne ; elle est pourtant située sur un promontoire rocheux, véritable exception géographique dans le département.

Sainte-Suzanne, « l’un des plus beau villages de France » selon France Télévision va donc s’enrichir d’une cinquantaine de réfugiés en provenance de la Jungle de Calais. Ils seront hébergés dans l’ancienne maison de retraite qui avait été fermée pour non conformité - c’est la raison qui avait été avancée - il y a quelques mois. Fermeture sur décision du Département et de l’Agence régionale de Santé. Ce qui avait provoqué une certaine grogne parmi la population. Non conforme pour un public, cela le devient pour d’autres.

Selon le préfet de la Mayenne une enquête est en cours après la découverte d’inscriptions sur le mur de l’ancienne maison de retraite du village ; « GO HOME  » écrit à la bombe, en lettres noires majuscules. Une montée en puissance du refus de voir des étrangers près de chez soi. Une provocation. Une façon de souffler sur les braises de l’identité nationale.

Sainte-Suzanne, si on pouvait en rire, est donc la petite cité qui, au propre comme au figuré, ne manque pas de caractère. Déjà, lorsqu’une première vague de réfugiés en provenance de Calais avait été installée à l’époque dans le VVF, le Village Vacances de France, des voix s’étaient élevées - doucement mais sûrement - pour voir d’un mauvais œil leur installation. Même s’ils se trouvaient loin du centre du village et que les « étrangers  » ne sortaient pour ainsi dire peu ou pas du tout, ils avaient été présentés comme un danger potentiel.

Un cran a été franchi. On est passé en cette automne 2016 à une vitesse supérieure. Une manifestation a été organisée devant l’EHPAD désaffecté, elle a été largement médiatisée. Des tracts ont été distribués par le FN qui, comme il se doit, n’en perd pas une miette et instrumentalise la peur et la haine vis-à-vis des ces populations. « La haine que les cœurs conservent au dedans, nourrit des feux cachés, mais d’autant plus ardents » peut-on lire dans le Cid de Corneille.

Dans un communiqué récent le députe PS Guillaume Garot évoquait le Front national sans toutefois le nommer et souhaitait que « tout soit fait pour apaiser les craintes. Les préjugés doivent être démontés et le rejet combattu. Leur exploitation politique est indigne. Il est de la responsabilité de tous, en Mayenne, de faciliter la situation, de favoriser le dialogue, la compréhension, dans le respect des règles et du droit. Notre département est attaché aux valeurs humanistes d’ouverture et de respect. Nous devons y rester fidèles.  » Les autres parlementaires ne nous ont pas envoyé leur communiqué.

«  J’ai le devoir d’accueillir, dans ce département, un certain nombre de migrants. Je dois trouver des locaux offrant les meilleures conditions pour eux et pour la population.  » avait justifié Frédéric Veaux le représentant de l’État aux élus du conseil municipal, un peu remontés, lors d’une réunion officialisant la venue des "habitants" de la jungle de Calais dans la petite cité médiévale.

Cette fois, à froid dans un point presse, Frédéric Veaux s’est félicité devant les journalistes de l’existence d’une « vraie dynamique d’accueil en Mayenne, département qui prend tous sa part dans les Pays de la Loire  » a-t-il dit. La Mayenne qui pourrait même prendre plus, si des structures d’accueil, comme il en existe en Vendée, étaient disponibles.

« Une centaine d’hommes isolés  » en provenance de Calais, « c’est de cet ordre de grandeur-là en Mayenne ». Et Frédéric Veaux d’ajouter « Deux autres lieux avaient été envisagés comme CAO, comme Centre d’accueil et d’Orientation – je rappelle que depuis un an 164 CAO ont été mobilisés sur le territoire national dans 80 départements ; 5 500 personnes y ont trouvé un endroit digne, avec un accompagnement social et administratif pour entreprendre leurs démarches. »

Ces deux autres endroits évoqués sont Torcé-Viviers-en-Charnie et la Fontaine au Bac - un centre de rééducation physique et fonctionnelle mais désaffecté et inutilisé depuis 2008 - il aurait nécessité six mois de travaux pour accueillir les réfugiés en provenance de Calais. «  Et comme il fallait faire vite... » La fontaine au Bac est « loin de tout », certes évoque-t-il dans un léger sourire, mais trop loin ; et en plus se pose la question du financement des travaux.

Un petit papier vient d’être tendu au préfet par une de ses collaboratrices qui entre dans la salle lambrissée où se tient la conférence de presse. « C’est l’horaire du car, dit le représentant de l’État en Mayenne. On me fait savoir qu’il est parti de Calais à 15 H 08, et il lui faut environ 5 heures pour rejoindre Sainte-Suzanne ».
« Un autre car partira demain, Mardi 25 octobre pour rejoindre Laval » annonce Frédéric Veaux. Ils seront hébergés à l’AFPA « où la capacité d’accueil initialement de 30 places a été portée à 70 places dans le cadre du démantèlement du campement de Calais.  »


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Démantèlement de Calais : « La Mayenne prend sa part »

Publié le: 25 octobre 2016
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