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A une semaine d’un scrutin qu’on présente à juste titre à haut risque, la France des cantons se retient. Elle ne montre pas d’intérêt pour cette élection. Pourtant plus de quatre mille conseillers départementaux doivent être élus en France au sortir des urnes. Ils le seront pour un mandat de six ans. Cette fois-ci, et c’est assez exceptionnel, les candidat-e-s qui seront élu-e-s les 22 et 29 mars prochains seront renouvelé-e-s sur l’ensemble des cantons. Des entités administratives qui on été récemment redécoupées comme ont dit souvent de façon “bizarroïde”, et dont le nombre a été réduit de moitié.

- Par leglob-journal

Tout semble indiquer que c’est l’abstention qui risque d’être d’abord la grande gagnante de ce scrutin. Elle devrait être massive selon les sondages réalisés sur les intentions de se déplacer ou non pour aller rejoindre dimanche le bureau de vote.

« Je n’irai pas voter, car cela ne sert à rien », dit cette femme dans ce quartier populaire de Laval qui rajoute « ou bien si j’y vais, je voterai pour le FN ». La réplique est aussi cinglante que la question était simple. Car il faut bien reconnaître que ce scrutin départementale prend des allures de sondage électoral national parce qu’il se déroule dans un contexte politique très agité avec de très nombreuses colères rentrées et des frustrations à la fois démocratiques et sociales.

Le risque de la méconnaissance des enjeux départementaux est grand. Le repli sur soi et la peur de l’autre, l’absence d’intérêt pour la chose politique, le travail de sape de partis qui détruisent les bases de la perception de leur appartenance et de leurs valeurs politiques, c’est tout cela et bien d’autres protestations qu’il faut entendre derrière cette envie de s’abstenir de voter.

C’est également la faute, mais dans une moindre mesure - s’il fallait trouver un responsable immédiat - au législateur qui n’a pas fait le maximum pour rendre "la chose" lisible. C’est d’ailleurs d’autant plus risible, serait-on tenter de dire, que les électrices et les électeurs, sont invité-e-s à se rendre aux urnes, alors même que les règles du jeu politique ne leurs sont pas franchement connues.

Le département - on sait surtout ce que c’est en milieu rurale, comme en Mayenne par exemple - a été sauvé de justesse d’une disparition annoncée. Aussi la collectivité territoriale se trouve dans une situation où si ces grands contours sont encore là, en revanche les éléments de contenu restent flous. L’électeur, et l’électrice, ne sait pas comment tout cela devrait être amené à évoluer.

Ils savent que les nouveaux conseils départementaux auront des responsabilités, car nous n’élisons pas des candidats qui s’engagent à ne pas en avoir, ni à ne pas les assumer. Il leur semble comme dans les anciens Conseils généraux que les questions qui sont regroupées sous le vocable « social » en feront partie. Comme, les routes, ou bien la redistribution des aides en faveur de la protection de l’enfance et des personnes âgées.

Pourtant les enjeux politiques d’un tel scrutin sont symptomatiques d’un changement. Grâce à la mise en œuvre effective et obligatoire, sans plus aucune dérogation possible, des lois sur la parité, c’est-à-dire l’élection conjointe d’une femme et d’un homme. Les fameux « binômes » comme on a fini par les appeler.

Au delà, il faut bien avoir conscience aussi que les enjeux démocratiques sont importants, même si beaucoup de candidat-e-s produisent en Mayenne par exemple des professions de foi souvent généralistes, avec de grands principes, pavées de bonnes intentions et parfois même “creuses”. Du point de vue de la forme, “le sans-étiquetage” - pratique pour rassembler sans trop cliver - peut se présenter comme un frein à la démocratie politique. Apparaître « masqué-e », derrière le vocable «  Majorité départementale  » alors qu’on est encarté dans un parti politique depuis des années est aussi une tromperie pour l’électeur, tout comme inscrire clairement « sans étiquette » sur le bulletin de vote.

Mais surtout et le plus inquiétant dans ce qui reste bien évidemment une organisation démocratique de la construction politique locale dans notre Pays, c’est le Front national qui s’ancre de plus en plus. Le parti de Marine Le Pen compte bien profiter de ses multiples avancées électorales pour rafler la plus grosse part du gâteau, avec les conséquences graves que cela risque d’avoir sur la mise en place et le respect des droits et même sur l’état des libertés.

Tromper l’électeur et l’électrice, le FN est en tête de cette pratique avec ce qu’on appelle les éléments de langage, comme « Préférence nationale » qui signifie « privilégier le français de souche plutôt que l’immigré ». C’est symptomatique de ce qui est devenu presqu’un jeu « national » auquel il va falloir faire « front ». La « dédiabolisation » d’un coté, « la droite décomplexée » de l’autre et le « social libéralisme » à gauche, tous ces abandons sont préjudiciables.

Le pire dans tout ça, ce serait que l’électeur potentiel se désintéresse des enjeux qui demeurent cacher derrière ce qu’il faut bien concevoir comme un désamour vis à vis de la chose politique. Tout en se disant que les éminents périls à venir, finalement « ce n’est pas pour moi ! »


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Départementales : des élections de proximité, pour des électeurs très éloignés des enjeux locaux

Publié le: 14 mars 2015
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