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Il en faut des fils pour le téléphone fixe...(c) Photo leglob-journal L’approche d’une échéance électorale, les sénatoriales pour l’heure, fait invariablement venir sur le tapis le sujet des déficiences de couverture en téléphonie mobile et d’accès à l’Internet dans les parties rurales de notre département de la Mayenne. Il est vrai que les disparités sont une réalité récurrente et que l’évolution des technologies qui font croître les besoins en connectivité de tous, créent insatisfactions, voire sentiments d’abandon.

- Par Michel Renault

L’accès Internet est quasi exclusivement transmis par les câbles téléphoniques posés entre 1975 et 1980 pour permettre à tous d’accéder au téléphone fixe. Au passage rappelons que ce déploiement massif sur tous le territoire national est le résultat de choix politique et que le travail a été fait par un service public d’État, la direction générale des télécoms du ministère des PTT.

« Un déficit d’entretien »

En l’espace de quelques années la France est passée d’un réseau quasi inexistant (fort justement raillé dans le célèbre sketch humoristique Le 22 à Asnières ) à un réseau très performant, à la pointe mondiale des technologies (le premier réseau numérique au monde). Aujourd’hui ce réseau, pour sa partie support physique (les câbles, les poteaux, les tuyaux souterrains) a vieilli. Comme toute infrastructure ou construction, l’entretien régulier et le renouvellement sont indispensables pour maintenir un niveau technique approprié à la fonction : transmettre des données numériques.

Le déficit d’entretien, visible en campagne, en Mayenne avec des fils qui pendouillent, des poteaux couchés, est de fait la situation générale d’un équipement seulement exploité au maximum, sans investissent de maintenance. Ce déficit crée un baisse générale de qualité qui touche en premier lieu les lignes longues donc les parties les plus reculées du territoire.

Alors qui doit faire l’entretien et la maintenance ? C’est l’opérateur héritier du service public des télécoms qui en à l’obligation. Or depuis 1997, il a évolué, au fil de décisions politiques prises dans une belle continuité par les gouvernements qui se sont succédés, pour devenir une société privée. Fini les choix d’investissement pour l’aménagement du territoire, d’autant plus que la concurrence entre opérateurs est féroce.

« Un réseau qui n’est plus adapté aux besoins »

Le réseau construit pour amener le téléphone et le minitel partout supporte les connexions Internet depuis l’explosion de son usage entre 1998 et 2003. La conjugaison des progrès techniques en électronique et en télécommunication ont donné un nouvel usage au réseau téléphonique et chacun s’en est réjoui. Mais la dégradation de ce réseau dans le temps et sa constitution technique initiale font qu’il n’est plus aujourd’hui adapté aux besoins. En 2000 une connexion Internet au domicile délivrant un débit de 2 Mégabits par seconde était considérée comme suffisant. Aujourd’hui ce niveau est exclusif pour la quasi totalité des usages courants (réseaux sociaux, vidéos).

Les smartphones sont des outils fabuleux. En l’espace de quelques années, l’outil est entré dans la vie de toute les générations et de toutes les classes sociales. Or, là aussi les disparités sont grandes pour accéder au services. Si dans les villes le meilleur de la technologie permet à tous de faire de son terminal un support multifonctions, en campagne il faut souvent se contenter de services basiques et encore quant une connexion existe. Alors là-aussi un état des lieux est nécessaire pour démystifier et se dégager du merveilleux des publicités des opérateurs. Cela paraît élémentaire de le rappeler, mais un téléphone mobile est un émetteur récepteur qui est en permanence relié par radio aux émetteurs des opérateurs, les relais de téléphonie mobile. En physique, il n’y a pas de miracle. Les ondes radio se propagent selon des principes physiques. Ainsi la densité des émetteurs sur le territoire et donc de la proximité entre le téléphone mobile et l’émetteur résulte la qualité de la connexion.

Carte des relais de téléphonie mobile pour la partie nord du département de la Mayenne : une densité très inégale et donc inégalitaire

L’observation de la carte d’implantation des émetteurs montre un bonne densité dans les villes et sur les axes de circulation importants et une faible densité en campagne. La téléphonie mobile relève du champ concurrentiel depuis sa création à la fin des année 1990. Chaque opérateur à créé son réseau, qui est là un maillage d’émetteurs pour fournir à ses abonnés des services. Bien évidement les opérateurs ont privilégié le nombre et la rentabilité mesurée en volume et en chiffre d’affaire par pylône construit. Il ne faut donc pas s’étonner de constater des déficiences de couverture en Mayenne.

« 250 millions d’euros pour la Mayenne »

La croissance continue des besoins de connexion numérique est incontournable. Ces besoins sont portés par la création de nouveaux usages rendus possibles par les progrès technologiques. Les capacités des outils de communication vont continuer d’augmenter. La question de la disponibilité et de la qualité des réseaux va par conséquent demeurer.

Les professionnels du secteur des télécoms sont unanimes : le vieux réseau téléphonique a vécu. Il faut le replacer par un nouveau réseau utilisant des supports techniques (fibres optiques) évolutifs pour répondre aux besoins d’aujourd’hui et de demain. Or, il faut pour cela, consentir un investissement important. Les experts raisonnables estiment qu’il est de l’ordre de 30 milliards d’€ pour le pays et 250 millions pour le département. Qui va supporter cet investissement, qui comme tout investissement d’infrastructure est un investissement de très long terme (40 ans au moins) ? Les collectivités locales ? L’État ? Les opérateurs ? Des solutions sont envisagées, mixant les interventions de ces acteurs.

Il faut cependant constater qu’à l’heure actuelle, les déploiements sont limités. L’agglomération de Laval a délégué à Orange la construction d’un nouveau réseau numérique. Les habitants des villes et des centres bourgs peuvent y accéder si leurs habitations remplissent des critères de facilité de raccordement. Pour les autres et pour les habitations dispersées il faut attendre. Le terme de finalisation du réseau pour permettre le raccordement de tous a d’ailleurs été repoussé en 2022, pour l’instant…Pourtant la contribution financière publique, très majoritairement de Laval-Agglo, est de l’ordre du tiers de l’investissement sur un projet estimé à 30 millions d’Euros. De son coté le département affiche des ambitions. Mais qu’en sera-t-il ?

« Des trous de couverture créent des ruptures dans l’Égalité

Pour la téléphonie mobile, la présence de quatre opérateurs concurrent ayant chacun leur propres infrastructures rend l’intervention publique particulièrement délicate. Au plan national des intentions viennent pour obliger les opérateurs à prendre en compte des choix d’aménagement du territoire et couverture égale. Cependant dans les faits peu d’évolution sont constatées. Tel opérateur se fait fort d’être le meilleur pour couvrir la nouvelle ligne TGV, du moins l’affiche-t-il ainsi. Tel autre propose des services très haut débit sur plus de 90 % du territoire (en surface). Or au quotidien de ses déplacements, un usager-client chez un opérateur, constate des trous de couverture. Seule la densification des relais des opérateurs permettra une réelle amélioration. Or les ressources de lieux pertinents pour l’implantation efficace de ces relais sont rares : on n’implante pas un relais en fond de vallée mais sur un point haut. Il faut pour gagner en efficacité faire en sorte que ces ressources rares soient partagées entre opérateurs. D’eux-mêmes les opérateurs vont dans ce sens par pragmatisme économique. Mais il y a beaucoup à gagner en qualité si le partage des ressources physiques supportant les antennes relais étaient systématiques. Il faut donc renforcer le poids de l’intervention publique de l’État, pour imposer ces partages et créer de nouveaux points d’émissions pertinents et communs aux quatre opérateurs.

Le monde du numérique vit dans un paradoxe : des évolutions techniques constantes, des services toujours plus disponibles et efficaces pour la communication interpersonnelle ou l’activité économique, mais des investissements sur le court terme, et une concurrence effrénée qui de fait est antinomique d’égalité d’accès sur les territoires.


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Déploiement numérique en Mayenne : des disparités persistantes - Par Michel Renault

Publié le: 21 septembre 2017
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