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1 400 foyers en Mayenne sont assujettis à l’Impôt de Solidarité sur la Fortune (ISF). Vous êtes 365 rien qu’à Laval et dans le même temps, presqu’un foyer sur deux ne paye pas d’impôts en Mayenne. 50% des foyers fiscaux sont donc exonérés d’impôt, et n’ont pas de revenus suffisants pour payer l’IRPP, c’est la preuve d’une très grande disparité dans un département de contrastes.

- Enquête leglob-journal

es ménages sont beaucoup dans la difficulté et la précarité gagne du terrain, mais il n’est jamais trop politiquement correct de le dire ouvertement. Pourtant les salaires ne sont pas aussi beaux que les représentants du patronat veulent bien le laisser entendre.

Des salaires bas, bien bas avec un faible poids du pouvoir d’achat dans la grande majorité des cas. Quand les entrepreneurs réunis en chambre consulaire parlent de « reste à vivre » qui améliorerait la situation des bas salaires, il faut y voir surtout l’expression d’une théorie qui tendrait à laisser entendre que « les Mayennais ne doivent pas se plaindre ». Des mayennais qui doivent être « taillables et corvéables à merci ».

Terre de contrastes - Au fait, combien de foyers fiscaux en Mayenne ? 163 617, très précisément, c’est le nombre officiellement recensé. Sur ce chiffre à taille humaine en raison de la petitesse du département en terme de population, un peu plus de la moitié seulement (51,97 %) payent l’impôt sur le revenu. Les autres non.

Selon les statistiques officielles, c’est un chiffre très légèrement supérieur à la moyenne nationale. Mais c’est également un signe de précarisation par les salaires car le revenu moyen annuel net déclaré est de 20 058 €. « Les salaires en Mayenne sont plutôt dans la fourchette basse », analysait en 2011 le directeur départemental des finances publiques. Nous vous le disions déjà dans Pauvres paru dans leglob-journal.fr.

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Douves, tours et style de vie

Impôt sur la Fortune - Le montant moyen de l’impôt versé est de 605 €. Là aussi c’est très significatif de la situation mayennaise. Globalement, ce n’est pas une preuve de richesse, malgré la présence de très grosses structures industrielles, des entreprises « patrimoniales », c’est-à-dire qui se sont faites à partir d’une situation familiale et qui se transmettent par filiation.

Le caractère « patrimoniale », c’est ce qui aurait permis à ces entreprises de ne pas être trop impacté par la crise, les soubresauts de l’économie mondiale, de s’en tirer sans trop de dégât se plaisent à dire les représentants du monde entrepreneurial, quand ils dressent le bilan des « entreprises mayennaises qui ont bien surmonté la crise ».

Côté très hauts revenus, vous êtes environ 1 400 foyers à lever le doigt. 1 400 à verser l’Impôt de Solidarité sur la Fortune (ISF). 365 rien qu’à Laval. Pas mal ! L’ISF a été réformé l’an dernier par le législateur, avec une Assemblée Nationale majoritairement à droite. Mesure qui s’applique et qui passe par le relèvement du seuil d’entrée dans cet impôt. 1,3 million d’euros contre 800 000 euros précédemment. Une mesure qui permettrait d’effacer la facture au titre de l’ISF de 300.000 contribuables en France. D’un trait d’éponge ! D’un seul coup. Impressionnant !

n Mayenne, parmi les 1400 foyers fiscaux à verser l’ISF, combien seront-ils maintenant après ce « toilettage » qui fait faire des économies aux riches contribuables ? Difficile d’obtenir le chiffre !

Terre de contrastes - Rendre aux riches : c’est d’ailleurs une attitude qui a toujours guidé la Droite à chaque fois qu’elle a été au pouvoir. Le dispositif phare de la campagne présidentielle du candidat en 2007, le Bouclier Fiscal en est le plus bel exemple. La Mayenne décidément terre de contrastes. Elle passe pour être le département en France comptant le plus grand nombre de châteaux habités.

Contrastes, car à coté des revenus moyens, des tout petits salaires et des personnes au RSA, énormément de mayennais sont dans « des demeures amples et spacieuses ». L’espace démesuré avec plus de 300 mètres carrés, c’est ce qui caractérise les riches.

Un cabinet immobilier spécialisé dans ce créneau a pignon sur rue à Changé, une petite ville de la première couronne autour de Laval. « Le Cabinet Le Nail occupe indiscutablement, depuis les années 70, la 1re place en France dans le domaine de l’expertise et de la vente de châteaux, manoirs, domaines agricoles et forestiers, peut-on lire sur son site internet qui se vante de compter à son actif la vente et l’expertise de plus de 3.000 châteaux, manoirs, ou propriétés de caractère, et de dizaines de milliers d’hectares de forêts et terres.

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Une cabane...en Mayenne

Lettres de noblesse - Les châteaux et les grosses maisons bourgeoises et de caractères : une bien longue tradition dans le département, car c’est à partir de la Révolution Française que la Mayenne à acquis ces lettres de noblesses si on peut dire en devenant un refuge pour tous ceux qui ont fuit les bouleversements politiques de l’époque et la capitale.

Pourquoi la Mayenne a-t-elle autant drainée les nobles et autres particules ? Simplement parce que c’était un département où la religion catholique, comme actuellement, avait encore de l’influence. Et de plus les constructions cossues étaient légions. Alors !

Alors ? Pas de hasard donc, et au XXIe siècle le département connait peu de changement dans cette continuité ! Sur le site des agents immobiliers de prestige en question, un château sur 12 hectares de parc avec 5 chambres, une belle bâtisse classée monument historique (XVe, XVIe, et XVIIe siècle) d’une surface habitable d’environ 400 mètres carrés avec chapelle, s’il vous plait, maison de gardien et dépendances, tout ça se vend 990 000 euros. Remarquez la présence de deux 9 dans un prix de vente « psychologique ». Maintenant, si l’acquéreur vit simplement dans son château et sans déclaré d’autres revenus, le propriétaire ne devrait pas payer l’ISF.

Feux de tout bois - Des châteaux et des « belles demeures » vous en avez pour tous les goûts et toutes les fortunes, à coté des terres avec forêts qui sont très prisées. Des arbres plantés, c’est l’aubaine. Car les forêts permettent la défiscalisation en vertu de la loi du 9 juillet 2001.

Grâce à tout un dispositif d’encouragement fiscal à l’investissement dans les forêts avec en contreparties, des réductions d’impôts, d’ISF et de succession, on assiste presque à une ruée vers l’or vert. Nous y revoilà. On comprend mieux pourquoi des entreprises et notamment en Mayenne par exemple acquièrent des espaces boisés, tout d’un coup, sans liens apparent avec leurs activités principales. Comme si elles étaient prises soudainement d’une furieuse envie de préservation environnementale et qu’elles avaient d’un seul coup tout compris de l’importance du Sommet de Rio ! Communication écologique ? Investissements rentables ?

En tout cas, ces investissements verts font bon ménage avec la préservation de la richesse individuelle sous couvert de bien-être environnemental et ces dispositifs incitatifs s’apparentent finalement à des « niches fiscales pour les riches », ce qui leur permettent de ne pas payer trop d’impôt.

La Mayenne, décidément : une terre pleine de contrastes !


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Des riches, des châteaux et les autres

Publié le: 21 juin 2012
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