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ÉDITO - Il est des propositions qui faites trop tardivement se heurtent à des fronts de refus. C’est le cas de cette proposition de loi émanant de la Nouvelle gauche, conduite par Guillaume Garot le député de la Mayenne, souhaitant éradiquer - à tout le moins amoindrir - le phénomène de désertification médicale en France.

Par Thomas H.

Contre les inégalités qui se creusent, depuis plus de 10 ans, « entre les départements où viennent s’installer de plus en plus de médecins, et ceux qui en perdent année après année ; entre les départements, [où] les écarts vont de 1 à 2,4 pour les généralistes, et de 1 à 19 pour les dermatologues ! » rappelait Guillaume Garot, « gauche, droite, on a presque tout essayé ! ». Il y a maintenant, en effet, les maisons de santé qui ont du mal à recruter, des incitations (jusqu’à 50 000 euros tout de même - on ne donne décidément qu’aux riches - pour une installation), les stages, etc. , tout ou presque aurait été envisagé, mais pas le conventionnement territorial, et la régulation.

Portée en Mayenne par Guillaume Garot, cette proposition de loi aurait pu être un projet de loi, et on en parlerait déjà plus. Quel dommage, c’est vrai, qu’elle n’ait pas été présentée quand il était encore partie prenante de l’exécutif en tant que ministre puis simple député de la majorité. Sûr qu’il aurait été en mesure de pouvoir la faire voter à l’Assemblée Nationale, fort d’une majorité qui n’aurait pas fait trop de forcing contraire. Car le sujet était déjà consensuel dans la population.

Au lieu de cela, cette proposition de loi qui devrait notamment permettre de « réguler l’installation des médecins » risque d’être, comme on dit en Mayenne « remisée », c’est-à-dire rangée. Mise au placard. Aux oubliettes. Pour ne pas dire autrement. D’ailleurs le rapporteur de cette proposition lui-même n’a pas caché sa « grande déception ». Guillaume Garot, le jeudi 18 janvier alors que le bébé venait d’être examiné et débattu à l’hémicycle de l’Assemblée Nationale faisait savoir sa « Grande déception. La proposition de loi sur la désertification médicale renvoyée en commission...pour être mieux enterrée. Le soutien des députés PS, PC, FI et même UDI n’aura hélas pas suffi face au refus de LREM de réguler l’installation des médecins  ». Point barre.

Déjà en amont on avait bien senti lors de la présentation en Commission des Affaires Sociales que la proposition de loi allait avoir du mal ; les opposants n’y voyant peut-être que l’aspect "régulation" qui contraindrait les médecins, ce qu’ils n’aiment pas par dessus tout. Des « toubibs » qui se parent dans les oripeaux de la belle notion de profession libérale qui doit rester intouchable, alors qu’ils suivent des études de Médecine dans des facultés publiques.

« La vie dure ! »

Le rapporteur de la proposition de loi qui a auditionné beaucoup de monde en phase préparatoire, écrivait à ce moment-là sur Facebook : « Après de longs débats, les députés LR et LREM majoritaires ont hélas rejeté la proposition. Les résistances et les conservatismes ont la vie dure !  » Dans les débats, on a même entendu certains députés rejetant la proposition de loi dire que « le remède proposé est pire que le mal, et le message envoyé aux étudiants est catastrophique. ».

Guillaume Garot plaidait, il y a quelques jours, au Palais Bourbon en tant que Rapporteur et au nom de la Nouvelle Gauche que « le conventionnement territorial est un outil de régulation, pour mieux répartir les médecins, généralistes et spécialistes sur le territoire national. Un médecin ne pourrait plus s’installer là où les besoins de santé sont déjà pourvus, et serait incité à s’installer où il veut ailleurs. Cette idée de régulation n’a jamais été essayée pour les médecins, alors qu’elle existe pour d’autres professions de santé comme les pharmaciens, kinésithérapeutes, infirmiers, etc. » Peine perdue.

Liberté d’installation

Pour le député de la Mayenne qui avait réussi à faire passer son projet de loi sur le gaspillage alimentaire sous le gouvernement Hollande, « le travail continue » a-t-il dit ; Il s’était insurgé quand devant la Commission des Affaires sociales la proposition de loi avait été rejetée : « Résistances et conservatismes ont la vie dure ! » commentait Guillaume Garot. En clair, on ne touche pas à la liberté d’installation des médecins. C’est sacré. Regardons, nous médecins, plutôt notre intérêt particulier que l’intérêt général. Les messages étaient limpides comme à chaque fois qu’il faut défendre un corporatisme.

En attendant la pénurie de médecins ne va aller qu’en s’accentuant - il suffit de regarder la pyramide des âges de la profession - et va être l’enjeu crucial, au moins des 10 prochaines années. Avec, hélas, une espérance de vie qui commence déjà à décroître tout doucement dans notre pays.


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Désert médical : le rendez-vous raté pour infléchir le fléau

Publié le: 18 janvier 2018
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