Deux ministres, une secrétaire d’État et un chef en campagne

C’est un gouvernement fragilisé qui fait sa rentrée en ce mois de septembre 2018. Un exécutif qui cherche à ne pas se mettre en défaut. Le Président venu en Mayenne à Laval, en ce jour de rentrée scolaire, a travaillé à travers une opération de communication orchestrée selon les façons de l’ Ancien monde à renouer avec une certaine réalité dans un département qui lui est plutôt acquis. Quant à son ministre de l’Agriculture, il s’est plié aux injonctions des agriculteurs majoritaires dans le département qui s’étaient fait menaçants. Analyse. 

Par leglob-journal


La limitation de vitesse abaissée arbitrairement de dix kilomètres heure, l’Affaire Benalla, celles des ministres (notamment de la Culture), les atermoiements sur le prélèvement des impôts à la source, la démission coup de poing de Nicolas Hulot, tous ces enchaînements d’épisodes à hauts risques écornent l’image d’un exécutif perturbé à qui plus rien n’est épargné.

Emmanuel Macron était en visite dans un collège lavallois possédant un internat de la réussite. Le Président est venu en force dans une Mayenne acquise, en compagnie de Sophie Cluzel, la secrétaire d’État chargée des personnes handicapées et de Jean-Michel Blanquer, son ministre de l’Éducation nationale qui en terme de « réussite » possède aussi à son actif 15 500 bacheliers laissés sur le carreau de Parcoursup, Emmanuel Macron s’est adonné, classique, à ce que faisait déjà ses prédécesseurs, dans le passé, voulant séduire et recherchant le bain de foule.

La réussite, c’est un état d’esprit dans lequel le Président a un peu de mal à se trouver actuellement tant le pouvoir use celui qui s’en sert. Le beau symbole que l’internat de la réussite : celui de l’égalité des chances dans un département rural où le savoir est souvent éloigné et nécessite d’être logé loin de sa famille. Dans le collège Jules Renard situé dans le quartier des Pommeraies, pas très loin de l’école Germaine Tillon, la résistante, le Président a dû jouer le jeu dans la classe où il s’était installé, logiquement au premier rang : «  Si j’étais une chose ? Je serais sans aucun doute un livre…Si j’étais un animal, je serais un chien, mon animal préféré…Un métier ? Celui de professeur, car c’est un beau métier… » a-t-il dit aux élèves qui le questionnaient sagement.

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Un tweet du ministre de l’Agriculture depuis Laval – © capture Twitter

blanc_long-50.jpgLe Président de trop de promesses. Et donc logique, un chef de l’État qui a pris le risque de décevoir. Avec moins de crédit, on ne lui passe plus rien et tout ou presque lui est reproché, jusqu’à la nomination de Philippe Besson l’écrivain comme Consul de France à Los Angeles perçue comme du copinage. Ce qui faisait sa force devient à présent fragilités : trop de trop. Trop en rupture, décidant trop souvent seul, n’écoutant pas assez. Trop jupitérien, trop éloigné de son peuple. Avec ce questionnement qui commence à venir souvent accompagné d’une moue : et si ses choix n’étaient pas les bons ?

Stéphane Travers a cherché lui aussi à séduire. Celui qui avait pour mission de rassurer par sa présence les éleveurs mayennais inquiets après les États généraux de l’Alimentation dans lesquels ils ne se sont pas retrouvés, a eu droit à un « coup » de pommeau, la boisson alcoolisée du coin. Un petit verre, une photo, pour que tout se répare instantanément. Être dans la convivialité avec la FDSEA, le syndicat agricole majoritaire et qui compte en Mayenne, quitte à oublier d’inviter l’autre versant des agriculteurs du département, ceux de la Confédération paysanne qui préfèrent pourtant dialoguer.

Il n’en fallait pas plus pour que certains pensent qu’ « une volonté de manifester et une menace de boucler la circulation sur Laval » , cela permet d’attirer un ministre en Mayenne. Le puissant lobby de l’agriculture en Mayenne qui avait déclaré vouloir faire du ramdam lors de la venue du Président à Laval obtient illico presto une visite de son ministre de tutelle. C’est ainsi. Au menu, la visite d’une fromagerie industrielle qui a réussi à ne pas se faire racheter par le géant Lactalis et celle d’une exploitation tenue par le président d’un groupement d’une trentaine de producteurs.

macronlavalcitation.jpgAlors que retiendrons-nous de cette visite d’État en Mayenne, un département qui se trouve (pratique) à une heure et demi de Paris en roulant, bien évidemment, à plus de 80 kilomètres à l’heure ? Que le Président aime l’école ne rechignant à se mettre à niveau quand il le faut ; et aussi la réussite, celles des premiers de cordée et celle de ceux qui veulent bien suivre celui qui ouvrent la marche.

Qu’une visite en Mayenne peut se terminer presque toujours par un petit verre. Que les élèves de la classe Ulis ont préparé toute la matinée la venue d’Emmanuel Macron. Que le Président a été accueilli tambour battant au collège situé dans un quartier de Laval qui avait été en partie bouclé à la circulation.

Accueilli en musique comme l’a décidé le ministre, pour tous les élèves de France, avec fanfares, tambours et trompettes : ça fait chaud au cœur. Tout va bien… Le Président se déplace et sourit. Il ne montre rien de ses difficultés à trouver un successeur à l’animateur d’Ushuaïa. Il fixe, avec une banane de circonstance, les objectifs des journalistes. Il est attentif aux questionnements des jeunes de Jules Renard.

Mais derrière l’affichage de façade, il y a la réalité : pour l’exécutif qui décidément aime la communication et se trouve de plus en plus sensible à son image, le remaniement envisagé et annoncé pourrait être réalisé a minima. C’est-à-dire qu’un vaste chamboulement qui pourtant pourrait s’avérer nécessaire est trop porteur d’inconvénients en terme de messages politiques. Il ne faut pas laisser à penser à l’opinion publique que le gouvernement serait en mauvaise posture et que la démission de Nicolas Hulot serait le révélateur d’une crise bien plus large qu’il n’y parait. Et pourtant, comme leglob-journal l’a écrit, le Président et son équipe ont malheureusement entamé le crédit qu’ils avaient engrangé depuis son élection, c’est à dire depuis 15 mois. Et le chemin sur lequel se trouve sa gouvernance « nouveau monde » est encore très long. Aussi faudra-t-il beaucoup plus que des déplacements comme celui-ci, dans une France rurale débonnaire et acquise pour redorer cette image d’un « président des riches », perçu comme « arrogant » et semblant enfermé dans sa bulle.

« Comme souvent dans les déplacements du Président Macron, pas un mot sur les crises en cours. Mes confrères et moi n’avons eu droit en réponse qu’à un  » bonne journée à vous! » . » comme l’écrit dans un tweet la journaliste du Monde. Mais ce qui importe ce sont les images qui resteront de cette belle journée mayennaise et qui, somme toute, auront été relayées.

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