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Les Français, par le passé, ont pu s’exprimer au moment de déposer leur bulletin dans l’urne. Ils l’ont fait soit sous la contrainte psychologique pris par l’effet sidérant de surprise, soit par convictions, ou alors parce qu’il le fallait bien. Le vote, ce grand sujet d’actualité en raison de la présidentielle 2017, est pluriel. Mais à bien analyser, il se joue, cette fois, une étrange petite musique.

- Par Thomas H.

Le vote quand il n’est pas perverti par l’abstention, quand il est tout sauf motivé par une trop grande envie de se dégager de la politique et de ceux qui l’incarnent ; le vote quand il n’est pas « sanction » ; le vote quand il devient un acte d’engagement politique fort, ce droit de vote a pu revêtir, sous son apparence simplicité, divers aspects. En France, il y a eu des votes aussi différents les uns des autres en raison des circonstances politiques particulières .

Surtout depuis l’émergence de la Ve République avec son régime de République monarchique ou de monarchie républicaine, c’est selon, où la quasi-totalité des pouvoirs sont concentrés dans les mains d’une seule personne, à savoir le locataire de l’Élysée que les Français voudraient voir de moins en moins « indéboulonnable » .

Récemment, lors de la Primaire de la droite et du centre est apparu, un « vote utile  » qui était stratégiquement mis en œuvre par certains électeurs de gauche pour éliminer, plus que pour choisir. "Éliminer" Nicolas Sarkozy du jeu, en votant même pour un candidat autre que celui donné favori comme Alain Juppé. C’était le « tout sauf » celui qui avait sévit pendant un quinquennat, d’où l’émergence de François Fillon, qui a « créé la surprise de cette Primaire  » loin des pronostics des sondages.

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Mais le cas de figure le plus évident, se situe en 2002. Lorsque Lionel Jospin a créé lui aussi la « surprise » en ne se qualifiant pas au premier tour de l’élection présidentielle. Le Premier ministre de Jacques Chirac avait provoqué une certaine consternation dans son camp ; le socialiste n’avait pas pris toute la mesure de l’éventuelle présence terrifiante au second tour de Jean Marie Le Pen arrivé en tête devant Chirac, le Président sortant. Souvenons-nous des mines horrifiées, à la télé, des militants socialistes au quartier général du candidat du PS.

Dans intervalle des deux tours, et devant l’urgence de la situation, qualifié d’« inédite » sous la Ve République, les Français avaient été sollicités de toute part pour « faire barrage » au Front national qui venait de sonner son premier coup de maître en se hissant au premier plan d’une élection majeure. Manifestations importantes et nombreuses, prises de paroles individuelles, « Front républicain », « nécessité de sauvegarde de la démocratie  » - autant de signes encourageants de démocratie dans notre pays -, il avait fallu voter, même pour certains « le nez pincé  », pour le candidat de la droite, qualifiée de républicaine pour bien marquer la différence avec l’extrême droite. Ce fut l’une des toutes premières utilisations massives du « vote utile ». Résultat, une élection digne des satellites de l’ex Union soviétique en faveur du candidat Chirac. Mais nécessaire.

Cette fois-ci, c’est en l’absence de toute surprise et en toute connaissance de cause, que le vote dit « utile » est invoqué dans cette campagne électorale de la Présidentielle 2017. Mais il l’est requit à priori, et non à posteriori comme ce fut le cas le 21 avril 2002. Il s’agit même d’un vote à titre préventif, un « vote de peur  » et par anticipation. S’il fallait bloquer Le Pen, père, pour éviter son intrusion officielle dans les arcanes du pouvoir politique de la République, cette fois l’enjeu, c’est de se mobiliser en masse - d’où les ralliements-signaux d’hommes et de femmes politiques de premiers plans notamment à droite et à gauche - pour éviter que Le Pen, la fille, puisse l’emporter forte des ses sondages qui la placent, dans l’esprit de l’opinion publique, aux premières loges. Il s’agit de voter contre, plutôt que de voter pour un autre candidat qui n’aura pas la chance de franchir la barre du maintien.

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Ce candidat « rempart », incarnation du vote contre serait déjà tout désigné. Contrairement à 2002, où ce sont les résultats au soir du premier tour qui l’avaient propulsé sur le devant de la scène politique. Le candidat « rassembleur » de la gauche et de la droite de 2017, qui se prononce comme étant « et gauche et droite » fait office en quelques sorte de « candidat du front républicain » par anticipation. Le voilà désigné, à l’avance, dans une élection qui à moins d’un mois, semble dors et déjà jouée. Mais, ce « vote utile »-là est un processus politique qui semble inhiber l’électeur, celui qui, par exemple, possède des convictions marquées et non-centristes. L’économiste Frédéric Lordon par exemple qui soutient Jean-Luc Mélenchon a estimé sur France-Culture que ce « vote de peur [par anticipation, NDLR] […] est désastreux ; il n’affirme rien, ne pose rien ». Il parle de «  mouvement de rétractation » loin finalement du vote de convictions.

Avec ce cas de figure, et pour aller plus loin, après tout, pourquoi organiser un premier tour ? Pourquoi convier l’électeur une première fois quand « tout semble joué d’avance » ? À quoi bon avoir recours à un vote de convictions, fort et respectueux de ce clivage politique nécessaire qui ne nous fait pas confondre dans un même creuset la droite et la gauche ? Alors partant de ce principe, que l’utilité nécessite des abandons, autant faire des économies ; la période n’est-elle pas en effet à la restriction, la mutualisation ; la période n’est-elle pas à la suppression de postes de fonctionnaires, à la baisse des remboursements de frais de santé, etc.?

Pour ce faire, et remplir notre contrat républicain, il nous suffit de ne pas organiser de premier tour à l’élection présidentielle, car cela devient inutile, non ? Et de passer directement au second ; en prenant soins surtout d’éliminer les « petits candidats » - même s’ils ont obtenus leurs 500 parrainages - vous savez, ceux qui feront moins de 5 %. Et puis, pendant que nous y sommes, éliminons aussi les « grands petits candidats », en se basant toujours sur les sondages, vous savez, ceux qui ne parviendront pas à franchir la barre des 20 % pour arriver au second. Rationalisons donc, soyons simplificateurs, remodelons par la même le suffrage universel, en y remettant également du cens dans le vote, c’est-à-dire pourquoi pas, une autorisation accordée ou non de l’expression électorale pour restreindre le droit de vote. Bref soyons efficaces ! Après tout ce n’est jamais qu’une élection présidentielle ! Après tout ce n’est jamais qu’un rendez-vous électoral important qui devrait "impacter" le pays pendant au moins cinq ans !


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Élysée 2017, histoires de votes : de l’utilitaire, au « vote utile »

Publié le: 25 mars 2017
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