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Pour Emmanuel Doreau, le président de la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) en Mayenne, il y a du pain sur la planche dans ce département où «  les habitants considèrent les violations des Droits de l’Homme comme étant quelque chose de normal dans le contexte politique ». Pour l’ancien Bâtonnier de Laval, il faudrait plus d’éducation et de pédagogie pour corriger ces mentalités, ce qui est l’une des missions de la LDH. Dans cet entretien l’avocat lavallois porte également un jugement sur la concentration des pouvoirs en Mayenne qu’il estime préjudiciable pour la démocratie en pointant notamment les liens très forts qui existent entre politiques et milieux d’affaires. L’ancien adjoint à la culture au maire socialiste de Laval est aussi sans concession sur l’avenir de cette ville et la culture qu’il a administré un temps avec Guillaume Garot et qui, à présent, a choisi selon lui «  la carte provinciale » en étant « gérée en bon père de famille ».

Entretien

- leglob-journal : La section de la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) sur Laval dont vous êtes le président semble répondre à une nécessité sur le département qui en était exsangue jusque-là, diriez-vous pour autant qu’elle est suffisamment visible pour le grand public ?

Eammanuel Doreau : La Section Laval-Mayenne de la LDH est très récente puisqu’elle a été créée en octobre 2014. Elle regroupe une vingtaine de membres auxquels s’ajoutent des sympathisants mais malheureusement comme dans toute association, il est très difficile de motiver les membres afin de réaliser des actions. Si elle n’est pas suffisamment visible du grand public, elle reste en revanche connue de certaines institutions, médias ou autres associations. A titre d’exemple, France Bleu Mayenne, la Faculté de droit nous sollicitent de temps à autre sur les questions d’actualité. Mais aussi la LDH fait partie du collectif Unissons nos différences piloté par la FAL (Fédération des Associations Laïques) qui lutte contre toutes les discriminations, mais c’est certain, il y effectivement un travail d’extériorisation à faire.

- Avec les tueries de 2015, l’instauration de l’état d’urgence et l’entrée de la déchéance de nationalité dans la constitution française, il y a du grain à moudre pour la LDH...

Oui, la LDH a beaucoup de grains à moudre dans une période sécuritaire où les libertés publiques sont bafouées, c’est ce que fait régulièrement la ligue sur le plan national avec des recours devant le Conseil d’État… Malheureusement, le Gouvernement surfe sur la peur et la population y adhère sans se rendre compte des dérives qu’entrainent les écoutes téléphoniques ou l’état d’urgence qui permet non seulement d’arrêter arbitrairement des personnes susceptibles de commettre des actes terroristes mais aussi des écologistes… comme on l’a vu récemment. 3 300 perquisitions pour une procédure judiciaire : tout est dit.

- En Mayenne, quelles sont les dossiers qui intéressent la Ligue des Droits de l’Homme ?

La LDH est une association nationale, nous n’avons donc pas vocation en tant que section départementale à engager des actions judiciaires. Nous pouvons faire remonter les anomalies ou violations des Droits de l’Homme à la section nationale qui elle prend l’initiative d’engager une action. En revanche, nous avons un rôle pédagogique important que nous mettons en œuvre par l’intermédiaire du collectif Unissons nos différences. Il faut vraiment sensibiliser les mayennais qui considèrent les violations des droits de l’homme comme étant quelque chose de normal compte tenu du contexte politique.

- Comment peux-t-on défendre les libertés individuelles quand l’une des plus élémentaires, à savoir l’accès au travail n’est plus suffisamment garantie dans notre société ? ?

La LDH s’intéresse également à la discrimination sociale, et l’accès au travail est non seulement une source de rémunérations mais également un facteur d’intégration plus que malmené. Malheureusement, là il s’agit d’un problème économique mondial ou en tout cas européen qui dépasse de loin la LDH.

- La concentration en Mayenne des pouvoirs (politiques, économiques ou de diffusion de l’information) dans quelques mains vous semble-t-elle un danger pour la démocratie localement ?

Il est évident que la concentration des pouvoirs est un danger pour la démocratie locale. Il faut être extrêmement vigilant d’autant plus que tout est banalisé à ce jour et que personne ne s’élève contre des liens politiques et des liens d’affaires qui sont pourtant visibles de tous, il faut vraiment remuer les consciences… Il y a beaucoup d’avocats à la LDH, et fort heureusement certains ont encore un sens critique qui nous permettent de nous révolter contre les nombreuses violations de l’état de droit. Il faut rester vigilant et encore une fois ne pas banaliser sous des prétextes sécuritaires des atteintes ou libertés fondamentales.

- Vous êtes avocat au barreau de Laval et à la Cour d’Appel d’Angers, vous avez été adjoint à la culture de Guillaume Garot quand il était maire de Laval, vous n’êtes plus siégeant dans l’opposition municipale, vous êtes à présent président de la LDH en Mayenne, c’est selon vous une suite logique ?

Concernant mon parcours politique, je suis de gauche et il était donc normal de rejoindre Guillaume Garot en 2008. A l’époque la municipalité avait un vrai projet pour Laval. J’ai quitté effectivement l’opposition Municipale au sein de laquelle je n’ai fait qu’un passage éclair car je ne me retrouvais absolument plus ni dans les idées, ni dans la stratégie de cette opposition.

Les dirigeants socialistes du département n’ont aucun sens critique vis-à-vis de la politique gouvernementale qui est pourtant une politique de droite, ce qui était inconcevable il y a quelques années, et ils ne se rendent pas compte qu’ils se coupent totalement des militants. J’ai donc pris mes distances ne pouvant pas lutter contre l’état d’urgence, les écoutes, la réforme du droit du travail ou la déchéance de la nationalité française tout en restant dans un groupe qui défend peu ou prou ces atteintes aux libertés et ces régressions sociales.

- Enfin dernière question, comment voyez-vous l’avenir de Laval ?

L’avenir de Laval me semble être sombre. La ville comme le département se replie sur eux-mêmes. La ville est gérée en bon père de famille sans ambition ni prise de risque. Culturellement, c’est toujours les mêmes artistes qui tournent sans ouverture sur l’extérieur. L’enseignement universitaire ronronne. Bref, nous sommes sur une régression par rapport au développement des villes voisines. Laval a choisi délibérément la carte provinciale.

- Propos recueillis par Thomas H.


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Emmanuel Doreau (LDH 53) : « la concentration des pouvoirs est un danger pour la démocratie locale »

Publié le: 10 mars 2016
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