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L’abbé Pierre n’aurait pas désavoué ! Le « spécialiste de l’interpellation » - son appel relayé par les médias fait partie de l’Histoire - aurait applaudi des deux mains. De fait, cette traversée de la Méditerranée, à la nage et en kayak, entre l’Espagne et le Maroc organisée par Emmaüs est là pour provoquer les consciences comme il aimait à le faire ; et surtout pour rappeler que la circulation des hommes, des femmes et des enfants est libre. Chacun peut quitter son pays en vertu de l’Article 13 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Un outil de communication certes, cette traversée qui aura lieu le jeudi 7 septembre, mais « nécessaire ».

- Par Thomas H.

« Nous sommes bien dans l’esprit de l’abbé Pierre, souligne le président d’Emmaüs 53, James Charbonnier ; il avait crié sa colère de voir en France des gens mourir de froid dans la rue. Là, nous parlons des migrants disparus en méditerranée  ».

La barque confectionnée avec des produits de récupération symbolisant les embarcations utilisées par les migrants pour franchir le Détroit de GibraltarC’est le but de cette opération, « interpellation Article 13  ». « La pression de la vie et de la mort aux trousses » ont fait que 4000 personnes ont péri noyées en 2014 dans des embarcations qui, pleines à ras-bord, ont chaviré, rappelle Romain Chaupitre, l’adjoint au directeur d’Emmaüs Mayenne Philippe Leroy. Avec Fanny Pirotais, il est question qu’ils traversent symboliquement, en compagnie d’une cinquantaine d’autres personnes, des compagnons, des bénévoles et des salariés du mouvement Emmaüs épaulés par Greenpeace, le détroit de Gibraltar. Cet étroit espace de mer, et si grand à la fois ; pour « rendre hommage aux dizaines de personnes qui sont mortes en méditerranée et pour le millier de personnes qui continuent à se mettre en danger chaque jour pour survivre  ».

« On ne migre pas, on ne se déracine pas par choix, mais on fuit la guerre et le contexte politique. ajoute Romain Chaupitre. Levons le masque de la peur et le sentiment de repli sur soi, dit-il, soyons d’abord dans la confiance ! Et pour agiter les consciences, cette traversée est un outil de communication au service de la dénonciation de la politique migratoire qui aboutit à des situations meurtrières qu’il faut dénoncer. »

Murs et barbelés, au lieu de solidarité

Romain Chaupitre estime que l’argent de l’Union Européenne n’est pas employé comme il le faudrait. Il constate que « de plus en plus de murs et de barbelés sont construits. Il a été dépensé en 2016, dit-il, la somme de 254 millions d’euros, contre 87 millions pour l’année 2010 à cette fin. Cet argent pourrait être utilisé pour des personnes en souffrances.... »

Fanny Pirotais, qui va traverser la Détroit de Gibraltar, entre l'Espagne et le MarocLe message est clair, comme l’eau de la Méditerranée, capable de se régénérer. Pour Fanny Pirotais qui va ramer elle aussi sur un kayak en compagnie de Romain - huit feront la traversée à la nage -, « migrer est un droit international et universel. On fait cette traversée pour se mobiliser sur la déclaration Universelle des Droits de l’Homme (l’Abbé Pierre en fut l’un des co-rédacteurs). On souhaite insister sur des articles de ce texte fondamental qui ne sont finalement pas concrètement connus (…) ». L’article 13 bien-sûr, mais aussi son suivant le 14, qui stipule que « devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l’asile en d’autres pays  ».

Le directeur d’Emmaüs53 parle de réfugiés, plutôt que de migrants. Il rappelle que de nombreux « migrants économiques sont présents sur le territoire, ils sont insécurisés et vivent dans des conditions non dignes, c’est pour cela qu’Emmaüs demande une régularisation massive. » En Mayenne « la moitié des compagnons sont concernés par leurs devenirs sur le territoire  ». Pour Joseph Setenet qui se présente comme « un migrant économique en provenance de la Côte-d’Ivoire », c’est un fait : « quand on sort de la communauté de Villiers-Charlemagne, on est pas protégé et on est perdu, même si on est travailleur solidaire à Emmaüs 53, comme c’est mon cas. Et puis depuis trois ans, je n’ai pas vu de régularisation d’un compagnon en Mayenne...  »

Philippe Leroy ajoute que « le contexte de la migration doit être examiné par une instance européenne. Arrêtons aussi le harcèlement sur le territoire, le gaz lacrymogène pulvérisé par exemple sur les personnes, leurs biens, leurs assiettes pour qu’il ne puissent plus s’en servir...  » Il rappelle les épisodes médiatisés : « mettons fin aux centre de rétention et trouvons des solutions plus adaptées ! »

De gauche à droite Philippe Leroy, James Charbonnier, Joseph Senetet, Romain Chaupitre, Fanny Pirotais et Jean-Luc Bansard

« La barque est un symbole, elle doit nous réunir ; elle sera positionnée place du Jet d’eau à Laval toute la journée du samedi 2 septembre par exemple pour permettre d’entamer une discussion libre avec les passants et de nouer le dialogue » souligne le directeur d’Emmaüs. « Oui, l’urgence est au partage » ajoute James Charbonnier avec un sourire. Une exposition d’œuvres du peintre Michel Maurice sur ce thème de l’exil ( voir l’article ci-dessous) sera visible à la communauté de Villiers-Charlemagne à partir du 20 septembre.

Lire aussi : Par Marrie de Laval - Exils et Suppliantes à Laval

Sur la barque, une voile est dressée à l’effigie de Les suppliantes, cette pièce qui sera donnée le 8 septembre à l‘espace Corail de Villiers-Charlemagne par le Théâtre du tiroir de Jean-Luc Bansard. Ce dernier note avec émotion que parmi les acteurs de la pièce qui a déjà été jouée à de nombreuses reprises - Les suppliantes fonctionne avec des acteurs qui sont des réfugiés de toutes nationalités - il y a des hommes et des femmes qui ont fait la traversée. « L’interpellation Article 13  » est donc comme le dit à juste titre le réalisateur mayennais Jean-Luc Bansard, « une action plus que symbolique, nécessaire et magistrale. »

L'article 13, de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme


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Emmaüs 53, contre « la pression de la vie et la mort aux trousses »

Publié le: 30 août 2017
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