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L’enterrement d’un amendement déposé par des députés LREM et devant inscrire dans la loi une promesse présidentielle, à savoir l’interdiction du glyphosate sous trois ans, a été rejeté. Si le glyphosate n’est qu’un élément symbolique du combat contre les pesticides, qui outre des dégâts sur la santé des agriculteurs sont des destructeurs de biodiversités reconnus, il est très surprenant que cette demande pourtant assez simple, déjà annoncée, et à laquelle l’Industrie se préparait ait été ainsi abandonnée. Analyse.

Par Maël Rannou

Peu de députés étaient présents ce 28 mai 2018, pour assister à l’abandon de l’amendement Mathieu Orphelin n° 1570, voté par la représentation nationale en première lecture. Il y a des raisons très légitimes à cela, liées aux conditions des débats à l’Assemblée Nationale, cela ne se passe pas forcément ainsi dans d’autres pays. En France, les séances où l’on vote ont lieu en même temps que des commissions et à des horaires parfois absurdes.

Géradine Bannier (LERM - MoDem), Yannick Favennec (UDI) et Guillaume Garot (PS)

Ainsi, alors que l’Assemblée Nationale a eu un rythme très détendu en début d’année, le gouvernement fait soudain passer deux grosses lois (Alimentation et ELAN) à toute vitesse, ce qui crée des temps de débats délirants. Un choix qui coûte par ailleurs très cher en heures supplémentaires de fonctionnaires devant rester travailler de nuit : drôle de représentation de la bonne gestion. L’usage est donc que les groupes se fassent représenter par quelques députés spécialistes du sujet ; évidemment plus l’heure est tardive moins il y a de députés, et plus le groupe est petit, moins il a de représentants.

Vote de nuit

Pour le débat sur le fameux amendement 1570, qui s’est tenu ce 28 mai après une prolongation exceptionnelle de séance, le vote a eu lieu à 2 h 02. Quatre-vingt trois députés (sur 577) étaient présents dans l’hémicycle. Parmi eux deux des trois députés mayennais : Géraldine Bannier, avec 5 camarades du groupe Modem qui compte 47 membres, et Guillaume Garot, qui représentait, à lui seul, le groupe Nouvelle Gauche, soit le PS et quelques apparentés (30 membres). On peut voir sur le site de l’Assemblée Nationale la liste des présents par groupes ; rien à redire de spécial, si ce n’est que le Front national n’a pas jugé bon de mobiliser un seul de ses six députés.

A l’issue du scrutin l’analyse des votes est assez intéressante : Guillaume Garot a voté pour l’amendement, au nom du principe de précaution et de la protection de la santé et de l’environnement. Au micro de Questions d’actualité sur la chaîne LCP, il expliquera que le refus du gouvernement d’inscrire l’interdiction dans la loi « jette le trouble » sur la volonté réelle, et lâchera avec une fausse candeur « on ne comprend plus  ». Par là même, il semble rappeler qu’il n’a pas oublié les promesses du gouvernement auquel il a accordé une confiance qu’il avoue regretter en s’affirmant « déçu ».

Yannick Favennec (UDI) n’était pas présent, mais il a expliqué sur son blog qu’il aurait voté contre, comme son groupe. L’argument est également bien rôdé : l’interdiction semble juridiquement fragile face au droit européen, il a expliqué que la France est de toute manière le pays le plus en pointe sur la question et le cadre légal est largement suffisant. Il en appelle à développer les « techniques du bio-contrôle comme alternatives aux pesticides », mais reprend un argument courant largement entendu, sur le besoin de laisser le temps aux agriculteurs de s’adapter.

Le positionnement de Géraldine Bannier (LERM - MoDem) est plus surprenant, car elle fait partie des deux seuls élus à être resté jusqu’à la fin pour s’abstenir. Interrogée par leglob-journal, elle explique que ce vote est loin d’être irréfléchi. Pour elle, la volonté affichée par le Premier ministre est claire, et lui convient ; cependant elle refuse une « surtransposition des normes [qui] aboutit à une distorsion de concurrence avec la possible importation de produits concurrentiels et "glyphosatés". »

« Principe de précaution aux oubliettes »

L’argument est sensiblement le même que celui de Yannick Favennec, mais elle ajoute avoir voulu, en conscience, s’abstenir pour marquer son alerte face aux questions des pesticides, et sa « veille » sur cette question, veille qui s’internera par sa présence au sein d’un groupe transversal de l’assemblée étudiant les évolutions sur le dossier glyphosate.

Pour la députée, « il nous faut sortir de l’agrochimie qui met en péril la biodiversité et notre santé ; certes, les études sur le glyphosate sont contradictoires mais le CIRC l’a classé "probablement cancérigène" en 2015. [...] La voie est tracée et engage les scientifiques et la profession à agir. ajoute-t-elle Par contre, il était difficile pour moi, fille d’agriculteurs, de voir à nouveau la France inscrire dans la loi une contrainte plus forte que celle des pays européens voisins, engagés pour une sortie [du glyphosate] dans cinq ans »

Un paysage typique en Mayenne - © leglob-journal

Ainsi, tous nos députés disent s’inquiéter réellement des potentiels dangers des pesticides, tous compatissent aussi avec les agriculteurs, mais là où l’un d’entre eux a voulu soutenir l’inscription d’une parole claire et ferme, les autres préfèrent laisser au secteur le temps d’organiser sa propre sortie et parlent d’incitation, de temps, etc.

Malheureusement l’histoire est remplie d’exemple de ces industriels à qui l’on demande d’être vertueux pour le bien commun, et l’exemple est toujours le même : de l’amiante au diesel en passant par le tabac, ils mettent toujours en avant un doute possible pour maximiser leurs profits. Le principe de précaution, lui, est passé aux oubliettes, et il risque fort d’emporter avec lui la santé des agriculteurs et la capacité productive de leurs terres. Et ce malgré les cris de joie d’une FNSEA toujours plus vendue aux lobbies, creusant la tombe de ceux qu’elle dit défendre.


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En Mayenne, 53 nuances de glyphosates - Par Maël Rannou

Publié le: 5 juin 2018
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