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MUSIQUE - Quatrième et avant-dernier épisode de notre série sur l’Ensemble instrumental de la Mayenne. Après avoir exploré le fonctionnement du groupe, le rôle de la cheffe Mélanie Levy-Thiébaut et de Florent Billy, violon solo, cette semaine nous avons rencontré Philippe Martineau. Le clarinettiste nous raconte son parcours et le plaisir qu’il prend à « donner » au public quand il joue de la musique. Il nous parle aussi de l’évolution de l’orchestre, dans lequel il officie maintenant depuis plusieurs années.

par Julie Vandard

« Quand j’étais gamin, même en baignant dedans, jamais je ne me suis dit que je serais musicien. Je voulais être cuisto. » Philippe Martineau est clarinettiste à l’Ensemble instrumental de la Mayenne. Un père clarinettiste et saxophoniste dans un orchestre de bal, « un musicien très doué qui tournait beaucoup », un oncle directeur de l’école de musique de Saint-Berthevin, un grand-père musicien.

« Tous les petits-enfants de la famille Martineau ont fait de la musique, c’était obligatoire. » Mais il est le seul à être devenu professionnel. « J’ai commencé par faire cinq ans de percussions au conservatoire d’Angers. Puis on a déménagé à Segré et il n’y avait pas de classe de percu à l’école de musique. » Il se rabat finalement sur la clarinette. A l’époque du bac, il devance l’appel du service et « tombe dans la musique militaire  ». Parallèlement, il est reçu au conservatoire de Caen où il prend des cours avec Philippe Cuper, « super soliste de l’opéra de Paris, avec qui je suis toujours ami ». Philippe Martineau travaille intensivement la clarinette et gagne plusieurs prix. 

Après cinq ans d’armée, son chef lui demande s’il veut rester.« Je vivais au-dessus de son bureau. Il m’entendait jouer de la clarinette huit heures par jour. » Il préfère quitter l’armée et arrive à Changé. « Didier Trhian cherchait un prof de clarinette. Il m’a donné mon emploi devant la gare dans un troquet, en 1989. On est toujours super potes et je suis toujours là-bas », dit-il en souriant. Puis il « bourlingue  » pas mal en tant que professeur de clarinette : Ernée, Gorron, Landivy, Château-Gontier. Aujourd’hui, il enseigne à Evron et Laval Agglo.

« Avec Mélanie
on joue du répertoire,
ça c’est agréable »

Philippe Martineau rejoint l’Ensemble instrumental « vers 1992-1993 ». Au début, « c’était plus un orchestre à cordes, et on rajoutait les vents de temps en temps. Puis ils ont monté l’Histoire du Soldat, de Stravinsky. Ils nous ont testé. Ensuite, les vents ont été demandés de plus en plus souvent  ». Avec Yves Parmentier, l’Ensemble faisait beaucoup d’œuvres avec des chœurs, donc « moins de concerts, ça demandait beaucoup de budget ». Sous sa direction, il interprète le concerto pour clarinette de Aaron Copland, et le concerto pour clarinette de Mozart. « J’en ai un beau souvenir. Pour un clarinettiste, c’est l’œuvre phare de Mozart : selon les spécialistes, les historiens de la musique, dans le mouvement lent on ne peut rien changer harmoniquement. Si on rajoute une neuvième ou autre chose, ça ne sonne plus. Mozart était au summum de son art. » [voir la vidéo ci-dessous]

Depuis que Mélanie Levy-Thiebaut est arrivée, « on fait du répertoire, et ça c’est agréable ». Par contre, « on manque de répétitions. Il ne faut pas oublier qu’en Mayenne, on a tous un autre job à côté. Mais la cheffe avait prévenu. Si tu ne connais pas tes cartons, tu n’est pas repris ». Et ce n’est pas pour lui déplaire : « Moi ça me convient, le travail personnel j’adore ça. Je peux me lever à six heures du matin pour répéter. J’ai mon rituel, assis dans ma cuisine, avec mon métronome et la radio en fond sonore. » Tous les musiciens de l’Ensemble « sont conscients qu’il manque des répétitions pour que ce soit plus cohérent. On va refaire l’Histoire du Soldat. Je l’ai joué plein de fois mais je vais le retravailler car c’est difficile : il y a des mesures en 3/8, d’autres en 7/16 et ça change tout le temps. Il y a sept ou huit musiciens qui vont jouer dans les mêmes mesures : s’il y en a un qui oublie une double croche, ça rejaillit sur tout le monde ».

« La Mayenne
a dix ans d’avance
en culture musicale »

Depuis qu’il officie, il a vu évoluer la scène mayennaise : « Il y a vingt-cinq ans, on nous a imposé beaucoup de choses, par exemple d’être titulaire de la fonction publique. Des choses se sont mises en place à l’époque, on n’y croyait pas. Mais la Mayenne était un petit territoire qui allait servir de département pilote. J’ai plein de potes directeurs de conservatoires dans le Sud, et on s’est vite aperçus que la Mayenne avait dix ans d’avance sur tous les autres, sur la culture musicale qu’elle soit rock ou classique. Il y a un bon boulot qui a été fait. On ne nous a pas laissé tombés. On a de la chance d’avoir un outil comme l’Ensemble instrumental pour s’exprimer. Il y a aussi plein de choses à disposition pour les groupes qui émergent. » Seul petit regret, « le microcosme mayennais. On fera un peu toujours jouer les mêmes. C’est dommage, il y a des gens plein de talent qui vont l’exploiter ailleurs ».

Il cite l’exemple du projet jazz Lady sings the blues auquel il participera avec l’Ensemble instrumental à la rentrée : « Les petits jeunes qui seront là sont très bien. Mais on aurait peut-être aussi pu appeler les vieux qui ont fait avancer des choses, qui ont défendu le jazz en Mayenne ces trente dernières années, pour les mettre à l’honneur. »

« Je donne autant
quand je joue Mozart
ou de la musique klezmer »

La vie de Philippe Martineau ne tourne pas qu’autour de la musique classique. Si Debussy, Ravel, ou Chostakovitch le ressourcent, il joue aussi de la musique klezmer au sein du Vistina Orkestra. « Cela m’apporte surtout une bande de potes. Et c’est très démonstratif, je peux être moi-même. » Car l’important pour lui c’est de « faire plaisir aux gens. Quand j’ai joué le concerto de Mozart, j’ai voulu le faire avec ma sensibilité, qui je suis. Je n’ai pas forcément respecté les nuances écrites, mais j’ai joué comme je le fais tout le temps. Je joue Mozart de la même manière que Doïna [un morceau du répertoire du Vistina Orkestra, voir la vidéo ci-dessous]. Au niveau sentiment, interprétation, je donne autant ».

VISTINA ORKESTRA - Doïna (Tranzistor on air) from L’Œil Mécanique on Vimeo.

Il aime aussi l’improvisation, il a beaucoup travaillé avec Jean-Luc Bansard au théâtre. « J’aime improviser spontanément en fonction des mots que j’entends, parce qu’il n’y a pas d’harmonie, ce n’est pas cadré. » Le « cadre », un élément important de sa vie : « Dans ma famille la musique était obligatoire, je n’avais pas le droit de sortir tant que je n’avais pas fait ma demi-heure de musique, c’était la galère. Tous mes cousins ont arrêté à cause de l’exigence familiale. » Pourtant au conservatoire « j’ai fait huit heures de clarinette par jour. La musique m’a rattrapé, je ne peux pas l’expliquer. Mais c’est aussi grâce aux profs qui m’ont mis en face de moi-même. J’ai eu deux grands professeurs : Philippe Cuper, et Henry Druard, qui a formé tous les grands solistes internationaux. Monsieur Druard, un grand bonhomme. C’est lui qui m’a donné cette envie de faire de la musique. Il était d’une exigence terrible mais ça m’a super servi. Il a pris l’autorité de mon père, du père que je n’avais pas. Il m’a cadré, m’a fait bosser. Un enseignement difficile mais qui m’a fait être moi en clarinette, un mec sûr de lui, qui sait travailler une partoche, qui va aller se présenter devant des gens mais qui sait ce qu’il fait. C’est grâce à lui, c’est sûr ».

Si, enfant, il n’envisageait pas de devenir musicien, aujourd’hui il ne peut pas vivre sans son instrument : « C’est comme le sport pour d’autres, la musique me fait du bien. Quand je pars en vacances et que je ne fais pas de clarinette pendant un mois, quelque chose me manque. » 

La semaine prochaine, pour le dernier épisode de notre série, nous reviendrons sur That’s all Folk et Lady sings the blues, le projet qui fera se rencontrer l’Ensemble instrumental et les musiciens de jazz du département. En prime vous aurez le programme de la saison de l’Ensemble instrumental de la Mayenne. leglob-journal : l’esprit ouvert.


1 commentaire
  • Merci pour cet épisode qui m’a permis de faire plus ample connaissance. Même si nous nous rencontrons de temps en temps, je ne savais pas grand chose de.votre parcours. Merci pour ce merveilleux concerto de Mozart et votre prestation au sein de Vistina Orchestra. Que du bonheur et c’est bien ce qui manque le plus.

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« En Mayenne, on a de la chance d’avoir un outil pour s’exprimer » - [4/5]

Publié le: 7 septembre 2018
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