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La rumeur l’avait donnée à plusieurs reprises « partante », la voilà partie à la retraite. Solange Deloustal, la Dasen, Directrice des services départementaux de l’Éducation nationale, atteinte par la limite d’âge (65 ans) est remplacée par Denis Waleckx, un agrégé de musique qui était Dasen comme elle, mais adjoint dans le 93. Elle s’en va du 53 avec une décoration supplémentaire, celle de la Légion d’honneur qu’elle a reçue récemment pour saluer ses « mérites ». Pourtant, le passage en Mayenne de ce haut fonctionnaire aura été diversement apprécié sur le terrain.

- Par Thomas H.

Solange Deloustal qui a débuté sa carrière en apprenant aux élèves que my taylor is rich verra son fauteuil occupé à compter du 15 Février, par Denis Waleckx, en vertu d’un décret du Président de la République qui l’a nommé le 28 janvier 2016. C’est un agrégé de musique qui passe du 9-3, de la Seine Saint Denis donc au 5-3. Un spécialiste de Francis Poulenc (1899-1963) qui a écrit plusieurs ouvrages et qui a soutenu une thèse de musicologie à la Sorbonne en 1996 sur ce musicien. Sa thèse était intitulée La musique dramatique de Francis Poulenc (les ballets et le théâtre lyrique).

Si « Solange Deloustal ne laisse pas un souvenir impérissable », après ces 6 ans passés en Mayenne, pourtant dans un département où elle a été à ce même poste de Dasen, c’était, note cet ancien haut fonctionnaire qui a travaillé avec elle, « une personne agréable ».

Entrée dans l’Éducation nationale en 1974, elle devient successivement professeur d’anglais, directrice d’établissement, puis Inspectrice d’académie en Creuse, dans la Vienne et en Mayenne. Ce n’est pas tant la personne qui aura été décriée par ceux qui ont régulièrement été confrontés à Solange Deloustal au cours de son séjour en Mayenne. Ils mettent surtout en cause sa façon de gérer et sa façon de faire.

Les syndicats, d’abord. Ils retiendront son « manque de pédagogie » dans l’explication de ses mesures et de ces décisions concernant par exemple le dossier de la Carte scolaire, c’est-à-dire l’ajustement des moyens d’une rentrée scolaire sur l’autre. Une façon d’opérer qui a « tranché avec ses prédécesseurs » disent-ils, résultat des écoles ont été fermées en milieu rural « au motif qu’une seule classe avec un seul enseignant était selon elle peu sécurisant ».

Alors que dans d’autres départements des Pays de la Loire des postes d’enseignants RASED ont pu être maintenu en nombre suffisants comme en Loire-Atlantique par exemple, l’Inspectrice académique avait justifié la suppression des Réseaux d’Aides aux Élèves en Difficultés en Mayenne en expliquant que « moins nombreux, les RASED travailleront mieux », quand tout le monde savait qu’ils avaient déjà beaucoup de difficultés à répondre à toutes les sollicitations des enseignants sur le département.

Ce que les syndicats n’avaient pas goûté aussi et ils l’ont fait savoir à plusieurs reprises, c’est son manque de pugnacité à défendre le département en matière de dotation de postes auprès des instances rectorales. Selon eux, Solange Deloustal aurait mis un point d’honneur à rendre scrupuleusement le nombre de postes demandés par l’administration académique de Nantes. C’est d’ailleurs le cas pour la rentrée scolaire de 2016. La Vendée avec un nombre d’élèves en baisse en raison de la démographie identique à celui de la Mayenne obtient 22 postes, quand la Mayenne se voit obliger d’en rendre 6 !

Des syndicats univoques ont également écrit un courrier officiel au Recteur de l’Académie des Pays de la Loire pour se plaindre de l’Inspectrice d’Académie dans le cadre des CHSCT (Comités d’Hygiène, Sécurité et Conditions de Travail). Ils n’hésitent pas à parler de « déni de dialogue social ».

Côté élus, la grogne s’est faite jour au moment de la carte scolaire qui cristallise beaucoup les tensions. Certains maires ont dénoncé à plusieurs reprises son « mode de gouvernance ». Ils n’ont pas apprécié par exemple la fermeture d’une classe « sans information préalable », et même quelquefois ont-ils dénoncé, par voie de presse. Et pour protester contre les dites fermetures, d’autres élus n’ont pas hésité à venir se joindre avec leur écharpe tricolore aux parents d’élèves descendus dans la rue et qui ont défilé, ce qui avait constitué une première en Mayenne.

Pendant son passage dans le département, l’Inspectrice d’Académie aura réussi et plutôt bien, et c’est tout à son honneur, à remplir sa mission, c’est à dire à répondre favorablement aux demandes du recteur. A-t-elle contribuer à affaiblir les prétentions d’indépendance pédagogique dans le corps enseignant ? En tout cas beaucoup de professionnels syndiqués auront été convoqué individuellement afin de faire pression sur eux et les dissuader de refuser Base-Élèves, ce fichier que les directeurs d’écoles avaient comme ordre d’utiliser impérativement.

Même pression sur les enseignants qui considéraient qu’avec les Livrets de compétences, il était question de ficher les élèves, ce qu’ils refusaient. L’enseignant est tenu à présent de le remplir pour chaque élève. Convocations, intimidations, parfois fortes, cela ne s’était pas vu en Mayenne à une si grande échelle. On ne s’y serait pas mieux pris pour étouffer les velléités.

En « bon fonctionnaire, travailleuse et appliquée », elle n’aura pas hésité comme le disent beaucoup à « faire du zèle ». Corrigeant certaines notes que ses inspecteurs attribuaient lors des inspections d’enseignants, mais aussi en supprimant la possibilité, par exemple pour une personne malade d’un cancer, de retrouver son poste d’avant la maladie, dans le cadre d’un retour au travail en mi-temps thérapeutique !

Après le changement de majorité politique en France et l’arrivée de la gauche, elle n’avait eu aucun état d’âme en apparence aussi à « changer de logiciel » officiellement, à prôner par exemple les nouvelles mesures comme le doublement des enseignants dans certaines classes ou bien l’accueil à nouveau des enfants de moins de 3 ans. Et pour expliquer ce revirement, elle avait dit ce qui sonnait comme une justification : « Je suis fonctionnaire au service de l’État ».

Lire aussi :

Éducation : un "déni de dialogue social" dénoncent les syndicats d’enseignants en Mayenne


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En Mayenne, un agrégé de musique remplace l’Inspectrice d’Académie partie à la retraite

Publié le: 31 janvier 2016
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