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Il y a presqu’un mois, la communauté Emmaüs de la Mayenne célébrait la disparition de son fondateur l’abbé Pierre survenue le 22 janvier 2007. À cette occasion, une communication autour des valeurs du mouvement Emmaüs était organisée en France dans les différents sites de la communauté. En Mayenne, à Villiers-Charlemagne où sont installés les Compagnons d’Emmaüs, il avait été mis en construction une interrogation sous la forme d’une installation destinée aux grand public.

- Par Gabriel L.

Un simple panneau planté près d’une structure volontairement précaire. Une interrogation pour provoquer la prise de conscience et la réflexion, une mise en situation pour interpeller et en tout cas pour ne pas laisser indifférent. Voilà ce qui avait été mis en place. Un abri de fortune, pour ceux qui ont dû tout laisser. Sur la photo ci-dessous, c’est encore plus explicite.

Cela nous renvoie à notre imaginaire, à des images bien présentes : aux SDF installés parfois aux bifurcations des RER à Paris, à ceux qui tendent la main pour quelques pièces, aux migrants sur les chemins, aux bidonvilles, à ce qu’il est convenu d’appeler la Jungle de Calais qui doit être démantelée. Tout cela est relativement bien connu me direz-vous et suscite, c’est vrai soit la compassion, soit le rejet des populations souvent excédées par la présence de cette misère sous leurs yeux.

Ce qui est moins connu, c’est la présence dans les communautés Emmaüs d’un nombre croissant depuis quelques années d’étrangers en situation irrégulière qui travaillent et participent au projet social des structures d’Emmaüs.

Les responsables de ces centres d’accueil que l’Abbé Pierre avait ardemment souhaités à l’époque, rappellent la philosophie de ce projet que le religieux avait mis en place pour venir en aide à ceux qui sont exclus : « il s’agit de développer de l’accueil et des solidarités à partir des ressources générées par le travail de valorisation des dons en nature : meubles, électroménager, livres, vêtements, etc. »

Les communautés Emmaüs en France par l’accueil de ces personnes venues du monde entier sont devenus de véritables laboratoires du « vivre ensemble  », en ce sens qu’il est testé grandeur nature dans des lieux contraints, et prouvent ainsi qu’un autre monde est possible, basé sur l’entraide et la solidarité.

Pour autant la vie n’est pas simple pour ces nouveaux arrivants. Sans papiers, ils vivent l’angoisse quotidienne d’être interpellés, d’être emmenés, voire d’être expulsés au terme d’une procédure débouchant sur ce qu’on appelle sous la forme d’un sigle opaque, « OQTF », une Obligation de Quitter le Territoire Français.

Interrogé, un des compagnons de la Communauté de Villiers-Charlemagne résume sa situation : « Depuis que je suis à Emmaüs en Mayenne, j’ai retrouvé ma dignité, car je travaille. Je ne suis à la charge de personne et en plus j’aide d’autres personnes en situation de grande misère...mais je ne suis pas libre, car je n’ai pas de papiers ! Je ne peux pas quitter la communauté. J’ai peur...et ma dignité d’être humain est diminuée par cet état de dépendance et d’insécurité ».

Ils sont quelques-uns à vivre ainsi à Villiers-Charlemagne. Sans papier et donc comme on dit communément, en situation irrégulière. Pourtant leur travail est utile pour les autres. Leurs dernières actions en date, cela a été par exemple de fournir et d’acheminer du mobilier pour accueillir à Laval, à la demande de l’État, des familles venues de Syrie.

Ces étrangers en situation irrégulière ont aussi, pour ne citer que cet action là, transporté à Ernée un camion de matériel à destination du Burkina Faso pour aider une association de développement basée à Yako.

Ces « sans papier » ont également fourni à des demandeurs d’asile, seuls et isolés comme ceux qui sont hébergés au foyer de vacances VVF à Sainte-Suzanne en provenance de la Jungle de Calais, des vêtements chauds, pour affronter correctement l’hiver de la Mayenne. Sans papier, simplement, solidairement. Finalement, c’est ainsi que des hommes vivent.


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Est-ce ainsi que les hommes vivent ?

Publié le: 17 février 2016
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