Europe, une UE qui a du mal à être en phase – Par Henri Marteau

L’Union Européenne est-elle dans l’oeil du cyclone? L’UE est-elle en train de vivre un des ses épisodes (comme le Brexit) dont elle a le secret, et qui la fragilise encore un peu plus s’interroge Henri Marteau. Une tribune publiée en Allemagne par d’éminents économistes, et c’est le signe que le plan qu’avance la France pour l’UE n’aura guère de chance d’être appliqué. Il fait aussi la relation avec l’attitude du peuple italien qui s’est choisi un gouvernement d’alliance radicalement anti-immigration, et souverainiste. Il n’en faut pas plus pour que resurgisse alors le spectre de la fin de la monnaie unique.

Par Henri Marteau


Dans une tribune publiée dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung, 154 professeurs
d’économie allemands dont Jurgen Stark, ancien économiste en chef de la Banque Centrale Européenne, demandent au gouvernement de Mme Merkel de rejeter le plan Macron de réforme de la zone Euro et d’oeuvrer pour la mise en place d’une procédure ordonnée de sortie de la monnaie unique !

Cette publication confirme trois choses fondamentales. D’abord que le plan Macron qui demande une solidarité budgétaire entre les pays de la zone Euro ne sera jamais accepté par les dirigeants allemands qui ont toujours affirmés que la
monnaie unique devait être gérée uniformément par la Banque Centrale Européenne (BCE) quelque soit la situation des pays européens qui l’ont adoptée, et que les budgets et les dettes doivent rester nationaux. Donc pas question de transferts entre les États qui en ont besoin.

Ensuite qu’en réclamant officiellement l’introduction d’une « procédure ordonnée de sortie » de l’Euro, « les élites du monde économique allemand » brisent le tabou absolu : celui du dogme sacro-saint de l’irréversibilité de l’Euro et de la prétendue «construction européenne». Cette publication en forme de coup de théâtre coïncide avec les soubresauts politiques en Italie où les dirigeants de la nouvelle coalition gouvernementale Mouvement 5 Étoiles – Ligue du Nord ont affirmé leur volonté de s’affranchir du carcan budgétaire et des règles financières imposées par l’Union Européenne (UE) que l’on peut appeler l’euro-austérité.

«Apprendre aux italiens à bien voter»

 

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Enfin, en réclamant plus de fédéralisme, la France semble complètement isolée face à l’Allemagne et l’Italie qui au contraire réclament plus de souveraineté. « La fine fleur économique allemande » n’est-elle pas en train de préparer le terrain à la dissolution de la monnaie unique dans laquelle elle semble ne plus croire ? La nature technocratique de l’Union Européenne s’accommode mal des consultations populaires qui la contrarient et provoque des passages en force antidémocratiques qui fragilisent tout l’édifice européen.

 

Parmi ceux qui se sont révélés particulièrement odieux dans leur attitude ouvertement antidémocratique, il faut bien signaler le commissaire européen au Budget, Günther Oettinger qui a déclaré entre autres, à propos du vote en Italie, dans une interview à la radio publique allemande Deutsche Welle, «Les marchés vont apprendre aux italiens à bien voter».

Dans la même veine, nous avons aussi Markus Ferber, député au Bundestag qui a déclaré que « la Troïka devrait sans doute envahir l’Italie et prendre le contrôle du Trésor italien » ! Au lendemain de l’élection de Syriza en Grèce le 25 janvier 2015, Jean-Claude Junker avait déjà eu ce genre de propos : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens »

Voilà, coté petites phrases, comment la Commission de Bruxelles respecte le choix des peuples ! On ne peut mieux afficher son mépris pour le vote des citoyens, ce qui au final nourrit l’extrême droite. Très clairement, les électeurs italiens ont émis un vote de rejet des partis traditionnels qui s’affichaient pour la continuité de l’austérité imposée par l’Union Européenne.

Pour la grande majorité des italiens, l’enjeu est justement de sortir de la pauvreté, du chômage et de l’austérité à perpétuité. Il est de recouvrer la souveraineté italienne en matière économique, fiscale, en matière de politique migratoire, etc. Cependant même si certains points du contrat de coalition sont très discutables, comme l’instauration d’une Flax-tax (taux unique d’imposition contrairement à l’impôt proportionnel), et la privation de liberté des demandeurs d’asile possible jusqu’à 18 mois en centre de rétention…, la souveraineté du peuple italien doit cependant être respecté et rien, selon moi, ne justifie non plus qu’il soit insulté de la sorte par la classe politique française bien pensante.

«Un pavé dans le marigot»

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Le gouvernement italien vient d’annoncer qu’il proposera au Parlement de na pas ratifier le CETA, ce traité de libre échange signé entre le Canada et les pays de l’UE qui prévoyait entre autre la substitution au droit des États celui de cours d’arbitrage commerciale. De même, il a aussi laissé entendre qu’il pourrait s’opposer au renouvellement des sanctions contre la Russie. Ces décisions sont contradictoires avec la volonté de la Commission Européenne de décider, en lieu et place des États, sur les questions économiques et commerciales.

C’est bien de la réaffirmation du rôle premier et fondateur de la souveraineté des États dont il est question ici.

a décision prise par le gouvernement italien constitue donc un pavé dans le marigot de Bruxelles. Il est aussi clair que le Brexit aura bien lieu, suite au vote récent au Parlement britannique, où Theresa May l’a emporté sur la fraction pro-UE. Le Royaume-Uni devrait donc bien quitter – officiellement – l’Union Européenne le 29 mars 2019.

Contrairement à la France qui souhaite aller vers plus de fédéralisme, l’Allemagne et l’Italie, respectivement première et troisième économie de la zone Euro, affichent clairement leur volonté de revenir à la souveraineté nationale. Comme l’URSS à la fin des années quatre-vingts, l’Union Européenne qui bafoue les choix
des citoyens, se décompose. C’est devenu désormais une évidence, que masquent de plus en plus mal les discours convenus et les faux-semblants des européistes
inconditionnels.

1 thought on “Europe, une UE qui a du mal à être en phase – Par Henri Marteau”

  1. Europe, une UE qui a du mal à être en phase – Par Henri Marteau
    « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens »
    A tel point qu’en Grèce un article du code pénal incriminait dès le début de la crise toute personne critiquant les mesures d’austérité.

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