Ex-plane !

Un exemple de coupe : le ciel, ici, en région parisienne et sur la droite, un peu de ciel bleu sans CO2 et sans pollution

Une semaine sans avions.

Des jours entiers, cloués au sol comme des fers à repasser, à cause de l’éruption du volcan Eyjafjöll en Islande.

Et des enseignements à tirer sur « sans doute l’importance surévaluée du transport aérien dans nos vies quotidiennes » écrit le Courrier international qui compile dans un dossier à la Une des articles du monde entier qui n’ont pas manqué de surgir sur la question. Retours impossibles, départs différés, recours à la route et au train, etc.

Les exemples de dysfonctionnements ont été suffisamment montrés.

Aujourd’hui, leglob-journal réédite un article qu’il avait publié en 2007 lors de sa création sur une exposition qui avait été présentée au Quai à Angers dans le Maine et Loire ; elle mettait en action les rapports et les ressorts de l’homme face au transport aérien surtout quand il s’agit pour l’individu du seul recours vers la liberté.

Rétrospective

Un exemple de coupe : le ciel, ici, en région parisienne et sur la droite, un peu de ciel bleu sans CO2 et sans pollution
Un exemple de coupe : le ciel, ici, en région parisienne et sur la droite, un peu de ciel bleu sans CO2 et sans pollution
 » Beheld  » qu’on pourrait traduire par « vu », l’expo-performance de Graeme Miller qui est restée au Quai à Angers, le nouveau Théâtre de la ville pendant une quinzaine de jours, est une installation audiovisuelle qui a permis au public de s’approcher de ces événements dérangeants que sont les chutes de personnes tombées des trains d’atterrissage des avions.

 » Les corps tombent par hasard et pénètrent dans un espace particulier « .

Cela se passe au moment où l’avion de ligne s’apprête à atterrir et lorsque le train d’atterrissage de l’appareil est ouvert. Larguant alors le passager clandestin qui a choisi cette solution pour quitter son pays.

Salomon, est un jeune africain de 14 ans. Il est tombé ainsi dans un champ en Forêt Noire en Allemagne. Un autre, Pakistanais lui est tombé sur le parking d’une résidence à Richmond en Grande Bretagne.

Un inconnu russe, a atterri dans un jardin de banlieue, près de Paris dans le val d’Oise. Le corps de cet homme a été enterré dans le cimetière de la ville et sur sa tombe est écrit
 » Voyageur inconnu, tu as cherché une terre promise. Maintenant repose en Paix.  »

À Angers, dix coupes de verre (voir la photo ci-dessus) fragiles et minces comme un hublot d’avion et disposées sur des socles dans le noir et à hauteur d’homme reproduisent des ciels d’où des migrants sont tombés.

En tenant ces coupes dans les mains et en les soulevant les visiteurs agissent, et c’est comme si ces êtres humains revenaient à la vie par le truchement d’autres vies. C’est ce qu’a voulu peut être Graeme Miller.

« Le vivant et la mort »

Cet artiste anglais a visité chaque endroit et enregistré des sons ambiants et des images en se plaçant du point de vue de quelqu’un d’allongé et qui regarde vers le ciel.

 » j’ai créé un grand bol en verre en forme de lentilles de contact. L’image du ciel est projetée sur le bol et (…) vous entendez des sons enregistrés à chaque endroit » où la chute mortelle a eu lieu.

Là des oiseaux, ici des bruits de rues ou d’activités humaines.

Graeme Miller est aussi intéressé par la manière dont les populations locales dans chaque pays, y compris la police et les autorités, ont participé ensuite à la gestion de ces morts tragiques.

« Il y avait énormément de compassion pour ces personnes qui sont tombés des avions, ces passagers clandestins qui avaient dans l’espoir une vie meilleure« .

Et c’est ce rapport à l’imprévu que  » Beheld  » cherche à montrer,  » l’immigrant qui rencontre la terre…et le vivant qui rencontre la mort « . Voilà ce qu’écrivait leglob-journal en 2007.

Aujourd’hui

« Vivre sans avions » pendant une semaine aura eu le mérite, au moins de nous faire comprendre que le transport aérien est un moyen de communication sans commune mesure et qu’il repose sur une fonction économique, qu’elle soit industrielle ou ludique.

Les vols réguliers, qui deviennent soudainement irréguliers et incertains, et les charters qui sont utilisés pas uniquement à des fins de transports vers le plaisir facile, tout cela paraît bien dérisoire au regard de l’imprévu qu’a constitué l’irruption de ce volcan perturbateur.

Aussi, arrêtons nous au moins un instant et examinons avec humanité celui qui constitue l’Étranger. Qu’il arrive avec son billet ou bien clandestinement.

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