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ÉDITORIAL - Une chute insolente du premier de cordée

Par Thomas H.

Dans le tas de cartes qu’il avait en mains, le Président a choisi celle qui lui permet de se déplacer vers la droite de l’échiquier politique, utilisant le curseur du libéralisme économique, ce qui vaut à l’exécutif des retours d’appréciation qui ne sont pas à la hauteur de ses attentes. Une chute insolente dans les sondages et à trois reprises révèle au delà des réformes qui bousculent, une façon de gouverner qui ne passe pas bien dans l’opinion.

Le pourcentage de Français lui faisant confiance est passé, en un mois, de 40 % (son étiage depuis un an) à 34 %, tandis que ceux ne lui font pas confiance progressent de cinq points, pour atteindre 60 %.*

Ce dévissement du premier de cordée, cette dégringolade, c’est aussi une histoire de trains. De trains de réformes menées tambours battants. A vitesse grand V comme l’avait fait son prédécesseur Nicolas Sarkozy. Alors les réformes laissent sur le quai des hommes et des femmes qui n’ont plus le temps de souffler ; ni la possibilité de monter dans les voitures. Dépassés à juste titre par les évènements, persuadés que s’investir ne changera désormais plus rien, comme des vaches dans un pré – « des veaux » avait dit méchamment le Général de Gaulle – ils se contentent de regarder passer les trains, dont ils ne sont pas certains qu’ils sont ceux de la modernité. Les wagonnets sont en route vers un « nouveau monde » qu’on nous dit proche, et qui inquiète parce que les Français sentent bien ce qui se dessine.

Cette baisse, c’est aussi une histoire de soufflé. Un an après, il a malheureusement eu le temps de s’affaisser. Pour reprendre la formule de Jean-Louis Borloo prononcée à Valenciennes par l’ancien maire de la ville, un peu vexé d’avoir été recalé sur son Plan Banlieue [Cf l’encart ci-dessous], nous pourrions dire que c’est aussi une histoire de « gratin ». Un gratin décidé et volontariste, qui fier de se mettre au travail du, tant chanté, « changement nécessaire pour redresser la France » aurait tendance, à se déconnecter de la réalité. A s’isoler même de cette « France d’en bas  » qui n’ose rien dire car elle a voté pour le Président et qui regarde là-aussi passer dans les rues les cortèges amaigris des rendez-vous syndicaux.

Une France « nouille », pour reprendre à nouveau la formule de Jean-Louis Borloo et qui forcément se désolidarise du « gratin » ; ce « gratin », au dessus des « nouilles », qui annonce vouloir faire de la politique autrement, mais qui nous montre qu’il plonge dans un modus operandi déjà maintes fois utilisé.

Les réformes passent, certes, mais les doutes s’installent gravement. Ce sévère décrochage dans l’opinion est le résultat d’un profond malaise, insinué par toute une série de maladresses, de petites phrases déconcertantes et de comportements, relayés et amplifiés sur les réseaux sociaux au sujet desquels la communication n’a peut-être pas eu vraiment son mot à dire.

La verticalité du pouvoir jupitérien fait signer au Président, en direct à la télé, les nouvelles lois, - à la Trump disent ces détracteurs - , comme si le « vu à la télé » donnait plus de crédits aux réformes, et renforçait son action présidentielle qu’il avait souhaité resacraliser en début de mandat ; le Président est dans son droit, celui que lui confère la Constitution de la Ve République, un texte taillé sur mesure pour le Général de Gaulle.

Et puis il y a eu le « Salut Manu ! » qui est à Macron, toute proportion gardée bien évidemment, ce que le « Cassetoi pauv’ con ! » a été à Sarkozy. Un peu plus qu’un excès d’emportement préjudiciable en terme d’image. Avec ce « Salut Manu ! », le Président s’est-il senti attaqué par cette interpellation somme toute anodine, en ayant le sentiment qu’elle le rabaissait ?

Pourquoi s’est-il obligé à recadrer un adolescent, aux cheveux certes un peu longs ? Avec ce "rappel à la loi" il a perdu l’occasion de répondre simplement. Pour un Président moderne et jeune et qui se veut en phase avec la jeunesse de son pays, cela met mal à l’aise. Heureusement, les discours, en l’honneur du colonel Beltrame ou bien plus récemment pour l’entrée de Simone Veil au Panthéon, étaient beaux et paraissaient sincères.

Il ne serait pas très bon pour notre pays que la redistribution des cartes, qui a été opérée, et s’est manifestée par l’éloignement de la société civile mais aussi l’affaiblissement des contre-pouvoirs syndicaux et des partis politiques dit « classiques et de gouvernement », ne coupe ce pouvoir de la réalité. Cinq euros par mois en moins sur les allocations logement, c’est pour un jeune un peu moins de beurre dans un plat de « nouilles » qui ne font certainement pas un « gratin ». Cinq euros, certes « ce n’est rien » par rapport aux milliers d’euros de la commande de la vaisselle élyséenne, et de la piscine de la résidence d’été construite au Fort de Brégançon.

Décrocher dans l’opinion, c’est le lot de tous les Présidents. Seulement celui-ci n’est pas n’importe lequel. Son accession au pouvoir a été un gage de stabilité : il incarnait «  le no-changement » face à une extrême-droite embusquée, et qui monte en puissance comme partout en Europe. Il ne faudrait pas que ce décrochage perdure. Et que ceux qui attendent derrière la porte, tirent par la suite les marrons du feu.

La France se gouverne aussi en faisant appel à des mesures sociales qui aident l’immense majorité de nos concitoyens à se sentir bien dans leurs corps et dans leurs têtes. Du beurre dans les « nouilles » qui permettent de vivre mieux, ou moins mal, et pour beaucoup. Même si elles nous « coûtent un pognon de dingue »

C’est à ce prix que le premier de cordée qui semble subir un « décrochage affectif » dans l’opinion, se trouvant comme suspendu dans le vide politique, pourra s’adosser à nouveau à la montagne et continuer à entraîner tous ceux qui cherchent à le suivre...

Le Président Macron dans son bureau à l’Élysée recadrant ses conseillers à propos des aides sociales qui « coutent un pognon de dingue » - Image capture

*Selon le baromètre Elabe établie notamment pour Les Échos et Radio Classique réalisé sur 1001 personnes du 3 au 4 juillet 2018 et rendu public le 5 juillet. Les deux précédents sondages le créditaient à hauteur de seulement 40% de satisfaction.


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Faut-il se réjouir de la baisse du Président dans les sondages ?

Publié le: 6 juillet 2018
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