Folle journée 2018 : quand l’exil transcende l’oeuvre

lettrea_big2-32.jpgMUSIQUE – À Laval, devant le Théatre, moment de pure folie pour des spectateurs capables de braver le froid et faire la queue dès 7 heures du matin alors que les portes ouvrent à 9h. Aussi mordus de musique classique que le fan-club d’une rock star ! Le 13, le théâtre de Laval a ouvert la billetterie pour la Folle Journée de Nantes, délocalisée pour le dernier week-end de Janvier. À l’occasion de ces concerts en région, sur la thématique Vers un monde nouveau, le théâtre lavallois fête sa première décennie dans ses murs rénovés. Petit tour de cette édition musicale en compagnie de Pierre Jamet, le directeur du théâtre.


Par Marrie de Laval


«Lors de l’édition 2017, environs sept mille places avaient été vendues. Cette année, dès la première journée d’ouverture de la billetterie, 4499 places ont trouvé preneurs»se réjouit Pierre Jamet. Cela représente un peu plus de la moitié des billets en moins de six heures de temps et des représentations sont déjà prévues à guichets fermés.

theatrefollejourene2018citation-2.jpgLa Folle Journée de Nantes s’expatrie depuis 2005 à Laval et prend chaque année un peu plus d’ampleur. À ses débuts, elle a connu les dorures des salons de la Préfecture et de la Mairie mais aussi la difficile acoustique de la salle polyvalente. Aujourd’hui, le festival de musique classique s’installe le temps d’un week-end prolongé, au théâtre de Laval, en l’église Saint-Vénérand et l’ancienne chapelle du lycée Amboise Paré ; ou à l’Avant-Scène et à l’Atelier des Arts Vivants de Changé, une petite ville autour de Laval.

Programmation nantaise, intendance lavalloise

Cela représente vingt-deux concerts de quarante-cinq minutes (sans discours, ni rappel … mais un petit bis reste toujours possible) à se suivre avec une régularité de métronome, du vendredi 26 janvier jusqu’au dimanche soir. C’est une formidable organisation pour les équipes du théâtre, toutes mobilisées, et pas seulement pour vendre à l’ensemble des mélomanes jusqu’à six places par concerts, pas plus. Réussir à satisfaire près de 250 personnes en une grosse matinée, cela représente un passage aux guichets de 40 clients par heure !

Initiateur du projet, René Martin, directeur artistique du CREA (Centre de Réalisations et d’Études Artistiques) se charge durant l’année de rechercher le thème, les 400 musiciens et les œuvres. « Le théâtre de Laval s’occupe de l’accueil, des repas, des nuitées des artistes. » explique le Directeur du Théâtre Pierre Jamet. En plus de cette logistique d’hébergement, les diverses spécialités de la maison (communication, contrats avec les artistes, la régie technique …) assurent le service aux spectacles et à la conférence de Rodolphe Bruneau-Boulmier, relative à l’exil et sa force créatrice d’œuvres singulières.

Pour les musiciens, en solo ou en formation d’orchestre, le filage est impossible. « Il n’y a pas à proprement parler de répétition mais un bref raccord sur les passages un peu plus techniques . Les instruments souffrent également. Les transports en soute, l’hygrométrie variable d’une salle à l’autre, la difficulté à les ré-accorder sont autant de handicaps que ne perçoit pas toujours le public.» selon Pierre Jamet. C’est aussi la preuve d’un véritable professionnalisme de ceux qui se produisent.

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Culturel et élitiste? non…

Le théâtre de Laval aime à impliquer également le conservatoire de Laval-Agglomération (qui regroupe depuis peu les divers conservatoires de l’agglomération), les classes CHAM (Classes à Horaires Aménagées de Musique, fonctionnant un peu comme les classes de sport-études).

Les jeunes élèves sont tout à la fois un public à initier, à séduire mais aussi des « petites mains » (comme ouvreurs de salles) et parfois des artistes qui se produisent, comme leurs professeurs. D’ailleurs, « L’ouverture au conservatoire nous tient à cœur, explique le directeur du théâtre, dans un but pédagogique de formation mais aussi pour préparer les spectateurs de demain. »

Preuve supplémentaire de cette ouverture à un public pas toujours initié : l’accessibilité des tarifs. Elle est renforcée par la mise en place d’un Pass-culture solidarité en faveur de spectateurs plus éloignés de cet univers, tels que des détenus ou des bénéficiaires d’associations d’insertion par exemple.

Brassage multi-culturel

Nous assistons donc, à cette occasion, à un véritable brassage des publics mais aussi des formations musicales. « Et les concerts qui offrent le plus d’émotions, ou marquent les auditeurs de tous horizons ne sont pas toujours ceux reconnus comme les plus académiques » souligne Pierre Jamet. « Il ne faut donc pas hésiter à prendre des risques, entendre des choses réellement différentes, sortir des sentiers battus, pour comprendre la dimension de chaque thématique proposée. »

Si la partition de la musique reste immuable, le temps du concert reste unique et permet une rencontre exclusive. L’ émotion est toujours renouvelée, entre un auditoire donné et les interprètes présents sur scène, il se passe quelque chose !


 

(c) Photos leglob-journal

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