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Retour sur une aventure à taille humaine. Celle de la reprise envisagée de l’outil de travail, il y a quelques mois, et sous la forme d’une SCOP par des ouvriers qui ont cru en leur destin, mais qui ont rencontré à la fois lourdeurs administratives et freins politiques. « C’est un exemple parmi tant d’autres de la désindustrialisation violente et silencieuse de notre époque » nous dit une ex-salariée. Une femme dans l’aventure parmi les hommes. À présent au chômage.

-  Entretien

leglob-journal - Qu’est-ce que vous ressentez à présent après cette tentative de reprise qui n’a pas fonctionnée ?

Mélinda Deshayes : Sentiment d’un immense gâchis ! Ce sont 50 emplois qui ne seront pas créés et 6 M€ de CA qui ne profiteront pas à l’économie locale. Sans oublier la délocalisation forcée et la perte définitive du savoir-faire.

Cette fonderie unique dans le grand ouest, réalisait des pièces complexes et disposait d’un vrai savoir-faire reconnu dans la profession. De plus son outil de production complémentaire et flexible permettait de s’adapter aux besoins des clients. Fonderie Mayennaise est un exemple parmi tant d’autres de la désindustrialisation violente et silencieuse de notre époque.

- Après les difficultés rencontrées par la Fonderie, comment vous en êtes venus à envisager une reprise de la part des salariés ?

En 2007 l’entreprise, alors en redressement judiciaire repart in-extremis grâce au soutien financier d’un actionnaire. Cependant, un certain clientélisme, l’absence d’investissements et des contrats commerciaux mal négociés précipitent l’entreprise vers sa chute malgré l’injection massive de fonds par l’actionnaire.

En 2012, la direction fait appel à un consultant extérieur pour faire un audit approfondi de l’entreprise. Devenu président du directoire, il initiera une série de réformes structurelles et une réorganisation complète de tous les services. De nouvelles personnes sont alors embauchées et la stratégie peut être déployée.

Rapidement les réformes entreprises portent leurs fruits (basculement vers un management participatif, élimination des contrats commerciaux déficitaires, amélioration de la productivité,…) mais en juin 2014, l’un des deux fours de fusion de l’usine prend feu.

En raison de la lourdeur des procédures avec l’assurance, l’arrêt planifié de 4 semaines durera malheureusement 5 mois. Le volume de production baisse, les retards de livraison s’accumulent et les dettes s’alourdissent. Faute de liquidités, la stratégie mise en œuvre depuis plusieurs mois ne peut s’épanouir. Finalement, l’entreprise est mise en redressement judiciaire le 21 janvier 2015 sous la tutelle d’un administrateur.

- Pourquoi selon vous la SCOP était-elle la solution ?

Quelques repreneurs se sont manifestés mais aucune offre sérieuse n’a été formulée. L’idée de SCOP germe alors ; en effet qui d’autres mieux que les salariés impliqués dans la nouvelle stratégie seraient à même de sauver l’entreprise ?

Mais la stratégie est existante, le carnet de commandes est rempli et les salariés savent exactement où se trouvent les faiblesses et les points forts de l’entreprise. Le modèle SCOP implique les salariés et les responsabilise vis à vis du travail fourni et des résultats. Il permet également d’affirmer une implication dans l’évolution des mentalités et de communiquer dessus.

Dès le début du mois d’avril, un comité de pilotage se forme et contacte l’Union régionale des Scops de l’ouest (URSCOP). Une présentation générale est faite aux salariés le 9 avril 2014 par leur déléguée régionale. C’est le début de l’élaboration du projet.

- Quel a été le rôle des politiques dans cette aventure ?

En dépit de toutes les démonstrations effectuées et du soutien technique, commercial et industriel apporté par des partenaires extérieurs, la Préfecture et les administrations sont restées sourdes. Au-delà des déclarations de bonnes intentions, il me semble que le projet n’a pas été considéré avec sérieux.

leglob-journal - Quel regard portez-vous sur les institutions qui vous ont ou non épaulé dans votre quête de reprise ?

Nous avions construit notre projet sur 3 ans, un projet s’articulant autour de 3 axes : remise aux normes et amélioration des conditions de travail prévus avant le redémarrage, puis modernisation des lignes de production et intégration de valeur ajoutée. Des experts en fonderie ont d’ailleurs validé le sérieux du projet.

Malgré cela, l’Union Régionale des Scops de l’Ouest a refusé de nous aider ; dès le départ, ils ont exigé un audit technique et commercial (25 000 €) que nous étions évidemment incapables de financer.

A partir de ce moment, l’accompagnement de l’Union s’est arrêté, sans avoir vraiment commencé. Quelques conseils malavisés de leur part et leur complet désengagement nous ont entraînés de difficultés en difficultés. De surcroit, ils ont fait mauvaise presse auprès de la Région, de la préfecture et des banques coopératives. Tous ont refusé de considérer le projet avec sérieux.

Il y a donc forcément des éléments dont nous n’avons pas eu connaissance qui expliqueraient pourquoi nous avons dû faire face jours après jours à de nouvelles contraintes administratives et à l’indifférence.

- Comment vivez-vous l’après liquidation de la Fonderie mayennaise et la période de chômage ?

Le projet n’a pas abouti et il faut l’accepter. Cette expérience a été très riche et il faut savoir en tirer les enseignements et aller de l’avant. Ce projet de reprise a été très énergivore pour tous les salariés employés ; Personnellement, j’ai eu besoin d’un peu de temps pour accepter la fermeture définitive de l’entreprise et le non aboutissement du projet. Aujourd’hui, je me suis lancée dans une formation afin d’évoluer en compétences.

- Que deviennent les autres membres de l’équipe de salariés repreneurs ?

Nous avons tous des projets différents ; certains ont déménagé pour pouvoir continuer à travailler en fonderie, d’autre se sont lancés comme moi dans des formations, d’autres ont accepté des postes dans des secteurs divers et enfin beaucoup sont encore sans emploi. Rappelons tout de même que l’entreprise employait plus de 100 personnes, certaines ayant passé toute leur vie professionnelle derrière une machine. Le passage par la formation est à mon sens inévitable pour maintenir l’employabilité de tous les opérateurs.

- Comment voyez-vous l’avenir ?

Il faut que chacun d’entre nous soit ambitieux tout en restant réaliste. Personnellement, j’espère intégrer prochainement une entreprise dynamique où l’Homme est au centre des priorités et des préoccupations. Je pense sincèrement qu’une entreprise qui va bien est une entreprise où les salariés sont épanouis, donc investis. C’est dans une société ayant cet esprit que je veux m’investir professionnellement.

Propos recueillis par Thomas H.


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Fonderie Mayennaise : avec le recul, la surdité comme réponse et « le sentiment d’un immense gâchis ! »

Publié le: 3 décembre 2015
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