Football : le Stade Lavallois va-t-il retrouver une âme ?

lettreanew-19.jpgA quelques jours de la reprise du championnat au Stade Francis Le Basser, gros plan sur ce club qui a fait vibrer dans le passé, et qui aujourd’hui se cherche comme un second souffle, une seconde jeunesse, une «âme». Le Stade Lavallois est-il devenu comme l’écrit notre contributeur « un vieux souvenir posé sur une étagère poussiéreuse et que l’on regarde à chaque début de saison » ? Pourtant le Stade Lavallois Mayenne FC est «  depuis plus de 115 ans un incroyable catalyseur d’identité  ». Analyse.

Par E. J. Folliard

Il y a déjà deux semaines, la Mayenne vibrait à l’unisson aux exploits de notre équipe de France de football qui remportait pour la seconde fois la coupe du monde de football. Ils étaient des milliers agglutinés devant les écrans géants, au cœur des villes de notre département (excepté à Laval, pays de la Réalité Virtuelle, où la municipalité a eu des problèmes avec son « mini écran »), puis exultant ivres de joie jusqu’au bout de la nuit.

Ce soir-là, le football démontrait encore une fois qu’au-delà d’un sport, il était capable d’être un formidable vecteur de cohésion sociale et d’identité territoriale.
Mais la fête passée, les projecteurs éteints et la vie reprenant, combien seront-ils ce vendredi 2 août à se diriger vers le vieux Stade le Basser pour applaudir aux exploits de leur club le Stade Lavallois Mayenne FC face à l’US Quevilly-Rouen ?
Deux à trois milles passionnés, peut être légèrement plus, venus au cœur de l’été pour croire à « l’ambition ligue 2 », répéter en boucle, comme un mantra, par les dirigeants du club.

footstadelavalloisvillebruncitation.jpgMais force est de constater que malgré les moyens mis par les partenaires « à la mesure des ambitions », comme on dit, un nouvel entraîneur de caractère, le corse Ciccolini, et des joueurs « estampillés ligue 1 et ligue 2 » ce stade lavallois ne fait plus réellement rêver.

Pire, il apparaît de plus en plus aux yeux de la grande majorité des lavallois et des mayennais comme un vieux souvenir posé sur une étagère poussiéreuse, que l’on regarde à chaque début de saison sans en comprendre réellement l’utilité, mais que l’on aime à conserver par habitude voire par nostalgie et qui finira inévitablement un jour par disparaître sans qu’on s’en émeuve plus que ça.

Et pourtant à l’image de l’équipe de France qui nous a fait vibrer, ce club est depuis plus de 115 ans un incroyable catalyseur d’identité et de cohésion pour notre ville et notre département. Non pas le simple jouet de quelques notables en manque de notoriété ou le panneau publicitaire d’une multinationale du lait au patron de moins en moins invisible mais bien une œuvre collective et populaire sans égale ou chaque génération a pu apporter sa pierre à l’édifice.

De sa création en 1902 par Joseph Gemain, pétri de valeurs laïques, à la fabuleuse épopée européenne sous la direction du duo Bisson/Le Milinaire, en passant par son accession en division 1, un soir de juin 1976, sa finale au parc des Princes en 1965 ( la liste est bien trop longue pour être développée ici ), il fut une formidable machine à rêves. Celle, sans égale, qui a permis à une petite ville dans un petit département de sortir de l’anonymat, et sur le carré vert dans son antre de Le Basser de tutoyer les grandes métropoles françaises.

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Dans un coin de Le Basser, «Tous ensemble avec le Stade» indique un grand panneau publicitaire de Laval Agglomération – © leglob-journal

Qu’ils soient ouvriers des quartiers Saint Nicolas ou des Pommeraies, cadres du Centre-ville, fonctionnaires du Bourny ou agriculteurs d’Evron, ils venaient au match en remontant par milliers à pied cette avenue Pierre de Coubertin avec un sentiment profond de fierté et d’attachement au maillot tango. Ils venaient applaudir un Stade Lavallois qui leur ressemble car il avait quelque chose de rare : une âme.

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Et voilà peut-être, ce qui manque le plus actuellement au Stade Lavallois, au-delà des équations comptables et des plans marketing concoctés par les membres du directoire, une âme ! Un bien immatériel qui ne s’achète pas comme un simple joueur, qui ne se fabrique pas, qui ne se décrète pas par décision des actionnaires, mais qui est la base de toute construction collective.

Une âme qu’il a perdu depuis longtemps à force de mesquineries et de renoncements .Une âme qui lui fait enchaîner les saisons comme un bateau à la dérive qui ne sait plus réellement qui il est, où il va et et surtout à quoi il sert vraiment.

On lui promet à chaque changement de gouvernance un projet ; ce fameux projet qui lui permettrait de retrouver cette âme perdue et de se reconnecter à son territoire. Mais rapidement comme l’a fait encore son président Philippe Jan lors de son dernier point presse, on le repousse aux calanques grecques et on le confie même, dernière nouveauté, à un obscur « pôle de compétence ».

Mais qu’importe me direz-vous, cette histoire d’âme est au mieux de la nostalgie d’un autre temps, au pire de la foutaise. L’essentiel pour les supporters est d’aligner une équipe compétitive et de gagner, car seule la victoire est belle. Le reste suivra automatiquement, ainsi en va-t-il du sport.

Certes, le succès amènera l’ivresse de l’immédiat ; et puis peut-être quand les mauvais jours reviendront, car ils reviennent toujours, on repensera surement à cette âme du Stade Lavallois, en espérant qu’il ne soit pas trop tard …En attendant, souhaitons une bonne saison 2018/2019 à notre club et souhaitons-lui aussi de retrouver, peut être, ce qu’il a un peu perdu durant les saisons passées.

Photos © leglob-journal

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