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Qu’y-a-t-il de commun entre la Nièvre et la Mayenne ? Comment faire le rapprochement improbable en apparence entre ces deux départements ? Qu’est-ce qui relie politiquement le département de la Nièvre qui fut cher à François Mitterrand et Pierre Bérégovoy, à celui de la Mayenne qui fut le fief de Robert Buron ministre lui aussi, avant de participer au congrès d’Épinay du Parti socialiste qu’il rejoint en juin 1971 ? Deux départements ruraux, deux conceptions du socialisme. A quelques jours du vote des militants en vue du Congrès du PS à Poitiers qu’on décrit comme un congrès qui ne sera « pas mou », petite revue de socialisme identitaire et différentiel.

- Par Thomas H.

Quoi de commun entre ces deux fiefs politiques du passé historique de la France ? La Nièvre et la Mayenne ? A première vue toutes les deux sont des départements où le rural l’emporte sur l’urbain ; où les masses ouvrières sont bien inférieures en nombre à celles des « retourneurs de terre ». Des territoires où la terre à défaut de ne pas mentir, sait en apparence façonner les paysages, et les hommes.

Dans la Nièvre où François Mitterrand fut député de la 3e circonscription à la tête d’une liste « Unité et action républicaine », comme en Mayenne, il est un député qui se revendique socialiste. Il s’appelle Christian Paul, et comme son collègue de la Mayenne, Guillaume Garot, tous les deux se disent du Parti Socialiste. Mais avec des différences sensibles.

Christian Paul, le député de la deuxième circonscription de la Nièvre est ce qu’on appelle un « frondeur ». Il n’hésite pas en effet à prendre la parole, une parole juste et claire, pour faire entendre une petite musique dissidente au sein du Parti Socialiste. « Je m’adresse solennellement à Manuel Valls : où est la sincérité politique dans ce congrès ?  » écrit-il notamment sur son blog. Auteur et leader d’une motion à contre courant, il interroge et invective, bref il fait entendre sa voix.

Le 10 mai date emblématique pour les socialistes, à propos du « qu’allons-nous faire de l’unité ?  » de François Mitterrand , cette question prononcée au Congrès d’Épinay en 1971 interpellant les militants et appelant au rassemblement, Christian Paul écrit encore : « […] la question de l’unité reste terriblement vivante, à chaque moment où l’on hésite entre s’enfermer ou se réinventer. Cette question d’Épinay résonne plus que jamais aujourd’hui. Elle vaut pour le Parti socialiste, comme pour toute la gauche. Elle nous est posée chaque jour, avec l’inquiétude réelle ou une menace à peine feinte. Elle nous sera adressée chaque soir jusqu’au congrès de Poitiers. […]

De l’autre coté, le député de la Mayenne lui s’est érigé une image de fidèle et de loyal, celle d’un « anti-frondeur » qui milite pour un rassemblement sans différence, pour une unité sans scorie. Halte aux « contestations politiques de fond  » disait-il, il y a quelques mois dans une tribune publiée dans le quotidien fondé par Serge July. Ces dissidences révèlent « une évolution préoccupante de l’action politique : contester pour exister, balancer pour mieux briller, et surtout condamner aujourd’hui ce qu’on défendait hier ». Guillaume Garot n’aimaient pas « les brouhahas de certains » qui « couvrent la politique courageuse déjà menée ».

Alors Christian Paul est-il « homme de brouhahas  » ? Fait-il parti de ces « impies » que dénonçait le député de la Mayenne ? En tout cas il est le premier signataire de la motion de l’aile gauche et des « frondeurs » du Parti socialiste. « J’ai une trop haute idée de mon parti pour laisser les militants dans l’étau d’une nouvelle pensée unique » accusant le premier secrétaire du PS de « verrouiller le congrès ». Dans un hebdo crée par Jean-Jacques Servan-Schreiber, il déclarait être « très attaché à ce que les principes et les valeurs que nous défendons retrouvent toute leur place quand nous sommes au pouvoir. Je crois que le PS n’a pas totalement réussi son passage de l’opposition au pouvoir et il n’a pas été - et c’est son rôle - le garant des engagements que nous avons tenus pendant la campagne présidentielle ».

Guillaume Garot estime lui au contraire que le Parti est sur la bonne voix, qu’il réforme, qu’il est courageux. Pas un mot sur les revirements de campagne du candidat Hollande. Ce n’est pas son style. Des communiqués de presse sont toujours publiés dans la lignée de la majorité au pouvoir. Il s’est toujours voulu une voix accordante plutôt que dissonante. La responsabilité dit-il « n’empêche nullement le débat, elle exige néanmoins de dépasser certains réflexes individualistes, de sortir des petits calculs d’avant-congrès » car « lorsque viendra l’heure du choix pour les Français, en 2017, nous serons jugés collectivement ».

D’un coté donc, il y a une envie très forte de « réveiller la gauche » pour le député de la Nièvre qui refuse qu’on parle de sa motion comme étant « minoritaire » et de celle du premier secrétaire à fortiori comme « majoritaire ». De l’autre la volonté en quelque sorte d’unité à tout crin pour le député de la Mayenne qui souhaite mettre en avant une envie de « stabiliser la gauche ». Deux conceptions, deux manières de voir. Deux idées qui vont sans doute se frayer un chemin dans le marais poitevin.


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"Fronde" et "anti-fronde", Christian Paul et Guillaume Garot, deux visions différentes en vue du Congrès du PS à Poitiers

Publié le: 18 mai 2015
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