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Comment exister en Mayenne quand on est une nouvelle arrivée, une « jeune députée » sans trop de réseau et débutante dans un monde essentiellement d’hommes ? Être la première femme élue députée en Mayenne et s’ancrer dans le paysage politique mayennais majoritairement masculin ? Pas simple. Géraldine Bannier en fait l’expérience qui doit construire son image. Élue en 2017, la députée de la deuxième circonscription de la Mayenne, représentante de la Nation avant tout, est l’objet depuis quelques temps de remarques parfois peu amènes. Dans le monde réel et celui du numérique. L’intéressée qui doit souvent se justifier, dit ne pas en avoir cure et se concentrer sur son « travail de terrain ».

- Par Thomas H.

« J’ai bien conscience d’avoir peu de soutien parmi certains élus, mais beaucoup parmi les citoyens... et c’est ce qui compte ! Et moi je ne fais pas dans la politique de l’entre-soi en Mayenne...Je souhaite changer le logiciel utilisé jusque-là ».

Géraldine Bannier montre au glob-journal une certaine combativité à nier ce manque de visibilité qui lui est reproché en Mayenne. Et laisse poindre un certain agacement. « Je suis une députée de la majorité et c’est normal, on entend beaucoup plus les députés de l’opposition qui ont plus de désaccords sur les textes... » commente Géraldine Bannier.

La polémique ce n’est pas sa tasse de thé et elle admet avoir voté « en son âme et conscience avec le Front de gauche [France Insoumise, NDLR] par exemple, des amendements avec lesquels elle n’était pas d’accord...J’ai voté par exemple dans le sens de Guillaume Garot sur les déserts médicaux, parce que le gouvernement propose surtout pour l’instant qu’un bilan et d’attendre...alors qu’il y a urgence, notamment en Mayenne... »

Pour elle, le travail d’un parlementaire ce n’est pas « le paraître, et les petites phrases qui font les postures médiatisées par les réseaux sociaux  », ce n’est pas en tout cas ce qu’elle recherche. « La polémique pour moi, c’est l’arbre qui cache la forêt ; je n’aime pas trop ça... » Pourtant, un homme ou une femme politique ne doit-il pas avoir de convictions, et surtout les affirmer, quitte à déplaire.

Avant d'être élue députée, Géraldine Bannier dans le jardin de ses parents en Mayenne

Leitmotiv

« Ça a tout changé ...  » Le « ça  », c’est l’élection, la victoire, l’écharpe tricolore et le siège au palais Bourbon. « Mais en même temps » comme aime à dire Emmanuel Macron dans ses prises de paroles, elle estime qu’il faut raison gardée et surtout « être proche des gens, et aller à leur rencontre.  » C’est un peu son leitmotiv.

La nouvelle députée qui s’est faite imposée dans le paysage mayennais par François Bayrou, l’ancien Garde des sceaux du Président Macron avec lequel elle a travaillé au MoDem, - dans un duel avec Jean Arthuis qui souhaitait avancer plutôt sa candidate Valérie Hayer – veut garder les pieds sur terre.

« Une double vie »

De la distanciation en toute chose. Dans un article de Ouest-France, le 29 décembre 2017, elle déclarait que «  Ça a tout changé. On a une double vie. On est à la fois dans les salons de l’Assemblée, proche des ministères et sur le terrain. C’est le grand écart mais il faut garder l’ancrage.  » Quand leglob-journal la questionne sur ce décalage entre son langage et la perception qu’en ont certains élus qui reprochent dans son dos carrément son manque de conviction, elle sait répliquer.

« Mais quelle est la couleur politique de ces élus qui me font ces reproches ? Pour moi ce qui compte ce n’est pas d’écouter les élus et les grands élus mais les citoyens ! Ça, c’est une de mes convictions...et je ne serais pas arriver là, si je n’avais pas de convictions... ». C’est dit.

Mais ce sont des élus qui ne sont pas forcément de l’opposition à laquelle elle pense. Ce ne sont pas ceux dont elle a découvert le travail en séance des questions aux gouvernement à l’Assemblée, en tout début de mandat. Marc Bernier, ex-député UMP proche de François Fillon, élu sur la même circonscription qu’elle, l’a comme on dit "habillé pour l’hiver" dans un entretien publié sur leglob-journal. « Géraldine Bannier, la députée LREM n’est pas connue, même au sein de son groupe. » Un jugement qui court plutôt en Mayenne. Mais « c’est normal, dit-elle, Chevrollier est le poulain de Bernier, il ne va pas m’encenser...  » .

Sur les réseaux sociaux, c’est encore plus flagrant. Yannick Borde par exemple le maire de Saint-Berthevin et vice-president de la communauté d’agglomération de Laval ironise dans un tweet qu’il adresse à Ouest-France : « merci de donner des nouvelles de la députée de deuxième circonscription, jamais vu pendant la campagne, ni sur la commune depuis son élection...  » écrit-il. Pas vraiment cool. Beaucoup de ceux qui s’intéresse de près ou de loin à la politique porte grosso-modo le même avis. Interrogé, cet ancien maire qui souhaite rester anonyme « ne sent pas de conviction chez cette jeune femme...  » dit-il tout de go. Pourtant la politique est passionnante.

Encore « hors sol » ?

Alors Géraldine Bannier est-elle encore au bout de six mois de mandat « hors-sol » comme il avait été reproché aux jeunes députés issus du mouvement En Marche ! et qui faisaient leur entrée à l’Assemblée nationale ? La représentante de la Mayenne s’en était déjà défendue une première fois sur leglob-journal en estimant qu’elle ne se trouvait pas isolé au Palais Bourbon : « Les élus du groupe Modem se connaissent de longue date ; l’entente est parfaite [...] » écrivait dans une Tribune Libre l’agrégée de Lettres classiques et professeure de français et de latin en disponibilité, depuis son élection, du collège Emmanuel de Martonne à Laval.

À Matignon dernièrement les élus mayennais sont allés à la rencontre du Premier ministre, à son invitation, et comble de malchance, elle n’était pas sur la photo diffusée sur Twitter où figuraiet le sénateur Guillaume Chevrollier (LR), et le maire de Laval François Zocchetto (UDI) entre autres. Mais pas elle. Rien de tel pour que cela soit remarqué.

Géraldine Bannier a expliqué au glob-journal dans un sourire qu’elle « ne [s]e trouvait pas très loin ». Certes. Mais en terme de communication, pas sur la photo égale : pas présente. Alors, elle réagit, un peu piqué au vif tout de même en raison des remarques qu’elle reçoit, en envoyant ce tweet de justification.

« Ce qu’il faut à un député, c’est une sorte de faconde, et un peu de bagou !  » dit cette femme qui parle d’une autre femme, et qui pense que cette dernière n’est pas encore tout à fait dans le bain. En fait Géraldine Bannier connaît cette « difficulté qu’ont les personnalités publiques à être aussi des hommes et des femmes tout simplement, surtout quand les projecteurs sont baissés. » Pas simple à gérer.

Les projecteurs baissés

Bon. Le travail, c’est ce qui compte pour l’ancienne maire de Courbeveille, un petit village mayennais qui organise les 24 heures de la bille tous les ans depuis 1989. Travailler dans l’ombre et « ne pas prendre la parole comme d’autres, simplement pour être visible, car ce qu’il faut c’est être efficace... ». Géraldine Bannier pense tout de même à mettre en place un Journal de campagne pour parler de ce qu’elle fait et un site internet pour plus de visibilité. Et s’exprimer.

Géraldine Bannier, première femme députée élue en Mayenne à l'Assemblée Nationale - capture vidéo

Géraldine Bannier, première femme députée élue en Mayenne à l’Assemblée Nationale - capture vidéo

« Je suis franche avec mes concitoyens, je leur dit que le rôle du député, c’est d’être en somme une courroie de transmission pour faire agir le gouvernement dans le bon sens, parce que le rôle du député, cela reste d’amender les lois, donc ce sont des corrections à la marge. Ce qui compte c’est le projet de loi qui va être porter par le gouvernement ; donc j’essaye de faire remonter un maximum de données du terrain – en faisant des mails aux ministères -, avec un contact sur le terrain, comme ça très direct avec la population. »

Sur la prise de parole à l’Assemblée Nationale, elle explique en être à « 18 à l’hémicycle sur des interventions assez longues...c’est sûr que je peux m’arrêter chaque semaine devant les journalistes le mercredi, mais ce n’est pas mon choix ; il se trouve que j’ai été interviewée à deux reprises sur des sujets qui m’intéressaient peu ; j’ai choisi de ne pas jouer que sur le plan médiatique... »

Ses premières prises de paroles

Elle se souvient d’une intervention « sur le Ceta parce que c’est important sur le plan agricole ; la dernière intervention, c’était sur les Jeux Olympiques, même si c’était une prise de parole pour le groupe, le sujet reste tout de même intéressant... » Elle travaillera aussi sur la question de la ruralité. Un sujet cher à son collègue le député élu dans le Nord Mayenne Yannick Favennec.

Géraldine Bannier, l’agrégée va aussi comme elle dit : « suivre Arte  », la chaîne franco-allemande du service public qu’elle regarde déjà assez régulièrement d’ailleurs.

Elle va être chargée « pendant cinq ans d’être la relation entre l’organisme audio-visuel et l’Assemblée Nationale  » Elle a déjà visité la chaîne il n’y a pas si longtemps. Elle ajoute non sans un brin de fierté : «  Il y a quand même 73 députés dans la Commission éducation et affaires culturelles ; il y avait que quelques groupes concernés et moi j’ai été retenu pour suivre Arte, c’est pas mal, non ! Et je serais seule pour remplir cette mission avec l’aide des collaborateurs de l’Assemblée nationale, bien sûr. »

Et puis, il est question qu’elle soit amenée à travailler dans le cadre de son mandat de députée sur la Presse et notamment ce qu’elle appelle «  la privatisation de la Presse  » après le rachat récent du magazine Challenges par le constructeur automobiles français Renault. Réfléchir par exemple à « comment avec l’irruption du privé dans la Presse, on lui garde l’indépendance ? Il y a tout un travail législatif à faire la dessus  » en France, ajoute-t-elle. Dossier compliqué, pour un travail chronophage. Mais, passionnant là aussi.


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Géraldine Bannier : « Je ne fais pas dans la politique de l’entre-soi »

Publié le: 28 janvier 2018
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