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Gilbert a décidé de claquer la porte du PS en Mayenne en rendant sa carte. Sans bruit mais fermement. Ce militant l’a fait en douceur comme beaucoup d’autres avant lui, en ne renouvelant pas sa cotisation. La raison, c’est que Gilbert ne se sent plus en phase avec la politique du gouvernement Valls menée en accord avec le Président de la République.

Gilbert militait dans une section PS du Nord-Mayenne, et au delà de cet acte fort - celui de rendre la carte du parti - il porte dans cet entretien qu’il a bien voulu accorder à leglob-journal un jugement lucide sur le rôle de militant au sein du Parti Socialiste. Un parti qui selon Gilbert, 74 ans, semble fermé aux remarques de la base et dont la politique actuellement menée, conduit explique-t-il droit « dans le mur  » pour les prochaines élections présidentielles.

Entretien

- leglob-journal : Vous venez de rendre votre carte du PS, qu’est-ce qui a motivé cet acte qui je l’imagine est lourd de conséquences pour vous ?

Gilbert : François Hollande s’est petit à petit éloigné des promesses de sa campagne ; l’arrivée de Manuel Valls à Matignon a accéléré ce revirement, ce qui ne pouvait pas être une surprise ; n’oublions pas que Manuel Valls est arrivé bon dernier des candidats du PS à la primaire de 2012 (5% des voix !), ce qui indiquait bien ce que les électeurs de gauche pensent de lui. Le duo s’est mis dans un certain nombre de cas à prendre les mêmes décisions que celles que la droite prenait avant lui et que, bien entendu, il dénonçait avec force.

Je ne vais pas en faire la liste, mais je pourrais citer le maintien du blocage du point d’indice des fonctionnaires, l’absence de coup de pouce aux augmentations obligatoires de SMIC, l’usage du 49-3 pour la loi Macron (un comble quand on est censé disposer de la majorité absolue à l’Assemblée nationale) ; j’ajouterai le projet de loi sur la réforme du code du travail qu’en son temps la droite n’avait pas osé faire et le cumul Ministre et Président de Région de Jean-Yves Le Drian ; tout le monde se rappelle le «  moi Président…  » Que de promesses oubliées…Trop c’est trop, je ne me reconnais plus dans la politique menée !

La façade du siège du PS en Mayenne où des tracts de protestation contre la Loi Travail ont été collés le jour de la manifestation à Laval qui a réuni plus de 2000 manifestants dans les rues.

- Avez-vous l’impression d’être comme on dit un cas isolé en Mayenne ?

Je ne sais pas ; plusieurs adhérents m’ont dit être en désaccord sur un certain nombre de points, ont-ils décidé de quitter le parti, je l’ignore.

- Est-ce que selon vous, c’est un acte irrémédiable ?

Il ne faut pas dire « jamais », je ne parlerai donc pas de décision irrémédiable ; mais, aujourd’hui, cela me paraît hautement improbable.

- Lorsque vous être entré au Parti Socialiste vous aviez, je pense une certaine vision du PS, laquelle ?

Je suis entré au PS sous le présidence de Jacques Chirac. Je voulais m’impliquer dans l’action politique pour aider au retour d’un gouvernement de gauche afin de mettre l’accent sur la solidarité envers ceux qui sont le plus en difficulté.

Je ne nie pas l’importance de la compétition individuelle pour progresser dans la vie, mais il me semblait que la droite encourageait trop cette compétition au détriment de la solidarité.

Quand je dis solidarité, je ne pense pas seulement à une redistribution financière, indispensable envers les plus pauvres, je pense aussi logement social, maintien des services publics et remise en place [de ces services publics] où ils ont été supprimés.

Je croyais que le PS était le parti qui pouvait mettre en place cette politique. Je constate que le PS d’aujourd’hui ne le fait pas.

- Avez-vous toujours pu vous exprimer au sein des réunions de section auxquelles vous avez participé ?

Bien sûr, les discussions ont toujours été intéressantes, malheureusement, ce qui se dit reste au niveau de la section ; ceux qui nous dirigent, que ce soit au gouvernement ou au parti, sont persuadés qu’il n’y a qu’eux qui « savent », inutiles donc de demander aux adhérents ce qu’ils en pensent. J’ai fini par considérer que pour eux un militant, c’est quelqu’un qui paye une cotisation et distribue les tracts.

La seule question qui nous a été posée était pour les élections régionales : êtes-vous pour des listes d’union des partis de gauche ? Question que pour ma part j’ai trouvé absurde, d’autant plus que les autres partis de gauche avaient déjà dit qu’il n’en était pas question. Vouloir faire l’union des partis de gauche quand on n’est même pas capable de le faire parmi les députés du PS !!

- Actuellement et avec cette réorientation du Parti Socialiste, comment voyez-vous son avenir immédiat ?

Mal ! Les élections intermédiaires ont de tout temps été difficiles pour le gouvernement en place, mais l’actuel bat tous les records ! Les trois quarts les Français considèrent que le PS n’est pas en mesure de conduire une politique conforme à leurs souhaits. Certains au Parti Socialiste, comme la direction, pensent que la politique actuelle est la bonne ; d’autres, dont vous avez deviné que je suis, sont persuadés qu’elle nous mène dans le mur.

Les élections présidentielles joueront un rôle extrêmement important, avec ensuite les législatives qui amplifieront le résultat. Je pense qu’elles amèneront le PS bien bas.

- Les présidentielles vous inquiètent-elles ? Comment voyez-vous la société qui se dessine ?

Elles ne m’inquiètent pas car le résultat ne me paraît pas faire de doute. Pour être au 2e tour, le candidat du PS doit être seul candidat de gauche, ce qui ne sera pas le cas ; nous aurons donc comme en 2002 un duel droite – extrême droite, et la droite gagnera. La société continuera de fonctionner comme aujourd’hui, sans changements importants ; le point le plus notable sera l’augmentation des mouvements sociaux !

- En Mayenne, les militants socialistes sont peu nombreux ?

Aux dernières élections fédérales, nous étions de l’ordre de 500 ; peut-être un peu moins aujourd’hui.

- Qu’est-ce que cela dit, selon vous ?

Les Mayennais s’engagent peu dans les partis politiques, ni dans les syndicats d’ailleurs. « Je ne fais pas de politique », c’est ce qu’on entend souvent et dans l’esprit des Mayennais, cela veut dire « je vote à droite. »

- Propos recueillis par Thomas H.


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Gilbert, ex-militant PS en Mayenne : « je ne me reconnais plus dans la politique menée ! »

Publié le: 4 avril 2016
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