| Retour à la Une
leglob-journal
Journal d'informations, d'investigations, d'analyses et d'opinions sur la Mayenne

Le glyphosate pourrait être banni en agriculture. Pourrait parce que rien n’est encore tout a fait décidé par l’exécutif français. Banni comme l’atrazine, après moult atermoiements, l’a été en son temps. L’atrazine, c’est ce pesticide dont des traces ont fini par se retrouver dans le maïs lui-même et dans notre assiette. Ce pesticide tenace continue toujours actuellement d’être repéré dans l’eau des nappes phréatiques. Comment cette décision de rendre progressivement interdite en France l’utilisation du glyphosate, cancérigène pour l’Homme selon L’OMS est-elle perçue en Mayenne, où l’agriculture tient une place importante dans l’économie ? Reportage.

Par Thomas H.

« Comment on va faire sans ? » questionne simplement Didier, 53 ans avec ses 28 années d’agriculture en Mayenne. Didier dit utiliser 20 litres de Glyphosate par an ; deux litres par hectare parce que les « champs sont de plus en plus sales, et pour casser la prairie ; le glyphosate agit au bout de dix jours, il faut le savoir, alors si on peu plus s’en servir, il faudra prendre la charrue plus souvent... ». On sent notre agriculteur résigné.

Quand on pose la question concernant les éléments de dangerosité du glyphosate que des études mettent en avant, Didier qui dit se protéger quand il pulvérise, répond qu’il « ne les connaît pas. (…) pour moi le glyphosate n’est qu’un produit d’entretien dans les champs et les cours de ferme pour qu’elles soient plus propres. »

« Herbicide non sélectif absorbé par les feuilles et ayant une action généralisée  », le glyphosate était autrefois « produit sous brevet, exclusivement par Monsanto à partir de 1974, sous la marque Roundup. Le brevet est tombé dans le domaine public en 2000, d’autres sociétés produisent désormais du glyphosate. » peut-on lire sur internet.

Didier se justifie sur la quantité qu’il utilise dans ses cultures : « vingt litres, c’est raisonnable ! et deux litres par hectare, on traite pas dur, hein !... » Dans le champs, le moteur du tracteur tourne toujours et Didier répond aux questions de leglob-journal. Qui vous recommande d’utiliser du glyphosate ? « c’est recommandé par les coopératives... Anjou Maine Céréales pour ce qui me concerne, mais on en trouve aussi à la CAM ou bien chez Hautbois...  » Quel coût pour ce pesticide ? « C’est de l’ordre de huit euros le litre environ, j’utilise aussi un fongicide pour le blé que je fais pousser sur cinq hectares. »

Didier avec ses 55 vaches allaitantes se considère comme à la tête d’une petite exploitation. Pour le maïs qu’il fait pousser, il utilise Camix un produit Syngenta, qui a pris la succession de l’atrazine, « Camix est un herbicide maïs de pré et post-levée précoce à large spectre graminées et dicotylédones. Il est doté d’une longue durée d’action.  » peut-on lire sur le site du fabricant. Ce n’est pas dangereux pour le maïs et les animaux et l’homme comme l’était l’atrazine ? « non, la graine est dans la terre, et Camix est pulvérisé en surface... »

Un champ de maïs traité avant récolte par Camix

Didier ne porte pas de jugement à l’emporte pièce contre la décision du gouvernement français de faire en sorte d’interdire progressivement le glyphosate y compris pour les agriculteurs d’ici la fin du quinquennat. Il avance simplement avant de remonter dans son tracteur, et sans laisser paraître quoique soit : « le jour où on pourra plus traiter, on vendra les vaches ! On ne fera plus rien...  »

« Le tout écologique pourquoi pas, mais qu’ils ne viennent pas nous dire qu’il ne faut plus traiter. »

Emmanuel, 34 ans et 13 ans d’agriculture, syndiqué aux Jeunes Agriculteurs (JA), lui, est plus virulent. « C’est une connerie !! dit-il parce qu’il n’y a pas d’alternative ! vous savez, on traite pas pour le plaisir...  »

Il est descendu de son tracteur spécialement pour répondre à nos questions. « J’utilise entre 0,5 à 1 litre de glyphosate par hectare, c’est raisonnable ! Non ? Par an nous utilisons 40 litres...Il faut savoir que la réglementation du ministère autorise jusqu’à huit litres de ce pesticide par hectare, on en est loin. Le liseron par exemple pour en venir à bout, il faut au dessus de deux litres sinon ça ne marche pas ! »

L’agriculteur est intarissable sur les écologistes : « On peut se passer des utopies des écologistes parisiens...Ils sont là-bas, nous, on est chez nous ! Il veulent le bio partout, mais il faut savoir que le blé bio par exemple c’est rempli de champignons, sans fongicide et c’est imbouffable ! Le tout écologique pourquoi pas, mais qu’ils ne viennent pas nous dire qu’il ne faut plus traiter. Et puis la mécanisation, comme le binage par exemple, faut pas croire, ça a un coût ! »

Pour notre agriculteur, le glyphosate est prétexte à dire tout le bien qu’il pense des écologistes qualifiés de hors-sols. Ce sont des « écolos parisiens  » qui veulent « tout interdire » et « ils nous emmerdent. je le redis cette suppression envisagée du glyphosate est une erreur stratégique, car il n’y a pas d’alternative...  » Puis l’agriculteur remonte dans son tracteur. Pour l’heure, fini le débat d’idées, et place à la production...

(c) Photo leglob-journal


2 commentaires
  • Des alternatives sont bien sûr possibles aux pratiques décrites dans votre article, n’en déplaise à la FDSEA 53 (inféodée à Bayer et autres fabricants de produits qui tuent la terre à petit feu, et mettent en jeu la santé de tous les consommateurs, et en premier lieu des agriculteurs / la responsabilité de la FNSEA est énorme dans cette histoire).

    Un article récent de JB Briere faisait état récemment de la progression encourageante du bio, et des changements de pratiques agricoles, avec les grandes surfaces aux aguets...

    Il serait intéressant de publier des articles montrant des témoignages de paysans qui n’épandent pas de glyphosate, ni d’autre pesticides... qui ont d’autres pratiques agricoles que les pratiques intensives, et qui vivent de leur métier.

    Documentons-nous... La presse nationale et régionale en porte de plus en plus le témoignage : les agriculteurs sont de plus en plus nombreux à vouloir se sortir du piège qui leur est tendu par l’agro-industrie. Et à redevenir ce qu’ils n’auraient pas du cesser d’être : des paysans, proches de la nature...

    De notre côté, nous, les consommateurs, interrogeons-nous et changeons notre façon de consommer. La solution est bien sûr bio et locale : les paysans vivront alors mieux leur métier psychologiquement et financièrement.

    Alors bientôt un reportage sur des agriculteurs bio en Mayenne sur leglob-journal ?

    Répondre

  • Ces 2 témoignages illustrent parfaitement que lorsque l’on est en permanence le nez dans le guidon et débordé de travail, on ne réfléchit plus et l’on va tout droit dans le mur. Cette façon de travailler est sans avenir.

    En Mayenne, des agriculteurs ont compris que cette agriculture est sans lendemain et choisissent la bio pour mieux vivre de leur métier et ne plus être dépendants de l’agrofourniture.

    Répondre

Réagir

Glyphosate, « son retrait serait une erreur stratégique car il n’y a pas d’alternative »

Publié le: 25 septembre 2017
- Lire aussi d'autres articles de la rubrique: leglob-mayenne
Agriculteurs Ruralité 53
Acteur et vecteur de la Pensée critique en Mayenne : leglob-journal
A lire également sur votre Journal en ligne
leglob-journal, votre journal indépendant en ligne - Informations, Analyses, Opinions en Mayenne - Nous contacter : redaction@leglob-journal.fr
© leglob-journal 2017 - Mentions légales - Editorialisé avec SPIP - se connecter - RSS RSS